Justin Plummer, 28 ans de prison à tort : l’aveu qu’il a refusé de faire, enfin raconté

Vingt-huit ans derrière les barreaux pour un meurtre qu’il a toujours nié. Justin Plummer, 54 ans aujourd’hui, s’exprime pour la première fois à la télévision britannique, et ses mots sont rares. Selon le Daily Mirror, il aurait refusé une porte de sortie que beaucoup auraient saisie, et la raison tient en une conviction que personne n’a réussi à lui arracher.
1998, un chantier isolé, une empreinte de basket et un casier : comment un cambrioleur est devenu le suspect idéal
En 1998, Janice Cartwright-Gilbert, 38 ans, est tuée sur le site isolé du Bedfordshire où elle construisait sa future maison avec son compagnon. Elle vivait alors dans une caravane, qui sera incendiée. Le Daily Mirror décrit une attaque d’une violence extrême.
Les enquêteurs se tournent vers Justin Plummer, cambrioleur connu dans la région. Selon l’accusation, il serait venu voler et aurait tué la jeune femme qui l’avait surpris. Un élément pèse lourd dans le dossier : une marque de chaussure, que les procureurs ont reliée à l’une de ses baskets.
Lui a toujours clamé son innocence. « Je ne suis pas un ange, j’ai fait des cambriolages, mais je ne vais pas assassiner des femmes, certainement pas », dit-il dans le documentaire. Il raconte la bascule de sa garde à vue : on lui parle de cambriolage, puis soudain de meurtre. Sa réaction tient en un mot : « panique ».
L’animateur Will Mellor, qui l’a interviewé, voit dans son casier le point de départ du problème. Pour lui, l’état d’esprit a vite été : « c’est un voyou de toute façon ». Un passé de délinquant ne fait pas un meurtrier, mais il peut orienter un regard.
Cette mécanique du soupçon facile n’a rien d’unique. Une femme accusée à tort a elle aussi passé 2 ans en prison avant d’être innocentée. Mais dans le cas de Justin, la suite du parcours judiciaire est bien plus tortueuse qu’une simple erreur corrigée.
Deux condamnations, deux annulations : le combat que presque rien n’a fait plier
Quand le verdict tombe en 1998, Justin Plummer dit avoir ressenti un froid intérieur, puis avoir vomi en descendant vers les cellules. « J’étais en état de choc, dévasté, anéanti », confie-t-il. Il décrit la prison comme un endroit où l’on n’a plus aucun contrôle sur sa vie.
Les années passent dans une angoisse écrasante. « Ça m’a donné envie d’en finir plusieurs fois, je me suis débrouillé comme j’ai pu », raconte-t-il. Il se compare à quelqu’un recroquevillé en boule, qui ne peut rien faire d’autre que continuer. Si vous traversez une période difficile, le 3114 est joignable 24h/24.
Puis vient un premier espoir : sa condamnation est annulée en 2021. Mais en juin 2023, le Crown Prosecution Service le fait rejuger. Cette fois, l’accusation s’appuie sur des propos rapportés par un informateur de police, qui affirmait que Justin avait avoué le meurtre.
« Mort à l’intérieur, complètement blessé », résume-t-il. Il vient de traverser un procès, et on revient à la charge. « Je ne pense pas que c’était la justice. Je ne vois aucune lumière, je suis dans le noir complet. »
Ces témoignages venus du monde carcéral pèsent parfois lourd devant un tribunal, comme le montre la phrase glaçante entendue dans la cellule de Loïk Le Priol lors du procès Aramburú. Reste la question que Will Mellor a fini par poser à Justin, celle qui donne son titre à toute l’histoire.
Il lui a demandé s’il n’avait jamais pensé à dire qu’il était coupable pour sortir, puisque, dit-il, plaider coupable ouvre la porte. Selon le Daily Mirror, Justin aurait passé huit années de plus en prison parce qu’il a refusé de reconnaître un crime qu’il n’avait pas commis.

