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« Je n’ai jamais ressenti une telle douleur », déclare le roi des matadors espagnol depuis son lit d’hôpital, au lendemain d’une terrible charge de taureau qui lui a perforé le rectum.

Publié par Mathieu le 22 Avr 2026 à 16:13
« J'ai cru que je saignais à mort » : le roi des toreros raconte depuis son lit d'hôpital l'encornada la plus violente de sa carrière

Dimanche dernier, les arènes de la Maestranza à Séville étaient pleines à craquer. Morante de la Puebla, considéré comme le plus grand matador espagnol en activité, affrontait un taureau particulièrement imprévisible. En quelques secondes, tout a basculé. Depuis son lit d’hôpital, celui qu’on surnomme le « roi des toreros » a livré un témoignage glaçant sur ce qu’il décrit comme la pire blessure de ses décennies de carrière. Ses mots sont crus, directs, et donnent une idée très concrète de ce que signifie réellement entrer dans une arène.

Un taureau mal placé, un geste raté, et l’horreur en une fraction de seconde

Tout est parti d’un mauvais positionnement. Le taureau s’était installé dans une zone particulièrement dangereuse du ring. Morante de la Puebla a tenté une manœuvre audacieuse pour le déloger, mais n’a pas levé les bras assez vite. Une erreur de timing infime, qui a suffi à le laisser totalement exposé.

Lit d'hôpital avec perfusion intraveineuse après une opération

L’animal a ignoré le mouvement de la cape. Il a chargé droit sur le torero, l’atteignant par l’arrière au niveau de la hanche. La corne s’est enfoncée dans le corps du matador, perforant son rectum. La scène, d’une violence extrême, a provoqué un silence de mort dans les arènes. Morante a été évacué inerte de la piste, transporté d’urgence à l’hôpital Viamed de Séville.

Ce n’est malheureusement pas la première fois qu’un torero est gravement blessé dans l’arène. À Madrid, un autre matador avait été empalé lors de la Foire d’Automne et opéré en urgence. Mais la localisation de la blessure de Morante rend cette affaire particulièrement complexe sur le plan médical.

« La douleur la plus atroce de ma vie »

Transféré hors des soins intensifs le lendemain, Morante de la Puebla a accepté de parler. Ses premiers mots sont sans ambiguïté : « C’est l’encornada la plus douloureuse que j’aie jamais subie. La douleur était atroce. Je la sentais, elle cherchait le sang. »

Le matador de 44 ans, habitué aux blessures — il a été encorné à de nombreuses reprises au cours de sa carrière —, reconnaît avoir eu très peur. « J’ai vu que le taureau m’avait touché et j’ai cru que je saignais énormément. Quand je suis arrivé à l’infirmerie et que j’ai constaté que le saignement était finalement minimal, j’ai pu souffler un peu. Mais la douleur, elle, était terrible. »

Cathéter et poche de nutrition parentérale en milieu hospitalier

Il décrit aussi une nuit difficile, avec très peu de sommeil, même si la douleur s’est légèrement atténuée. « J’ai passé une sale nuit. Mais honnêtement, je n’avais plus trop mal. Je vais devoir rester comme ça plusieurs jours, sans manger, et j’espère que la patience suffira. » Quand il évoque le moment précis de l’impact, Morante reste factuel : « Le taureau est sorti libre, il s’est installé au centre de la piste, et je suis allé le chercher. Il m’a sorti. » Trois phrases. Pas de drame superflu. La réalité se suffit à elle-même.

Une blessure que les chirurgiens qualifient de « complexe »

Le rapport médical officiel ne laisse aucun doute sur la gravité de la situation. La corne a provoqué une plaie profonde au niveau de la zone anale, endommageant les muscles du sphincter et perforant la paroi rectale. En clair : des dégâts internes majeurs dans une zone du corps extrêmement sensible et difficile à opérer.

Le Dr Octavio Mulet, chirurgien en charge de l’intervention, a détaillé la procédure : nettoyage de la plaie en profondeur, reconstruction des tissus endommagés, mise en place d’un drainage pour éviter toute infection. « La blessure a causé des lésions complexes, plus par leur localisation que par leur gravité brute », a-t-il expliqué. « La réparation du sphincter rend l’intervention considérablement plus compliquée. »

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Des examens radiologiques complémentaires doivent encore écarter d’éventuelles lésions dans la région lombaire. Mais pour l’instant, c’est la gestion du risque infectieux qui concentre toute l’attention de l’équipe médicale. Et cette gestion passe par une mesure radicale que Morante n’avait jamais connue.

Nourri par cathéter, sans manger pendant des jours

Pour protéger les réparations chirurgicales et limiter le risque d’infection, Morante de la Puebla est placé sous alimentation parentérale. Concrètement, il ne peut rien manger. Les nutriments sont directement injectés dans son sang via un cathéter posé sur une veine centrale.

Le torero découvre cette technique pour la première fois. « On ne me l’a jamais fait, mais apparemment, c’est un cathéter qui rejoint une veine plus grosse pour que la nourriture passe mieux », explique-t-il depuis son lit. Il est aussi sous traitement intraveineux continu. Malgré tout, ses visiteurs le décrivent comme calme. Il accueille les proches avec un sourire fatigué, tout en ne cachant pas son inconfort.

Son hospitalisation devrait durer au minimum une semaine. La question qui préoccupe le monde taurin est évidemment celle du retour dans l’arène. Morante est considéré comme un artiste à part dans l’univers de la corrida, un torero dont le style est souvent comparé à de la danse ou de la peinture. Sa ville de Séville, capitale mondiale de la tauromachie, retient son souffle.

Un détail troublant : la blague de la veille

L’ironie cruelle de cette histoire tient dans un détail. La veille de l’incident, Morante de la Puebla avait plaisanté publiquement sur le fait d’être encorné. Une remarque lancée sur le ton de la boutade, comme pour conjurer le sort. 24 heures plus tard, il était sur la table d’opération avec un rectum perforé.

Dans le milieu de la tauromachie, ces coïncidences alimentent les superstitions. Les toreros sont connus pour leurs rituels avant chaque corrida — prières, gestes répétés, objets fétiches. Le danger fait partie intégrante du spectacle, et chaque matador sait qu’un jour ou l’autre, le taureau peut prendre le dessus. Les dangers liés aux animaux ne sont jamais à prendre à la légère, que ce soit dans une arène ou en pleine mer.

Le débat sur la corrida, entre tradition ancestrale et souffrance animale, resurgit évidemment à chaque incident de ce type. Pour Morante, la question ne se pose visiblement pas : malgré la douleur, malgré la peur, le torero n’a à aucun moment évoqué une possible retraite. « J’ai eu peur qu’il y ait beaucoup de sang », a-t-il simplement répété. Comme si, dans son monde, la seule chose vraiment terrifiante n’était pas le taureau lui-même, mais l’idée de ne pas s’en relever.

1 commentaire

  • f
    felix
    22/04/2026 à 18:15
    bien mérité. comment peut-on être toréador et faire souffrir des animaux. Il ressent ce qu'endure les taureaux lors des corridas

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