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Everest : des sherpas empoisonnaient les touristes pour toucher des millions d’euros d’aides pour les évacuations

Publié par Elsa Fanjul le 03 Avr 2026 à 8:46

De la levure chimique glissée dans les repas, des symptômes bénins transformés en urgences vitales, des factures d’hélicoptère multipliées par trois… Sur le mont Everest, certains sherpas avaient mis au point un système de fraude redoutablement efficace. Bilan : 17 millions d’euros détournés et 32 personnes mises en examen.

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De la levure chimique dans l’assiette : la méthode la plus perfide

Sherpa portant du matériel sur l'Everest

C’est le genre de révélation qui glace le sang. Selon une enquête de la police népalaise relayée par le Kathmandu Post, certains sherpas du mont Everest ont développé trois techniques distinctes pour soutirer de l’argent aux alpinistes. La plus choquante ? Empoisonner délibérément leurs propres clients.

La méthode est aussi simple que vicieuse. Les sherpas impliqués mélangeaient de la levure chimique à la nourriture des touristes. Résultat : maux de tête violents, nausées, état de faiblesse. Autre variante : ils faisaient boire des quantités excessives d’eau aux grimpeurs, ce qui provoque des symptômes similaires en altitude.

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Une fois le touriste en difficulté, le piège se refermait. Le sherpa présentait la situation comme une urgence médicale nécessitant une évacuation immédiate par hélicoptère. Un vol qui coûte normalement 3 500 euros… mais la facture finale dépassait souvent les 10 000 euros.

Trois techniques rodées pour piéger les alpinistes

Hélicoptère de secours au camp de base de l'Everest

L’empoisonnement n’était que la troisième méthode — la plus extrême. Les deux premières reposaient davantage sur la manipulation psychologique que sur la chimie.

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Première technique : repérer les touristes épuisés pendant l’ascension et leur suggérer de simuler un malaise. Le sherpa leur expliquait que l’hélicoptère était le moyen le plus rapide de redescendre. Les voyageurs à bout de forces suivaient souvent ce conseil sans se poser de questions.

Deuxième technique, plus insidieuse : exploiter le mal des montagnes. Au-dessus de 3 000 mètres d’altitude, un léger mal de tête ou des fourmillements sont des symptômes parfaitement normaux. Ils disparaissent généralement avec un peu de repos et une bonne hydratation. Mais ces sherpas affirmaient aux touristes que leur vie était en danger, qu’il fallait évacuer immédiatement.

Face à la peur de mourir sur la montagne la plus haute du monde, rares étaient ceux qui prenaient le risque de refuser.

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Un réseau organisé : hélicoptères, hôpitaux, faux documents

Le plus troublant dans cette affaire, c’est que les sherpas ne travaillaient pas seuls. Ils faisaient partie d’un réseau parfaitement organisé impliquant des compagnies d’hélicoptères et des hôpitaux de la région.

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Un exemple révélateur : trois touristes évacués ensemble, dans le même hélicoptère, au même moment. Pourtant, les documents officiels indiquaient trois vols séparés. Une astuce comptable qui permettait de multiplier la facture par trois.

Les compagnies d’hélicoptères jouaient aussi sur la panique. Les vols étaient réservés et effectués avant même que les assurances des touristes n’aient pu donner leur accord. Le temps que l’assureur réagisse, le mal était fait, la facture envoyée.

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Côté médical, des médecins complices falsifiaient les rapports pour certifier que chaque évacuation était « médicalement nécessaire ». De quoi rendre le remboursement par les assurances quasi automatique.

En « état critique »… en train de siroter des bières

Document médical falsifié dans un hôpital népalais

Un détail résume à lui seul l’ampleur de la supercherie. Dans l’un des cas documentés, des touristes étrangers étaient décrits dans les rapports médicaux comme étant dans un état critique. Les images de vidéosurveillance racontent une tout autre histoire.

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Sur les caméras, les prétendus malades étaient tranquillement attablés, en train de boire des bières. Pas vraiment le tableau clinique qu’on attend de patients évacués en urgence du flanc de l’Everest.

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Ce décalage entre les rapports officiels et la réalité a été l’un des éléments déclencheurs de l’enquête menée par le Bureau central d’enquête du Népal.

17 millions d’euros et plus de 300 faux sauvetages

Les chiffres donnent le vertige — presque autant que l’altitude de l’Everest. Entre 2022 et 2025, plus de 300 opérations de sauvetage se sont avérées totalement inutiles. Trois cents évacuations bidons en trois ans.

Le butin total : environ 17 millions d’euros, répartis entre tous les acteurs du réseau. Sherpas, pilotes d’hélicoptère, personnel hospitalier, intermédiaires… chacun prenait sa part du gâteau.

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Le mois dernier, les autorités népalaises ont enfin frappé. 32 personnes ont été mises en examen, dont des employés de trois hôpitaux différents et de plusieurs sociétés d’hélicoptères. Neuf d’entre elles ont été arrêtées. Les autres ont pris la fuite.

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Une fraude connue depuis 2018… et jamais sanctionnée

Touristes buvant des bières dans un lodge himalayen

Le plus rageant dans cette histoire ? Les autorités népalaises étaient au courant depuis des années. L’arnaque aux évacuations en hélicoptère sévit depuis au moins 2018 sur les pentes de l’Everest.

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Le gouvernement népalais a même rédigé un rapport de 700 pages sur le sujet. Sept cents pages. Et annoncé des mesures. Mais concrètement ? Rien n’a changé pendant des années.

« La fraude a continué parce que personne n’a été sanctionné », résume Manoj Kumar KC, directeur du Bureau central d’enquête au Népal. Une phrase limpide qui en dit long sur le laisser-faire qui a permis au système de prospérer aussi longtemps.

L’Everest, un business à 15 000 dollars le permis

Pour comprendre l’ampleur de cette arnaque, il faut rappeler le contexte économique autour de l’Everest. Avec ses 8 848,86 mètres, le toit du monde attire chaque année environ 500 alpinistes qui tentent le sommet. Des milliers d’autres se contentent de rejoindre le camp de base, à 5 300 mètres.

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En 2025, le prix du permis d’ascension a grimpé à 15 000 dollars pour la saison principale. À cela s’ajoutent l’équipement, les guides, la logistique… Le budget total dépasse souvent les 30 000 euros par personne.

Autant dire que les touristes qui se lancent dans cette aventure ont les moyens. Ce qui en fait des cibles idéales pour ce type de fraude. Quand on a déjà investi des dizaines de milliers d’euros, on ne chipote pas sur une évacuation à 10 000 euros si on pense que sa vie est en jeu.

Le Népal, dont l’économie dépend fortement du tourisme de montagne, marche sur un fil. Sanctionner trop durement pourrait décourager les sherpas — dont le métier reste l’un des plus dangereux au monde. Ne rien faire, c’est laisser pourrir une situation qui ternit l’image du pays tout entier.

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