Dormir par terre pendant 28 ans : le geste de protestation qui a laissé Will Mellor sans voix
L’accusation à tort prend parfois des formes inattendues, jusque dans l’intelligence artificielle, comme cette personne accusée par ChatGPT d’avoir tué ses enfants. Chez Justin Plummer, la protestation a pris un visage bien plus physique, et bien plus silencieux.
Will Mellor raconte avoir eu du mal à y croire : Justin aurait dormi sur le sol de sa cellule pendant 28 ans, en signe de protestation contre son incarcération. Pas un refus d’avouer prononcé une fois devant un juge, mais un refus répété chaque nuit pendant presque trois décennies.
L’animateur n’oublie pas le prix payé. « Comment répare-t-on 28 ans de la vie de quelqu’un qu’on a injustement volés ? », demande-t-il. Justin n’a pas pu assister aux obsèques de ses parents.
Avant l’entretien, l’équipe craignait qu’il ne vienne pas. Méfiant, tendu, il ne savait plus à qui faire confiance. Mellor lui a simplement dit que personne n’était là pour le piéger, et l’a laissé parler : « Je voulais lui donner une voix, la sienne est bien plus forte que la mienne. »
Alors, pourquoi s’être accroché ? Sa réponse est d’une simplicité désarmante : « Que puis-je faire d’autre que continuer à me battre, à avancer, et essayer de ne pas y penser ? » En juillet 2025, la Cour d’appel annule la seconde condamnation et Justin est libéré.
Il dit avoir ri en sortant. Son moment fort : voir son fils. « J’étais devant la gare, il est venu derrière moi et m’a attrapé. Quand j’ai compris que c’était lui, c’était merveilleux. Je ne voulais plus le lâcher. »
Ce que Will Mellor réclame maintenant, pour Justin et pour tous les autres
À 54 ans, Justin Plummer se retrouve sans personne : ses deux parents sont morts. Il a été privé de 28 ans de sa vie pour un meurtre qu’il n’a pas commis. Pour Will Mellor, la justice ne peut pas s’arrêter à l’ouverture de la porte.
L’animateur pointe aussi une conséquence glaçante : quand on enferme le mauvais homme, le véritable auteur reste libre. Selon lui, dans certaines affaires de la série, un meurtrier et un violeur sont restés dans la nature pendant que des innocents étaient derrière les barreaux. « C’est tellement injuste », dit-il.
Il avance une piste d’explication sans prétendre trancher : la pression sur la police, des délais imposés, des moyens limités. Il se demande même si un financement accru serait nécessaire. Il va plus loin et dit ne pas comprendre comment certains dorment la nuit en sachant avoir mis des innocents en prison.
Parfois, c’est l’inverse qui se produit : une femme présentée comme victime d’actes antisémites aurait tout inventé, ce qui rappelle combien la vérité judiciaire demande de la prudence dans les deux sens.
Mellor, lui, souhaite voir Justin aidé pour se remettre debout et retrouver sa place dans la communauté. Il espère que la série redonnera à son invité un peu de confiance envers les autres. Convictions Gone Bad est diffusée sur Crime+Investigation le 5 octobre à 21 h, au Royaume-Uni.
La fiction raffole de ces moments où l’étau se resserre sur un suspect, comme Jérémy arrêté à Montpellier dans Un si grand soleil. Dans la vraie vie, le doute ne se referme pas à la fin de l’épisode.
Vingt-huit ans, deux condamnations annulées, et une phrase qui reste : il vaut mieux sortir innocent tard que coupable tôt. Justin Plummer n’a jamais échangé sa vérité contre sa liberté.
Et si un seul détail oublié avait changé le destin d’une famille, cette 6e victime que personne n’avait remarquée dans l’affaire Dupont de Ligonnès en dirait long. Quant aux coulisses d’une légende, ce que révèle vraiment la dernière commande passée par Whitney Houston à son hôtel pourrait bien vous surprendre.