Son collègue l’a empoisonnée au cadmium pendant 2 ans : il demande maintenant l’effacement de sa peine

Nausées, cheveux qui tombent, vomissements : pendant des mois, personne ne comprend ce qui arrive à Rong Yuan. Cette ingénieure de 50 ans a fini par installer une caméra près de son bureau, et ce qu’elle a filmé a fait basculer toute l’affaire. Aujourd’hui, l’homme qu’elle accuse d’avoir versé du poison dans son eau réclame que sa condamnation disparaisse.
Berkeley, 2017 : l’ingénieure qui se croyait atteinte d’un cancer
Tout commence en 2017, dans un décor des plus banals : un bureau, des collègues, une bouteille d’eau. Rong Yuan, ingénieure à Berkeley, en Californie, voit sa santé se dégrader sans raison apparente. Nausées, chute de cheveux, vomissements répétés : les symptômes s’installent.
Elle consulte. Les médecins ne trouvent pas d’explication. Craignant un cancer de l’estomac, elle multiplie les examens, tous restés sans résultat, rapporte The San Francisco Standard, dont Midi Libre reprend les informations.
Pendant près de deux ans, elle dit avoir cru mourir sans comprendre pourquoi. Ce n’est pas la première fois qu’un témoignage comme celui-ci, « J’avais l’impression de mourir », fait froid dans le dos : le corps souffre, mais aucun diagnostic ne vient mettre un nom sur la douleur.
Imaginez le quotidien. Chaque matin, la même angoisse. Chaque examen négatif, un soulagement qui ne soulage rien, puisque la question reste entière : si ce n’est pas une maladie, alors qu’est-ce que c’est ?
En janvier 2019, un soupçon surgit enfin. Et il ne vient pas d’un médecin, mais d’elle.
La caméra près du bureau, le liquide versé dans la bouteille
Rong Yuan soupçonne donc un empoisonnement. Elle n’a aucune preuve, alors elle choisit de regarder. Elle installe une caméra près de son bureau.
Elle n’est pas la seule à avoir dû mener sa propre enquête, et cette caméra cachée sur un bureau a joué un rôle décisif. Les images montrent David Xu, un collègue de 41 ans aujourd’hui, verser un liquide dans sa bouteille.
Reste à savoir ce que contenait ce liquide. Les analyses livrent leur verdict : du cadmium, un métal lourd toxique. Les concentrations atteignent jusqu’à 3,5 millions de fois la limite fédérale américaine pour l’eau potable.
Autre élément troublant : les échantillons de sang de Rong Yuan et de ses parents sont eux aussi positifs. Le cercle des personnes touchées dépasse donc la seule ingénieure. Le collègue suspecté est inculpé pour tentative de meurtre avec préméditation et empoisonnement.
On pourrait croire l’histoire close, mais la procédure s’étire sur plusieurs années. En septembre 2023, David Xu plaide non coupable à l’accusation d’empoisonnement. Il est finalement condamné à deux ans de probation, après que la juge a doublé la durée initialement prévue, qu’elle jugeait particulièrement clémente.
Deux ans de probation, donc. Pour la victime, la page n’est pourtant pas tournée, et une nouvelle demande vient de la rouvrir.

Mars dernier : fin de probation, et une demande qui fait réagir le parquet
L’affaire pourrait s’arrêter là, mais ce dossier hors norme connaît un nouveau chapitre. David Xu a terminé sa probation en mars dernier, et il demande désormais l’effacement de sa condamnation pour crime.
Ce type de procédure vise en général à permettre à une personne ayant purgé sa peine de repartir sans que la condamnation ne la suive. Sept ans après les faits, indique The San Francisco Standard, il pourrait l’obtenir. Le parquet, lui, s’oppose à cette démarche.
En face, Rong Yuan décrit une vie qui n’est pas revenue à la normale. Elle affirme souffrir de séquelles qui persistent et déclare ne plus pouvoir travailler à temps plein.
Longtemps restée silencieuse, elle a décidé de rendre publiques les vidéos qui ont permis de faire éclater l’affaire. Elle explique ce choix sans détour : « Ce système judiciaire m’a déjà laissée tomber. C’est mon dernier recours », confie-t-elle à nos confrères.
Voilà donc le cœur du dossier : un homme condamné qui veut tourner la page, une victime qui refuse qu’on l’efface. Mais jusqu’où cette bataille peut-elle aller ?
Ce qui reste en suspens après la publication des vidéos
À ce stade, la source ne mentionne aucune décision sur l’effacement. Ce que l’on sait : le parquet s’oppose, la victime se mobilise, les images sont désormais publiques. Ce que l’on ignore : la date d’une éventuelle audience et l’avis final du tribunal.
Le contraste, lui, saute aux yeux. D’un côté, une inculpation pour tentative de meurtre avec préméditation et des concentrations de cadmium extrêmes. De l’autre, une condamnation à deux ans de probation, que l’intéressé voudrait voir disparaître de son dossier.
Les affaires d’empoisonnement fascinent et inquiètent parce qu’elles frappent là où l’on se croit en sécurité. Le cas de Laurence Boccolini, dans un tout autre contexte, a lui aussi beaucoup fait parler.
Même sentiment de vigilance avec ces produits toxiques qui circulent encore malgré les interdictions : le poison ne se cache pas toujours là où on l’attend. Pour Rong Yuan, il se cachait dans une simple bouteille d’eau, sur son lieu de travail.
Reste une certitude : sans cette caméra, l’enquête n’aurait peut-être jamais démarré. C’est elle qui a transformé deux ans de souffrance inexpliquée en dossier judiciaire.
Une bouteille d’eau, une caméra, un métal lourd : l’ingénieure a trouvé seule la vérité que les médecins ne voyaient pas, et elle refuse qu’on l’efface. Et si vous aimez les histoires où une dose change tout, la dose létale cachée dans les graines de pomme va vous surprendre. Quant à ce cadeau qui paraissait anodin, ce parfum trouvé par hasard a viré au drame en quelques heures.