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Escroquerie immobilière : un hacker intercepte le mail du notaire et détourne 96 400 euros

Publié par Mathieu le 08 Avr 2026 à 11:20

Un simple mail envoyé sans protection. Un RIB remplacé par celui d’un escroc. Et 96 400 euros envolés en un clic. Cette affaire d’arnaque au faux RIB, jugée par le tribunal judiciaire de Paris le 25 mars 2026, illustre à quel point une transaction immobilière peut basculer en cauchemar numérique. Le notaire, les banques et l’acheteur se sont retrouvés face au juge. Voici comment l’histoire a dérapé — et surtout, qui a été reconnu coupable.

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Un achat immobilier à 320 000 euros, un virement intercepté

Écran d'ordinateur affichant un mail suspect dans une étude notariale

Les faits remontent à l’automne 2022. Une société spécialisée dans l’immobilier s’apprête à acquérir un bien d’une valeur de 320 000 euros. Comme c’est souvent le cas dans ce type de transaction, un premier versement est prévu. Montant : 96 400 euros, soit près d’un tiers du prix total.

Fin octobre 2022, le notaire en charge du dossier envoie un mail à la société. Dans ce message, il récapitule les sommes à régler et joint son RIB pour que le virement puisse être effectué. Jusque-là, rien d’anormal. Sauf que ce mail va être intercepté par un pirate informatique, comme le rapporte Clubic.

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Le pirate copie le mail à l’identique… sauf le RIB

Mains d'un hacker sur un clavier interceptant un email

Le hacker ne s’est pas contenté de lire le message. Il l’a recopié intégralement, en reprenant la mise en page, le ton et les détails de la transaction. Puis il l’a renvoyé à la société acheteuse — en remplaçant un seul élément : le RIB du notaire par le sien.

Le résultat est redoutablement efficace. La société, qui ne se doute de rien, effectue le virement de 96 400 euros. L’argent atterrit directement sur le compte du pirate. Le notaire, lui, n’a jamais vu la couleur de cet argent. Ce type de fraude au virement est devenu l’une des arnaques les plus redoutées dans le secteur immobilier.

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Quand la supercherie est découverte, il est déjà trop tard. Des démarches sont lancées en urgence pour tenter de récupérer les fonds. Résultat : seuls 28 000 euros environ seront retrouvés. Le préjudice final s’élève donc à un peu plus de 68 000 euros. Une somme considérable, pour un piège qui n’a pris que quelques minutes à exécuter.

Le notaire avait été prévenu du risque

La société victime décide de porter l’affaire devant la justice. Elle assigne le notaire ainsi que les deux banques impliquées dans la transaction. Le reproche principal vise le notaire : pourquoi avoir envoyé des données bancaires aussi sensibles qu’un RIB dans un simple mail, sans aucune protection particulière ?

Et ce reproche est d’autant plus appuyé que la Chambre des notaires avait émis des recommandations claires à ce sujet. Les professionnels avaient été alertés sur les risques liés aux échanges de coordonnées bancaires par email. Il leur était conseillé d’éviter ce mode de communication pour les informations sensibles, ou à défaut de sécuriser les envois (chiffrement, mot de passe sur la pièce jointe, confirmation téléphonique…).

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Le notaire n’avait visiblement pris aucune de ces précautions. Un choix qui va lui coûter cher devant le tribunal. Ce genre de négligence n’est malheureusement pas isolé : les arnaques par usurpation d’identité se multiplient depuis plusieurs années.

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La justice tranche : le notaire est coupable, mais pas seul

Plaque de la Chambre des Notaires sur un immeuble parisien

Le 25 mars 2026, le tribunal judiciaire de Paris rend sa décision. Et elle est sévère pour le notaire. Le juge retient une « imprudence caractérisée » de sa part. En clair : il aurait dû savoir que l’envoi d’un RIB par mail non sécurisé représentait un risque majeur, surtout dans le contexte d’une transaction immobilière de cette ampleur.

