Séville : le « roi des toréros » encorné, transporté « inerte comme un Christ crucifié »
Quinze jours à peine après la mort d’un matador à Malaga, la Maestranza de Séville a été le théâtre d’une scène d’une violence rare. Morante de la Puebla, considéré comme l’un des plus grands toréadors en activité, a été encorné par un taureau lundi 20 avril. L’image de ses collègues le portant à bout de bras hors de l’arène, « inerte comme un Christ crucifié » selon El Mundo, a sidéré l’Espagne entière.
Une erreur en une fraction de seconde
Morante de la Puebla est loin d’être un débutant. Toréador confirmé, adulé par les aficionados de la capitale andalouse, il maîtrise les codes de l’arène depuis des décennies. Pourtant, lundi après-midi, une erreur de placement l’a envoyé au sol, face contre terre, avec un taureau de combat au-dessus de lui.

L’homme a tenté de ramper pour s’éloigner de l’animal. Mais le taureau l’a rattrapé en un instant et l’a encorné au niveau des fesses, avec une violence qui a fait taire les milliers de spectateurs présents dans les gradins. Un silence de plomb, rapportent les témoins, a envahi la Maestranza — l’une des arènes les plus mythiques du monde.
Quatre de ses collègues se sont précipités pour le sortir de l’arène. Ils l’ont porté à bout de bras, le corps inanimé, jusqu’à l’infirmerie de la plaza. La description publiée par El Mundo — « inerte comme un Christ crucifié » — a fait le tour des réseaux sociaux espagnols en quelques minutes. Mais ce que les spectateurs ne savaient pas encore, c’est la gravité réelle de ce qui venait de se produire.
Le rapport médical qui a glacé Séville
Le bulletin de santé publié après l’intervention a révélé l’ampleur des dégâts. Les médecins de l’arène ont diagnostiqué une « plaie par corne de taureau au bord postérieur de l’anus, d’une longueur d’environ 10 centimètres ». La corne avait endommagé partiellement les muscles du sphincter anal et provoqué une perforation de 1,5 centimètre dans la paroi postérieure du rectum.
La blessure a immédiatement été qualifiée de « très grave ». Ce type de lésion, dans le milieu taurin, est redouté autant que les coups de corne au thorax. La zone touchée est irriguée par de nombreux vaisseaux sanguins et la proximité avec les organes internes rend toute infection potentiellement mortelle. Morante de la Puebla a été opéré en urgence, sous anesthésie générale, lors d’une intervention décrite comme très longue.

Ce n’est pas la première fois qu’un toréador subit une blessure aussi violente dans l’arène. En 2023, un torero avait été empalé à Madrid et opéré dans des conditions similaires. Mais dans le cas de Morante, le risque reste maximum : selon la presse espagnole, l’heure n’est pas au soulagement.
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Soins intensifs et risque d’infection
Au lendemain de l’opération, Morante de la Puebla se trouvait toujours en soins intensifs. Les médecins surveillent en priorité le risque d’infection. Une perforation rectale, même réparée chirurgicalement, expose à des contaminations bactériennes sévères qui peuvent dégénérer en septicémie si elles ne sont pas détectées à temps.
L’équipe médicale n’a pas encore communiqué de pronostic précis sur ses chances de rétablissement complet. La question n’est pas seulement de savoir s’il survivra — le danger immédiat étant réel —, mais aussi s’il pourra un jour retrouver l’usage normal des muscles touchés et, a fortiori, remettre les pieds dans une arène.
Pour le monde de la tauromachie espagnole, déjà secoué par la mort d’un matador à Malaga quinze jours plus tôt, ce nouvel accident relance un débat qui ne faiblit jamais.
La corrida de Séville perd sa figure tutélaire
Morante de la Puebla n’est pas n’importe quel toréador. Il fait partie de ces rares matadors dont le nom seul remplit une arène. À Séville, il est une institution, surnommé par certains « le roi des toreros ». Son style, à la fois classique et théâtral, lui a valu une place à part dans l’histoire de la Maestranza.

Son absence, même temporaire, laisse un vide considérable dans la programmation de la feria sévillane, l’un des événements taurins les plus importants au monde. Si son état devait empêcher tout retour, la série noire qui frappe la corrida ces dernières semaines prendrait une dimension encore plus sombre.
En attendant, Séville retient son souffle. Les aficionados scrutent chaque bulletin de santé, espérant un signe de rétablissement. Morante de la Puebla, lui, lutte dans un lit d’hôpital — loin des vivats et de la lumière dorée de son arène.