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Il photographiait des enfants depuis sa fenêtre : des juges l’ont laissé rentrer chez lui, malgré les familles

Publié par Cassandre Jolivet le 11 Oct 2026 à 14:50
Femme inquiète devant une fenêtre donnant sur une aire de jeux

Un homme prend des milliers de photos de femmes et d’enfants depuis sa fenêtre, puis les « déshabille » avec une intelligence artificielle. Il est arrêté, il avoue, et pourtant il rentre chez lui, à deux pas de ses victimes. Les familles supplient la justice de le garder en détention, sans succès. Voici comment les refus se sont enchaînés, et pourquoi le patron de la police londonienne a fini par sortir de ses gonds.

Une fenêtre sur une aire de jeux et plus de 5 000 images volées

Zafer Dogan, 32 ans, vivait dans un appartement du nord de Londres dont les fenêtres donnaient sur une aire de jeux pour enfants. Selon les éléments présentés à la justice, il y aurait pris plus de 5 000 photos de femmes et d’enfants, à leur insu.

Devant le tribunal, la procureure Sarah Gabay a évoqué des « milliers d’images » de personnes qui vaquaient à leurs occupations, dont des enfants sur des structures de jeux. D’après la police, beaucoup de clichés auraient été pris depuis sa chambre.

Il aurait ensuite modifié une partie de ces photos avec un logiciel d’IA pour les « nudifier », à des fins de satisfaction sexuelle. Les images de 33 femmes adultes et de deux enfants auraient été retouchées de cette façon. Ce type d’outil n’est pas isolé : cette application d’IA qui déshabillait des femmes à leur insu a elle aussi dû être retirée en urgence.

Le mois dernier, Dogan a été condamné à deux ans et quatre mois de prison. Il avait plaidé coupable de plusieurs infractions, dont la fabrication d’images indécentes d’enfants.

Jusque-là, l’histoire ressemble à un dossier tristement classique. Le plus troublant se joue entre son arrestation et sa condamnation : pendant des semaines, il a dormi à quelques pas de ceux qu’il avait photographiés.

Arrêté, libéré, arrêté de nouveau : le va-et-vient qui laisse les familles seules

Tout commence le 16 juillet, jour de sa première arrestation. Il est alors libéré sous caution. Le 4 août, il est de nouveau interpellé, puis inculpé le lendemain et maintenu en détention par la police.

Le 6 août, il comparaît devant le tribunal de Highbury Corner et reconnaît tous les faits. Les magistrats le renvoient pourtant à son domicile. Il est soumis à des conditions strictes : ne pas quitter le Royaume-Uni, dormir à son adresse, ne pas approcher un mineur sans adulte responsable, n’utiliser qu’un seul appareil connecté, enregistré et contrôlable par la police.

Cette décision a ensuite été confirmée par deux juges de la Crown Court de Wood Green. Lors de la première audience, le parquet réclamait la détention, tandis que la défense proposait un bracelet électronique et un couvre-feu. Le juge Daniel Fugallo n’a retenu aucune de ces deux options.

Même scénario lorsque les enquêteurs doivent agir vite face à un danger : chaque jour compte. Ici, les semaines ont passé.

Un mois plus tard, nouvelle audience. La procureure Iseult McGrory explique que Dogan a été évalué comme présentant un « risque élevé » et que ses conditions de liberté inquiètent beaucoup les victimes et leurs familles. La communauté serait « profondément affligée » et les parents « terrifiés » à l’idée de nouveaux faits, avec des conséquences psychologiques.

Un enfant vivait si près de son adresse qu’il devait passer devant chez lui. Sa famille a fini relogée, et l’enfant a dû changer d’école. La juge a quand même maintenu Dogan en liberté. Sa réponse tient en une phrase, et elle a mis le feu aux poudres.

Aire de jeux vide vue depuis une fenêtre au crépuscule

« Toute ma sympathie », mais pas de détention : l’argument de la juge

Ce genre de décision laisse sans voix, et pas seulement en Grande-Bretagne : quand l’IA sert d’arme à des criminels, les victimes se sentent souvent démunies face à la lenteur de la machine judiciaire.

