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« Je n’ai jamais vu un tel résultat » : le taux d’alcool d’une sexagénaire laisse un juge sans voix

Publié par Cassandre Jolivet le 10 Oct 2026 à 17:28
Juge en robe sidéré devant des documents au tribunal

Un juge de police qui en a vu d’autres, une conductrice de 64 ans, et une analyse de sang qui l’a laissé sans voix. À Bruges, l’audience de ce jeudi a pris un tour inattendu, avec une avocate qui a prévenu d’emblée : « Ne tombez pas de votre chaise ». Le chiffre à l’origine de ce « record » est vertigineux, et la phrase que le juge a lâchée ensuite l’est tout autant.

Bruges, 12 janvier : une interpellation, puis des tests qui ne pardonnent pas

Tout commence le 12 janvier. Selon le quotidien belge HLN, une femme de 64 ans est interceptée au volant avec près de 2 pour mille d’alcool dans le sang. Rien d’exceptionnel au premier regard : ce genre de dossier défile chaque semaine devant les tribunaux de police.

Sauf que l’affaire ne s’est pas arrêtée au contrôle sur le bord de la route. Lors d’une audience précédente, la conductrice avait été invitée à passer plusieurs tests PEth, pour évaluer sa consommation d’alcool sur une période bien plus longue que la seule soirée de l’interpellation. Le tribunal voulait comprendre une habitude, pas seulement un instant.

Ce détail change toute la nature de l’audience. Un taux d’alcoolémie dit ce qu’il y a dans le sang à un moment précis, et rien de plus. Il ne raconte pas les semaines qui précèdent, ni la place que l’alcool occupe réellement dans le quotidien d’une personne.

Le juge cherchait donc à savoir si ce jour de janvier était un accident de parcours ou le reflet d’une situation installée. Ce genre d’interrogation n’est pas isolé : à Quimper, une conductrice avait percuté des trottoirs avec 2,44 g d’alcool dans le sang à six heures du matin. Mais à Bruges, c’est un autre outil qui a changé la donne. Et pour comprendre la suite, il faut savoir ce qu’il mesure exactement.

PEth : le test qui remonte un mois de verres

Le PEth est un marqueur sanguin qui permet d’évaluer la consommation d’alcool. Son taux varie selon les quantités ingérées et donne une indication de la consommation moyenne sur le mois précédent. Autrement dit, impossible de « se rattraper » en buvant de l’eau la veille de l’examen.

À l’international, un seuil de 200 ng/ml est généralement utilisé pour signaler une consommation excessive. Le laboratoire de toxicologie de l’université de Gand, lui, applique un seuil plus élevé : 270 ng/ml. Il tient ainsi compte de l’incertitude des mesures et accorde le bénéfice du doute à la personne examinée.

Ce n’est donc pas un test conçu pour piéger. Le laboratoire gantois utilise même un tableau d’évaluation pour interpréter chaque résultat, avec une marge de prudence volontaire. Un chiffre qui dépasse largement ces seuils ne relève plus de la zone grise.

Pour donner une idée, l’avocate de la conductrice a expliqué au juge qu’une valeur de 200 correspond déjà, en moyenne, à environ six verres par jour. C’est le niveau où l’on parle de consommation très élevée. Et la justice n’est pas toujours tendre avec ceux qui récidivent ou qui contestent : un patron de 55 ans a perdu son appel à Vannes après une conduite en état d’ivresse.

Résultats en main, l’avocate a donc mis en garde le juge avant même de les présenter. Puis le chiffre est tombé : la sexagénaire affichait un taux de PEth de 4.000. Soit vingt fois le seuil critique de 200, et bien au-delà du seuil de 270 du laboratoire de Gand. Restait à savoir comment le magistrat allait réagir.

Tube de prélèvement sanguin tenu dans un laboratoire de toxicologie

« Moi si » : la réplique du juge qui a glacé la salle

Les audiences de ce type réservent parfois des scènes surréalistes, comme cet automobiliste ivre dont l’ami a débarqué au commissariat sans permis. Celle de Bruges a pris un ton plus grave. Le juge n’en revenait pas : « Félicitations, vous détenez le record. Je n’ai jamais vu un tel résultat. »

La phrase peut sembler cinglante, mais elle traduit surtout une stupéfaction sincère. Le magistrat a ensuite recentré le débat sur la personne, pas sur l’infraction. Il s’est dit surtout inquiet pour sa santé.

Son avocate a livré le contexte. Selon elle, sa cliente lutte depuis des années contre une dépendance à l’alcool. « Il y a six ans, elle a fait un burn-out et a été hospitalisée à deux reprises. Son foie était alors déjà sévèrement touché. »

Côté conduite, la femme affirme ne presque plus prendre le volant, sauf pour aller faire ses courses. Le juge lui a alors adressé un conseil plus qu’un reproche : « Je pense que vous avez besoin de davantage d’aide. Avec une telle valeur, une hospitalisation vous ferait peut-être du bien. »

Vient alors l’échange qui résume l’audience. Interrogée sur l’explication de ce résultat, la conductrice a répondu : « Je n’ai pas d’explication. » Le juge a tranché sans détour : « Moi si. Vous continuez à boire. » Une phrase sèche, qui referme la porte à toute interprétation, mais qui ne dit pas encore ce que cela coûte à la prévenue.

Ce qu’il lui reste à franchir avant de reprendre le volant

Sur le plan pénal, la décision est tombée. La femme de 64 ans a été condamnée à une amende de 1.600 euros et à une interdiction de conduire de trois mois, dont un mois avec sursis. Elle a aussi été déclarée inapte à la conduite et a dû rendre son permis directement au tribunal.

C’est ce dernier point qui compte le plus. Les trois mois ne suffiront pas : elle ne pourra reprendre la route qu’après un avis médical favorable et la réussite des examens requis. Le calendrier dépend donc moins du tribunal que de sa propre situation de santé.

Le juge a aussi rappelé le risque en cas de récidive : « Si vous deviez tout de même conduire maintenant, vous risquez une peine de prison de trois ans. » L’avertissement est clair, d’autant que la prévenue dit ne se servir de sa voiture que pour ses courses. Selon HLN, c’est précisément ce genre de trajet « de proximité » qui est aujourd’hui dans le viseur.

En France aussi, la question du retrait de permis revient régulièrement dans l’actualité, avec parfois des situations déroutantes comme un permis suspendu six mois sans avoir touché un volant. Et ce n’est pas l’alcool seul qui peut coûter son permis : le téléphone au volant entraîne désormais une perte immédiate du précieux papier rose dans certains cas.

Ce qui reste, au fond, c’est la tonalité de cette audience : plus proche de l’appel à l’aide que de la sanction exemplaire. Le juge n’a pas seulement puni, il a invité une femme à se soigner. L’avenir dira si elle l’a entendu.

Un taux de PEth de 4.000, un « Félicitations » qui sonne comme un constat d’échec, et une prévenue qui n’a « pas d’explication » : à Bruges, la justice a surtout vu un problème de santé derrière l’infraction.

Et si vous croyez avoir tout vu en matière d’alcool au volant, cette conductrice endormie sur l’autoroute dont la voiture s’est arrêtée seule va vous faire douter. Autre mystère : ces madeleines industrielles qui peuvent vous rendre positif à l’alcool, sans avoir bu une goutte.

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