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« Je suis raciste et fier » : en Haute-Loire, un sexagénaire tire à la carabine sur des enfants « noirs et arabes » qui jouaient au ballon

Publié par Elsa Fanjul le 21 Avr 2026 à 15:03

Dimanche 19 avril, dans un quartier résidentiel d’Espaly-Saint-Marcel, petite commune de 3 500 habitants en Haute-Loire, une dizaine d’enfants âgés de 6 à 11 ans jouaient au ballon au pied d’un lotissement. Ce qui aurait dû être un après-midi ordinaire a viré au cauchemar quand un habitant de 65 ans est sorti de chez lui armé d’une carabine à plomb, poursuivant les mineurs en hurlant des insultes racistes. L’un d’eux, touché au mollet, « a cru qu’il allait mourir ». Le tireur, lui, revendique ouvertement son idéologie.

Une course-poursuite contre des enfants en plein lotissement

Les faits se déroulent dans le quartier de l’Arbousset, un ensemble de logements sociaux géré par l’Opac 43. Selon les témoignages recueillis par Le Progrès, le sexagénaire a mis en joue puis tiré sur les enfants qui jouaient en contrebas du bâtiment. « Il a mis en joue mon neveu, puis lui a tiré dessus », raconte Julia, la tante d’une victime de 10 ans. « La balle a touché son mollet. Mon neveu a eu tellement peur. Il a cru qu’il allait mourir. »

Cour de lotissement HLM à Espaly-Saint-Marcel en Haute-Loire

Pendant cette scène, le tireur aurait crié « Dehors les Noirs et les Arabes ! », transformant ce qui relève déjà de violences avec arme en une attaque à caractère ouvertement raciste. Les enfants, terrorisés, ont couru se réfugier chez une voisine, Marie, qui avait entendu leurs appels depuis sa fenêtre ouverte.

« J’étais chez moi quand j’ai entendu les petits m’appeler d’en bas. Ils disaient : il nous tire dessus, il nous tire dessus ! », se souvient Marie. « Je l’ai vu les menacer avec la carabine, j’étais choquée. » C’est elle qui a alerté la police. Le tireur a été interpellé et placé en garde à vue. Mais ce que les voisins décrivent depuis des mois dépasse largement l’épisode de dimanche.

Des années d’insultes, de menaces et de violences documentées

Pour les habitants du quartier, cette agression n’est pas un coup de folie isolé. C’est l’aboutissement d’un harcèlement raciste systématique, signalé à de multiples reprises. Marie, installée dans le quartier depuis un peu plus d’un an, affirme être régulièrement la cible d’injures allant de « babouin » à « sale Noire ». Le mis en cause lui reprocherait de résider en France pour « profiter du système » — un cliché raciste aussi infondé que répandu.

Son fils de 8 ans subirait lui aussi des violences récurrentes : jets de bâtons, injures racistes à répétition. Selon L’Éveil de la Haute-Loire, un enfant de 3 ans aurait été frappé avec un bout de bois il y a trois ans, uniquement en raison de ses origines maghrébines. Un enfant de trois ans.

Banc endommagé devant un immeuble du quartier de l'Arbousset

L’été dernier, le sexagénaire aurait démonté le banc situé au pied du lotissement. Sa justification, assumée devant le voisinage : empêcher des « noirs et arabes » de rester devant le bâtiment. « Ça fait très longtemps qu’on est au courant », confirme Julia. « Récemment, une femme d’origine syrienne a dû déménager parce que ce monsieur ne supportait pas de la croiser voilée aux boîtes aux lettres et l’insultait. »

Dans une vidéo consultée par Le Progrès, l’homme ne laisse aucune ambiguïté sur ses convictions : « Je suis raciste et je suis fier d’être raciste. Je le dis haut et fort. » Un aveu filmé qui ne laisse guère de place au doute sur la nature de ses actes. Pourtant, le passage à l’acte armé avait été annoncé, presque mot pour mot.

