32 caméras, 21 enfants nés de mères porteuses, 20 millions de dollars de caution : la « maison des horreurs » d’Arcadia

Une grande maison de Californie, des dizaines de caméras, une famille hors norme. Vue de l’extérieur, rien ne laissait deviner ce que les autorités décrivent aujourd’hui.
Un couple d’Arcadia, parent de 21 enfants pour la plupart nés de mères porteuses, vient d’être arrêté pour maltraitance. Tout est parti d’un bébé de deux mois hospitalisé. Et ce que le procureur dit des pièces sans caméra est le détail le plus dérangeant.
Un bébé de deux mois à l’hôpital, et l’enquête qui s’enclenche
Tout commence l’an dernier, quand un nourrisson de deux mois est hospitalisé avec des blessures à la tête. Les médecins alertent, les enquêteurs s’en mêlent.
Selon le procureur Nathan Hochman, cité par NBC News et CBS News, les parents auraient attendu plusieurs jours avant de consulter un médecin. Une nounou, Chunmei Li, est accusée d’avoir frappé l’enfant en mai 2025. Inculpée, elle fait l’objet d’un mandat d’arrêt.
L’enquête ne s’arrête pas à elle. En remontant le fil, les autorités s’intéressent à la maison elle-même et à ceux qui y vivent : Silvia Zhang et Guojun Xuan.
Le couple a été interpellé le mardi 6 octobre, après une perquisition à son domicile. Il fait face à des poursuites pour maltraitance d’enfants et intimidation de témoins, et a plaidé non coupable. Une affaire de cette nature rappelle que les enquêtes qui démarrent par un tout-petit hospitalisé révèlent parfois bien plus que prévu.
Pour le procureur, le nombre d’enfants concernés est « sans précédent ». Mais que se passait-il, concrètement, derrière ces murs ?
Des « learning rooms » sous l’œil de 32 caméras
La résidence, selon les autorités, fonctionnait comme un système. Elle comptait 32 caméras à détection de mouvement, chargées de surveiller les moindres gestes des enfants et du personnel.
Au cœur du dispositif, trois pièces baptisées « learning rooms », censées être consacrées à l’apprentissage. Les enfants y passaient des heures assis à des bureaux, sous la surveillance de plusieurs nounous. Coups et châtiments corporels y auraient été quotidiens, d’après le procureur.
Les images saisies servent aujourd’hui de pièces maîtresses. Hochman affirme que les deux accusés « surveillaient » la manière dont les nounous disciplinaient les enfants. Dans une vidéo, Guojun Xuan serait vu en train de rire face aux abus subis par un enfant.
Ailleurs, le même homme serait entré dans une pièce alors qu’une nounou frappait un enfant, et lui aurait ordonné de frapper plus fort. D’autres images le montreraient soulevant un enfant par un bras tout en le frappant à la tête. Silvia Zhang, elle, serait filmée en train de frapper un enfant.
Pour cerner l’ampleur des soupçons, il faut aussi savoir que d’autres affaires d’enfants enfermés ont déjà choqué les États-Unis. Ici, un détail supplémentaire inquiète : une pièce sans aucune caméra.
Selon le procureur, les enfants y étaient emmenés, et on pouvait les entendre « crier de l’intérieur ». C’est là, dans l’angle mort de la surveillance, que le dossier prend sa tournure la plus sombre.

Mères porteuses, mensonges et 135 000 dollars : l’autre volet du dossier
Premier détail : la famille d’Arcadia aux 21 enfants reposait sur un réseau. Les enquêteurs affirment que le couple gérait une activité de maternité de substitution à l’échelle nationale.
Selon le procureur, les prévenus mentaient aux mères porteuses sur leur situation. Une femme, rémunérée jusqu’à 75 000 dollars par grossesse, aurait été persuadée que Silvia Zhang était une mère célibataire en difficulté pour concevoir. « C’était une fausse déclaration », a dit Hochman.
Une autre, convaincue que le couple voulait son « bébé miracle », aurait perçu 135 000 dollars.
Le couple est aussi accusé d’avoir tenté de dissimuler les faits après l’hospitalisation du nourrisson. Il aurait demandé aux nounous de ne pas laisser de traces visibles sur les enfants. C’est l’origine de l’accusation d’intimidation de témoins.
La défense, elle, conteste tout. L’avocat Mitchell Krems assure que son client n’a commis aucun abus et qu’il a licencié la nounou mise en cause. Il affirme que Guojun Xuan n’a pas eu recours à la maternité de substitution pour des raisons financières.
Selon lui, son client fait l’objet d’une « attention injustifiée » à cause de ses origines chinoises et de sa famille exceptionnellement nombreuse. Son désir d’avoir beaucoup d’enfants viendrait de son passé en Chine, où sa famille a subi la politique de l’enfant unique. « Il s’est installé aux États-Unis afin de pouvoir exercer sa liberté d’avoir autant d’enfants qu’il le souhaite », a-t-il insisté auprès de NBC News.
Le procureur rejette cette version en bloc, images à l’appui. Reste à savoir ce que décidera la justice.
Ce qui attend maintenant les 21 enfants et le couple
Pour les enfants, la page change. Ils sont désormais pris en charge par les services sociaux, loin de la maison et de ses caméras.
Pour les prévenus, la pression judiciaire monte. Le juge a fixé la caution à 20 millions de dollars pour chacun, un montant qui dit la gravité des accusations. Une audience de réexamen est prévue lundi.
Ces faits restent à ce stade des accusations. Les deux prévenus ont plaidé non coupable, et leur défense dénonce une affaire amplifiée par leur profil. Le procès, s’il a lieu, devra départager les images du procureur et les arguments de Me Krems.
Autre point à suivre : le sort de la nounou Chunmei Li, visée par un mandat d’arrêt, et celui des autres employées qui auraient appliqué ces châtiments. L’enquête pourrait encore s’élargir, notamment sur le réseau de mères porteuses.
Les dossiers où des parents sont jugés pour des violences sur leurs enfants montrent combien la parole des plus jeunes pèse lourd. Dans une affaire où certains enfants sont très petits, la preuve vidéo sera centrale.
Les affaires de ce type interrogent aussi la vigilance collective, puisque tout a démarré par une alerte médicale. Et ce n’est sans doute pas la dernière fois que le cri d’un enfant fait basculer un dossier.
En Californie, une maison pleine de caméras n’a pas empêché l’enquête de voir ce qu’elle cachait. Selon l’accusation, les images ont fini par parler à la place des enfants.
Et si vous pensez avoir tout lu sur les familles qui cachent l’indicible, cette femme qui s’est fait adopter en se faisant passer pour une enfant va vous laisser sans voix. Quant à ce bébé déclaré mort qui respirait encore à la morgue, son histoire pose une tout autre question.