Incendie en Espagne : cet homme survit caché dans une voiture, sa femme et 12 proches meurent en tentant de fuir à pied
Un couple britannique installé dans le sud de l’Espagne, une soirée de juillet, un mur de flammes qui avance à toute vitesse. Ce genre de scénario, on le regarde d’habitude depuis son canapé, loin, presque abstrait. Sauf que pour Malcolm Timbrell, 70 ans, ce cauchemar a eu lieu jeudi dernier, dans son propre village. Ce qu’il a vu et vécu ce soir-là dépasse tout ce qu’il aurait pu imaginer.
Un village englouti par les flammes en Andalousie
Tout commence dans la région d’Almeria, près des montagnes de la Sierra de Los Filabres. Un incendie se déclare jeudi soir en zone semi-aride et se propage à une vitesse folle jusqu’au petit village de Bédar. Les flammes, alimentées par la sécheresse et le vent, avancent en furie vers les habitations.
Malcolm Timbrell y vivait avec sa femme Annette Kilgore, 69 ans. Quand le feu se rapproche dangereusement, le couple et leurs voisins décident de fuir en voiture. Un réflexe de survie classique, sauf que la situation va basculer en quelques minutes à peine, un peu comme lorsqu’un événement brutal transforme une soirée ordinaire en tragédie.
Ce drame n’est pas isolé. D’autres victimes britanniques ont été identifiées ces derniers jours, comme le couple d’expatriés Pete et Fran Gillam, dont la fille a dû s’envoler d’urgence depuis le Royaume-Uni pour tenter de les retrouver, sans succès.
Au total, 13 personnes ont perdu la vie dans cet incendie, selon le dernier bilan des autorités espagnoles, un chiffre qui rappelle à quel point une catastrophe naturelle peut frapper vite et fort, sans laisser de temps pour réagir.
Le choix qui a tout changé : sauver ses chats
Voici le détail qui va tout faire basculer. Alors que le convoi de voitures s’éloigne, Malcolm Timbrell fait demi-tour. Sa raison : récupérer ses deux chats, Charlie et Lilly, restés dans la maison. Une décision prise en une fraction de seconde, sans imaginer qu’elle allait lui sauver la vie.
Pendant qu’il rassemble ses animaux, ses proches, eux, restent bloqués sur la route. Le mur de flammes leur barre le passage. Selon Timbrell, le groupe – dont sa femme faisait partie – prend alors une décision fatale : sortir des véhicules et marcher à pied devant le front du feu, malgré ses cris pour les en empêcher.
« Mon épouse et nos sept autres amis et voisins ont décidé, contre mon avis et mes hurlements, que la seule solution était de marcher devant le mur de feu », a-t-il raconté à la BBC. « J’ai appris depuis que ce mur avançait à plus de 20 kilomètres par heure. Ils n’avaient aucune chance. » Une vitesse qui rend la fuite à pied totalement illusoire, un peu comme tenter de devancer un phénomène qui vous dépasse déjà de loin.
Caché dans une voiture pendant que quatre autres brûlaient
Revenu trop tard pour rejoindre les autres, Malcolm Timbrell doit improviser dans l’urgence absolue. Six véhicules ont été abandonnés sur ce chemin de terre près de Bédar. Il choisit de se réfugier dans l’un d’eux, sans certitude de survivre à la chaleur qui approche.
Sous ses yeux, quatre des six voitures s’embrasent d’un coup. La sienne, elle, résiste. Il parle lui-même d’une « raison du destin » pour expliquer pourquoi il s’en sort vivant là où ses voisins n’ont pas eu cette chance, un hasard aussi cruel qu’il est difficile à accepter, comme dans ces situations où le sort semble s’acharner sur certains plus que d’autres.
Les secours finissent par arriver une fois le feu passé, et retrouvent Timbrell toujours enfermé dans le véhicule calciné mais intact. Huit corps seront découverts plus tard sur le chemin voisin de sa maison. Le bilan des victimes britanniques confirmées est monté à cinq personnes, dont une femme de 93 ans décédée à l’hôpital. Des ressortissants français, belge et espagnol figurent aussi parmi les victimes identifiées par analyse ADN.

« J’attends la confirmation ADN, puis je m’effondrerai »
Aujourd’hui, Malcolm Timbrell attend, comme beaucoup de familles concernées, la confirmation officielle par test ADN du corps de son épouse. Une attente insoutenable, suspendue entre l’espoir minime et la certitude presque acquise.
« C’est le genre de chose qu’on ne peut jamais imaginer vivre, et quand ça arrive, qu’on est le seul survivant de la situation, qu’est-ce qu’on peut faire ? On attend la clarification ADN, et après ça, je pense que je vais m’effondrer », confie-t-il, la voix marquée par le choc encore frais de ces derniers jours.
Il décrit Annette comme une femme « heureuse » et « ouverte aux autres », avec qui il a partagé une vie qu’il qualifie lui-même d’« incroyable ». Des photos glaçantes ont depuis circulé, montrant les carcasses calcinées des véhicules abandonnés sur ce chemin de terre à flanc de colline, aux côtés d’une moto elle aussi laissée sur place par ses occupants en pleine panique.
Les équipes de secours espagnoles continuent leurs opérations d’identification sur les douze corps retrouvés à l’épicentre du sinistre. Six victimes ont déjà été formellement identifiées grâce aux tests ADN et aux témoignages de proches.
Une décision de quelques secondes, deux chats sauvés, une vie entière balayée par un mur de flammes à 20 kilomètres par heure. L’histoire de Malcolm Timbrell rappelle une vérité simple et terrible : face à un feu de cette ampleur, chaque choix compte, et parfois, il n’y a tout simplement plus de bon choix à faire.