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4 morts en France : cet insecticide interdit contre les punaises de lit circule toujours malgré les saisies

Publié par Elsa Fanjul le 14 Avr 2026 à 9:05

Il est interdit depuis plus de dix ans en France et dans toute l’Union européenne. Pourtant, le Sniper 1000, un insecticide utilisé contre les punaises de lit et les cafards, continue de tuer. L’Anses vient de publier un bilan alarmant : 351 intoxications en trois ans, quatre décès, et un trafic qui ne faiblit pas. Pire, le produit ne se limite plus à l’Île-de-France — il se répand désormais dans tout le pays.

Un poison en vente libre sur les marchés

Le Sniper 1000 n’a rien d’un produit anodin. Sa substance active, le dichlorvos, a été interdite en 2013 dans toute l’Union européenne « en raison de sa toxicité élevée », rappelle l’Agence nationale de sécurité sanitaire dans son bulletin de vigilance publié le 13 avril 2025. Autrefois utilisé dans les habitations, les entrepôts et même les élevages, ce biocide est classé comme hautement dangereux pour l’homme.

Flacon d'insecticide illégal vendu sur un marché en France

Malgré cette interdiction, le produit se vend « illégalement sur des marchés, dans des bazars ou sur internet », selon l’Anses. Importé principalement d’Afrique subsaharienne, il fait l’objet d’un trafic organisé que les saisies régulières des autorités ne parviennent pas à endiguer. Et pour cause : face à une infestation de punaises de lit, beaucoup de ménages cherchent des solutions rapides et peu coûteuses — quitte à prendre des risques considérables.

Le problème, c’est que les punaises de lit résistent aujourd’hui à « la quasi-totalité des insecticides en vente libre », selon l’agence sanitaire. Le Sniper 1000 apparaît donc comme une solution miracle pour des foyers parfois désespérés. Mais le remède est bien pire que le mal.

351 intoxications en trois ans — et le bilan s’alourdit

Les chiffres publiés par l’Anses donnent le vertige. Entre début 2023 et fin 2025, les Centres antipoison ont recensé 351 cas d’intoxication liés au Sniper 1000. C’est une explosion par rapport au bilan précédent : entre 2018 et juin 2023, on comptait 206 cas sur cinq ans. Le rythme a donc plus que doublé.

Parmi ces 351 victimes, 60 % étaient des femmes. Si la plupart des intoxications ont été classées comme bénignes, une sur dix présentait une gravité moyenne. Et quatre personnes en sont mortes. Les symptômes décrits par l’Anses sont particulièrement inquiétants : troubles respiratoires, digestifs, neurologiques et neuro-musculaires « pouvant aller jusqu’au décès ».

Femme inquiète dans son appartement après une intoxication domestique

Un détail du rapport glace : sur les 351 cas, 39 concernaient des ingestions accidentelles par des enfants. Le produit, conditionné en flacons, se retrouve dans des logements où vivent des familles. Trente-deux autres cas relevaient d’une ingestion volontaire dans un but suicidaire, ce qui illustre aussi la facilité d’accès à cette substance mortelle. L’Anses n’est d’ailleurs pas la seule à tirer la sonnette d’alarme sur des produits toxiques qui échappent aux contrôles.

Mais ce qui inquiète le plus les autorités, c’est la géographie du phénomène. Car le trafic a changé d’échelle.

De la Seine-Saint-Denis à Marseille : un trafic qui s’étend

Jusqu’à récemment, le Sniper 1000 était essentiellement un problème francilien. Près de 7 expositions sur 10 se sont produites en Île-de-France, et plus d’une sur cinq dans le seul département de la Seine-Saint-Denis. Le produit s’achetait principalement sur des marchés ou dans des bazars de la région parisienne.

Mais « contrairement au précédent bilan », l’Anses souligne que le produit circule désormais sur tout le territoire. Des intoxications ont été rapportées à Marseille, Limoges, Lyon et en Outre-mer. L’agence parle d’un « important trafic francilien qui s’étend désormais à d’autres grandes villes de France ». Le phénomène n’est plus localisé — il est national.

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Sur les 351 intoxications recensées, 255 étaient directement liées à l’utilisation du Sniper 1000 contre des nuisibles au domicile. Autrement dit, dans l’écrasante majorité des cas, ce sont des personnes qui ont volontairement utilisé le produit chez elles, souvent sans savoir qu’il était interdit ni mesurer sa dangerosité. Cette situation rappelle d’autres scandales sanitaires où l’absence d’information a coûté des vies.

Pourquoi tant de gens prennent ce risque

Pour comprendre le succès du Sniper 1000 malgré son interdiction, il faut mesurer l’ampleur du problème des punaises de lit en France. Depuis plusieurs années, les infestations se multiplient dans les grandes villes. On en a retrouvé dans des avions en classe affaires, dans des cinémas parisiens, et bien sûr dans des milliers de logements.

Faire appel à un professionnel certifié pour traiter une infestation coûte entre 300 et 1 500 euros selon la surface et la gravité. Un flacon de Sniper 1000 s’achète quelques euros sur un marché. Pour des ménages modestes — et la surreprésentation de la Seine-Saint-Denis dans les chiffres n’est pas un hasard —, le choix est vite fait. Reconnaître les piqûres est une chose, s’en débarrasser sans moyens en est une autre.

Professionnel certifié inspectant un matelas contre les punaises de lit

Le piège est d’autant plus redoutable que les insecticides classiques en vente libre sont devenus largement inefficaces. Les punaises de lit ont développé des résistances à la plupart des molécules autorisées. Résultat : les produits légaux ne fonctionnent pas, et un produit illégal mais réputé efficace circule sous le manteau. C’est exactement ce mécanisme qui alimente le trafic, selon l’Anses.

Ce que recommande l’Anses

L’agence sanitaire est catégorique : il ne faut en aucun cas utiliser le Sniper 1000. Le produit est toxique par inhalation, par contact cutané et par ingestion. Dans un espace clos comme un appartement, les vapeurs de dichlorvos peuvent provoquer des intoxications graves en quelques heures, y compris chez des personnes qui n’ont pas manipulé le produit directement.

Si vous êtes confronté à une infestation persistante, l’Anses recommande de faire appel à un professionnel certifié. Les méthodes mécaniques (lavage à 60°C, vapeur haute température, aspiration) restent les plus sûres en première intention. Il existe également des gestes de prévention efficaces, notamment au retour de vacances ou de voyages.

Pour ceux qui vivent dans un logement infesté, la tentation de recourir à n’importe quel produit est compréhensible. Mais quatre familles françaises pleurent aujourd’hui un proche à cause du Sniper 1000. Face à un insecte qui résiste à presque tout, la réponse ne peut pas être un poison qui tue aussi les humains.

En attendant, l’Anses demande un renforcement des contrôles sur les marchés et les plateformes de vente en ligne. Les signalements peuvent être effectués auprès des autorités sanitaires locales ou directement auprès des Centres antipoison. Chaque flacon retiré de la circulation est potentiellement une vie sauvée.

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