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Cependant, la société acheteuse n’est pas totalement dédouanée. Le juge estime qu’elle a également fait preuve de négligence. Selon le tribunal, le mail envoyé par le pirate comportait des éléments suspects. Une simple vérification — par exemple un appel téléphonique au notaire pour confirmer le RIB — aurait suffi à déjouer l’arnaque.

Résultat : la société ne sera indemnisée qu’à hauteur de 48 000 euros, soit environ la moitié du préjudice restant de 68 000 euros. C’est ce qu’on appelle en droit un partage de responsabilité. Les deux banques, elles, ont été mises hors de cause. La justice a considéré qu’elles n’avaient commis aucune faute dans cette affaire. Contrairement à certaines escroqueries bancaires spectaculaires, les établissements n’avaient ici aucun moyen de détecter la fraude en amont.

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L’arnaque au faux RIB : un fléau en pleine expansion

Cette affaire n’est pas un cas isolé. L’arnaque au faux RIB — aussi appelée « fraude au président » ou « arnaque à l’IBAN » — fait des ravages depuis plusieurs années en France. Le principe est toujours le même : intercepter une communication contenant des coordonnées bancaires et les remplacer par celles de l’escroc.

Les victimes sont variées : particuliers, entreprises, collectivités, professions libérales… Personne n’est à l’abri. Et le secteur immobilier est une cible de choix, car les montants en jeu sont élevés et les virements fréquents. Les arnaques en ligne touchent désormais tous les secteurs d’activité.

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Selon les chiffres de la Banque de France, la fraude aux virements a représenté plusieurs centaines de millions d’euros de pertes en France au cours des dernières années. Le phénomène est d’autant plus difficile à combattre que les pirates utilisent des techniques de plus en plus sophistiquées, comme le recours à l’intelligence artificielle pour rendre leurs messages encore plus crédibles.

Comment se protéger de cette arnaque ?

Salle d'audience du tribunal judiciaire de Paris

Si cette affaire doit servir de leçon, c’est bien celle-ci : ne faites jamais confiance à un RIB reçu par mail sans vérification. Voici les réflexes à adopter, que vous soyez professionnel ou particulier :

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Toujours vérifier par téléphone. Avant d’effectuer un virement important, appelez directement le destinataire pour confirmer ses coordonnées bancaires. Utilisez un numéro que vous avez déjà en votre possession, pas celui figurant dans le mail suspect. Ce conseil vaut aussi pour les petites arnaques du quotidien.

Ne jamais envoyer de RIB dans un mail non sécurisé. Si vous êtes professionnel — notaire, comptable, agent immobilier — privilégiez les plateformes sécurisées ou, à défaut, protégez vos pièces jointes par un mot de passe communiqué par un autre canal.

Vérifier l’adresse mail de l’expéditeur. Les pirates créent souvent des adresses quasi identiques à l’originale, avec une seule lettre changée ou un domaine légèrement différent. Un détail que la société victime aurait pu repérer, selon le juge.

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Se méfier des relances inhabituelles. Si un professionnel vous renvoie un RIB « mis à jour » ou « corrigé » par mail, c’est un signal d’alerte majeur. Cette technique est aussi utilisée dans les arnaques par SMS qui se multiplient.

Un verdict qui fait jurisprudence

Au-delà des faits, cette décision du tribunal de Paris envoie un message clair aux professionnels du droit et de l’immobilier. Un notaire qui envoie un RIB par mail sans précaution engage désormais sa responsabilité civile. Ce n’est plus seulement une mauvaise pratique — c’est une faute juridiquement reconnue.

Mais le partage de responsabilité imposé à la société acheteuse rappelle aussi que la vigilance doit être des deux côtés. À l’ère des escroqueries ultra-réalistes, chaque acteur d’une transaction a le devoir de vérifier ce qu’il reçoit. Un simple coup de fil aurait pu éviter la perte de dizaines de milliers d’euros.

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Cette affaire illustre parfaitement le décalage entre la rapidité des transactions numériques et la lenteur des réflexes de sécurité. Les escrocs, eux, ne perdent pas de temps. Il serait peut-être temps qu’on arrête d’en perdre aussi.

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