La juge Barbara Mensah a dit avoir « toute sa sympathie » pour les familles. Elle a même reconnu qu’elle « aurait peut-être pris une autre décision » sur la suffisance des conditions de liberté. Mais selon elle, elle ne pouvait pas les modifier pour ce seul motif.

Son raisonnement : pour placer quelqu’un en détention, l’accusation doit prouver qu’il risque de fuir, de récidiver ou d’influencer des témoins. « Il n’a fait aucune de ces choses », a-t-elle tranché. Elle a ajouté qu’accepter de revenir sur une décision précédente pourrait encourager un « forum shopping » : aller d’audience en audience jusqu’à trouver un juge plus favorable.

Voilà la réponse au cœur de l’affaire. Les juges ne l’ont pas laissé rentrer par indifférence, mais parce que la loi, telle qu’ils l’ont lue, ne leur permettait pas de le garder. Le résultat, lui, était humainement intenable pour les proches.

Lors du prononcé de la peine, les mères des deux enfants ont lu leur déclaration. L’une a décrit un sentiment d’avoir reçu « un coup de poing dans le ventre » en apprenant la nouvelle. Elle craint que les photos de sa fille circulent en ligne et soient entre les mains d’autres pédocriminels.

L’autre s’est dite « impuissante » : « Nos vies ne seront plus jamais les mêmes. » Un autre parent a résumé : « Nos vies sont bouleversées pour toujours. Et personne ne nous protège. » Cette dernière phrase a trouvé un écho jusqu’au sommet de l’État.

Le patron de Scotland Yard et le Premier ministre montent au créneau

Devant la Crown Court de Wood Green, le commissaire de la police métropolitaine, Sir Mark Rowley, a lâché une phrase qui a fait le tour des médias : « Les enfants doivent passer en premier, pas le pédocriminel. » Il a rappelé qu’une famille s’était sentie obligée de partir vivre dans un logement temporaire éloigné.

« Ce n’est tout simplement pas acceptable », a-t-il ajouté. Selon lui, la pression pour réduire le nombre de prévenus en détention provisoire a contribué à ce que des délinquants plus dangereux et plus prolifiques obtiennent la liberté sous caution de manière routinière, malgré les arguments de la police et du parquet.

Le Premier ministre a jugé que ce point de vue « doit être entendu ». Il a demandé aux acteurs du système judiciaire de procéder aux « changements nécessaires ». Les décisions de détention restent toutefois prises par des juges indépendants.

Le contexte carcéral pèse lourd. Selon la commission des comptes publics de la Chambre des communes, les prisons étaient « alarmantes » de remplissage l’an dernier, avec une occupation de 98 % à 99,7 % entre octobre 2022 et août 2024.

Le nombre de prévenus en attente de procès ou de condamnation avait atteint un record de 17 711 en août 2024. Un chiffre qui nourrit le débat : la justice manque-t-elle de places ou de volonté ? Dans un autre dossier sensible, la question d’une information cruciale à livrer à la justice montre à quel point chaque décision de procédure peut peser.

Ailleurs, les violences peuvent surgir au quotidien : l’agression d’une journaliste dans un tramway rappelle combien le sentiment d’insécurité nourrit ces débats. Reste à savoir si le dossier Dogan fera bouger les règles de la détention provisoire.

Zafer Dogan est condamné, mais les familles, elles, ont payé le prix des semaines de liberté qu’il a obtenues. Entre le droit strict et la peur des proches, la justice britannique a trébuché devant tout le monde. Et vous pensiez que les décisions politiques n’avaient aucune conséquence sur le quotidien ?

Cette marche de 14 cm que l’on reproche au maire d’Orléans prouve le contraire. Et si le débat sur l’argent public vous agace déjà, la comparaison de salaires qui a fait enfler le tollé ne va pas vous calmer.

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