« Je vais tirer sur les petits noirs » : un acte annoncé la veille

« Il a prémédité son geste puisque la veille il a dit : je vais tirer sur les petits noirs », affirme une voisine interrogée par L’Éveil de la Haute-Loire. Le samedi 18 avril, soit la veille de l’attaque, Marie s’est d’ailleurs rendue au commissariat du Puy-en-Velay pour porter plainte contre son voisin pour injures racistes. La réponse des forces de l’ordre : « Repassez dans la semaine, les effectifs sont réduits le week-end. »

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Vingt-quatre heures plus tard, le même homme sortait une carabine à plomb et tirait sur des enfants. La chronologie est aussi glaçante que limpide. Cette plainte refusée faute de personnel un samedi pose une question brutale : qu’aurait-il fallu pour que les autorités agissent avant qu’un enfant soit touché ? Le harcèlement répété et les menaces explicites n’ont visiblement pas suffi.

Lors de sa garde à vue, le tireur a reconnu être sorti avec sa carabine à plomb. Sa version : il aurait voulu « tirer en l’air ». Les témoignages des enfants, des voisins, et la blessure au mollet du garçon de 10 ans racontent une tout autre histoire. Une plainte a été déposée au commissariat du Puy-en-Velay, et le mis en cause fait l’objet d’une convocation par officier de police judiciaire pour « violences avec arme ».

La réponse de la mairie interroge autant que les faits

Contactée par Le Progrès, Christiane Mosnier, maire divers droite d’Espaly-Saint-Marcel, a livré une réaction qui a suscité la colère des habitants. « On est très vigilants par rapport au racisme et on y est sensibles, contrairement à ce que certains peuvent dire », assure l’édile. Avant d’ajouter : « Concernant ce monsieur, je ne sais pas s’il insulte plus les gens de couleur que les Blancs. Pour moi, c’est une personne compliquée avec tout le monde. »

Une phrase qui fait écho à un réflexe bien connu : relativiser les actes racistes en les noyant dans un supposé mauvais caractère général. Les voisins, eux, n’ont aucun doute. Les insultes de « babouin » et « sale Noire », la femme syrienne contrainte de déménager, le banc démonté pour écarter « les noirs et les arabes », la vidéo où l’homme revendique fièrement son racisme — tout pointe dans une seule direction.

Mairie d'une petite commune française avec drapeau tricolore

La maire reconnaît toutefois que la mairie avait déjà contacté l’Opac 43 pour trouver un nouveau logement au sexagénaire, preuve que le problème était identifié bien avant le tir de dimanche. « Ça prend du temps », justifie Christiane Mosnier. Trop de temps, manifestement, pour une dizaine d’enfants dont le quotidien était devenu un enfer.

Libre dès le lendemain

Détail qui a particulièrement choqué les habitants : le tireur a pu regagner son domicile dès le lundi, au lendemain des faits. Autrement dit, l’homme qui a poursuivi et tiré sur des enfants en criant des insultes racistes est retourné vivre dans le même lotissement que ses victimes, à quelques mètres de l’endroit où ils jouaient au ballon.

Si les propos racistes « n’ont pas été évoqués par les témoins ou les victimes » lors de la procédure officielle — selon la formulation du Progrès —, la qualification juridique pourrait évoluer. Les témoignages recueillis par la presse locale, la vidéo où le mis en cause revendique son racisme, et les multiples signalements antérieurs constituent un faisceau d’indices difficilement ignorable. En France, près d’un Français sur deux déclare avoir été victime de racisme, selon un sondage Ifop pour la Licra.

Le cas d’Espaly-Saint-Marcel concentre à lui seul plusieurs failles : des signalements restés sans suite, une plainte refusée la veille du passage à l’acte, une minimisation publique de la dimension raciste par la maire, et un retour immédiat de l’agresseur à son domicile. Pour Julia, Marie et les familles du quartier de l’Arbousset, la question n’est plus de savoir si cet homme est « compliqué avec tout le monde ». C’est de comprendre combien de signalements il faut pour qu’un enfant n’ait plus à craindre de jouer au ballon en bas de chez lui.

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