« J’avais l’impression de mourir » : malade pendant deux ans, elle installe une caméra cachée et filme son collègue

Des malaises à répétition, des passages aux urgences, des médecins qui haussent les épaules. À Berkeley, en Californie, une ingénieure a cru pendant près de deux ans qu’elle souffrait d’une maladie incurable. Personne ne trouvait la cause. Puis une bouteille d’eau, un goût étrange et une caméra commandée en ligne ont tout fait basculer, et ce que l’objectif a filmé a glacé tout le monde.
Deux ans de malaises à Berkeley, et aucun médecin pour mettre un nom dessus
Tout commence en janvier 2017, quelques semaines après l’arrivée de Rong Yuan dans une société d’ingénierie de Berkeley. Elle a alors une quarantaine d’années. Très vite, des symptômes inquiétants s’installent, et ils ne la lâchent plus.
Elle multiplie les passages aux urgences. Elle enchaîne les consultations spécialisées. Elle part même en Chine pour se faire soigner. Malgré tout, selon La Dépêche, aucun diagnostic n’est formellement posé.
Reste la fatigue, l’incompréhension et la peur. « J’ai commencé à avoir l’impression que j’étais en train de mourir », a-t-elle raconté au média américain The San Francisco Standard. Une phrase simple, qui dit tout de ce que vivent les patients quand la médecine ne trouve rien.
Le plus troublant, c’est que rien dans cette histoire ne ressemblait, au départ, à un crime. Pas de menace, pas de dispute connue, pas de signe qui aurait pu mettre la puce à l’oreille. Un quotidien de bureau, des journées de travail, et un corps qui lâche petit à petit.
Ce type de scénario rappelle d’autres affaires où le poison se cachait dans un geste anodin. Il y a par exemple le cas de cette bouteille d’eau empoisonnée qui a tué un homme, au point que des médecins ont dû lancer un avertissement.
Ici, il a fallu attendre un malaise de plus pour que les choses bougent. Et celui-là allait avoir un détail très particulier.
Un goût acide dans la bouteille, une caméra commandée sur Amazon
Deux ans après les premiers symptômes, en janvier 2019, l’ingénieure fait un énième malaise. Elle venait de boire quelques gorgées d’eau, alors qu’elle était au travail. Un geste banal, mais qui change la suite des événements.
Le soir même, sa mère goûte l’eau de la bouteille de sa fille. Elle constate un goût acide. De quoi, d’après La Dépêche, commencer à soupçonner un éventuel empoisonnement.
Le doute est lancé. Il est énorme : si l’eau est en cause, alors quelqu’un a pu la toucher. Et sur un lieu de travail, la liste des suspects n’est pas infinie.
Le poison n’est pas toujours là où on le cherche. Il arrive qu’un métal lourd reste invisible pendant des années, comme dans l’histoire de ce garçon qui avait avalé un thermomètre à mercure et dont le ventre a fini par parler vingt ans plus tard.
Rong Yuan, elle, décide de ne pas attendre. Elle commande une caméra espion sur Amazon. Puis elle l’installe discrètement près de son bureau, avec une idée en tête : voir ce qui se passe quand elle n’est pas là.
Elle n’a pas à attendre longtemps. Le 4 mars 2019, les images révèlent la scène. Son collègue, David Xu, verse dans sa bouteille d’eau un liquide provenant d’un petit récipient blanc.
« J’étais sidérée », se souvient-elle. Deux ans de souffrance venaient de trouver un visage, et un geste filmé. Reste une question : que contenait ce petit récipient blanc ?

Le cadmium, 3,5 millions de fois la limite : ce que contenait l’eau
Pour la même histoire racontée sous un autre angle, on peut relire le récit de ces 18 mois de cadmium qui avait déjà fait réagir. Mais voici ce que l’enquête a établi, selon La Dépêche.
Alertée, la police fait analyser l’eau. Les analyses révèlent une forte concentration de cadmium, un métal lourd et toxique. Elle atteignait jusqu’à 3,5 millions de fois la limite autorisée dans l’eau potable aux États-Unis.
Voilà donc la réponse à deux ans d’errance médicale : ce n’était pas une maladie mystérieuse, mais une exposition répétée à une substance toxique, versée dans l’eau de sa bouteille.
Face à l’évidence, David Xu est arrêté et inculpé en mars 2019. Les chefs retenus comprenaient notamment une tentative de meurtre avec préméditation et un empoisonnement. À ce stade, la victime pouvait croire que le plus dur était derrière elle.
Mais la suite judiciaire a pris une tout autre direction. Alors qu’il risquait une lourde peine de prison, l’ancien collègue a bénéficié d’un accord avec le parquet. Il n’avait plus à répondre que du seul chef d’empoisonnement.
En 2024, il est finalement condamné à deux ans de probation, sans peine de prison supplémentaire, et à verser 7 058 dollars de dédommagements. La victime en réclamait 500 000. « Le système judiciaire m’a abandonnée », a-t-elle déclaré.
Pourquoi l’affaire n’est pas close
On pensait le dossier refermé. Pas du tout. Selon La Dépêche, David Xu, sorti de prison en mars 2026, a entamé une procédure pour faire annuler sa condamnation.
Et le lundi 12 octobre, la justice californienne a accepté sa demande, malgré l’opposition du parquet. Concrètement, il n’aura plus à déclarer cette condamnation à de futurs employeurs privés. Elle restera toutefois accessible aux forces de l’ordre.
Rong Yuan était présente à l’audience. Elle a fait part de sa déception. « C’était une affaire d’empoisonnement grave qui a causé des dommages dévastateurs et durables à ma famille », a-t-elle déclaré.
Son père, lui aussi exposé au cadmium, est décédé en 2025 d’une insuffisance cardiaque. Aucun lien de causalité avec l’intoxication n’a toutefois été établi, précise la source.
Sept ans après les faits, l’ingénieure affirme souffrir toujours de problèmes de santé. Elle peine à comprendre la clémence dont a bénéficié son ancien collègue. D’autres histoires d’empoisonnement, comme celle de ces sherpas accusés d’avoir empoisonné des touristes sur l’Everest, montrent à quel point ces dossiers sont difficiles à démêler.
Et la question du poison au quotidien dépasse largement la justice : on trouve parfois le danger là où on ne l’attend pas, jusque dans les graines d’une simple pomme.
Reste un fait : sans la caméra, le geste n’aurait sans doute jamais été découvert. C’est elle qui a transformé un mystère médical en dossier judiciaire.
Une bouteille d’eau, un petit récipient blanc, deux ans de souffrance : l’histoire de Rong Yuan montre qu’un doute de bon sens peut valoir tous les diagnostics. Et pour elle, la bataille continue, malgré la décision de justice.
Et si vous pensiez que le poison était toujours spectaculaire, ce qui est arrivé à Laurence Boccolini va vous faire relever la tête. Quant à ceux qui se demandent ce que cachent les vieux mystères, ce détail d’autopsie de Marilyn Monroe que personne n’a jamais pu expliquer vous hantera longtemps.