« Un appareil photo dès l’âge de neuf ans » : Pierre-Paul Feyte, l’homme qui a vu danser le ciel du Lot

Une aurore boréale au-dessus d’un village du Lot. Un cumulonimbus tout neuf dans la vallée. Des nuages que l’on n’aperçoit presque jamais. Derrière ces images, un nom : Pierre-Paul Feyte, habitant du Gers, décédé à 57 ans selon Futura, qui lui rend hommage. Parmi ses clichés, un seul est présenté comme « rarissime ». On vous dit lequel plus bas.
Un appareil photo à 9 ans, puis une vie les yeux levés
Tout commence très tôt. « Je me suis retrouvé avec un appareil photo entre les mains dès l’âge de neuf ans », racontait Pierre-Paul Feyte. Depuis, expliquait-il, son envie de rendre compte de la beauté du monde naturel n’a cessé de grandir.
Sa prédilection allait à tout ce qui se joue dans l’atmosphère. Il aimait aussi bien la quiétude des brumes que le déchaînement des orages. Deux extrêmes, une même patience : celle de celui qui attend que le ciel se décide.
Selon Futura, ce Gersois était l’un des plus grands photographes français du ciel. Le magazine salue une façon de photographier faite de passion et de poésie, qui a su saisir les manifestations les plus curieuses et les plus impressionnantes de l’atmosphère. Pas seulement les plus spectaculaires : les plus étranges aussi.
Le média a choisi de lui rendre hommage avec une sélection de ses clichés les plus extraordinaires. On y croise des orages, des nuages, la Lune, et même une danse nocturne de lumières. Un détail frappe : il photographiait souvent près de chez lui, dans le Lot et en Occitanie.
Parmi ces images, certaines ont fait rêver bien au-delà des passionnés de météo. Comme ces aurores boréales qui ont ébloui la France, qu’il a su capturer avec sa poésie habituelle. Reste à savoir où, exactement, il a vu le ciel s’embraser.
Saint-Cirq-Lapopie endormi, ciel en feu
Parmi les clichés retenus, l’un d’eux a des allures de conte. Au cœur de la nuit, le village de Saint-Cirq-Lapopie s’est endormi, mais le ciel, lui, danse. C’est la légende que le photographe avait choisi d’accompagner d’une aurore boréale.
Le contraste fait tout le charme de la scène. D’un côté, des maisons paisibles, plongées dans le sommeil. De l’autre, un ciel en mouvement, que l’on associe plus volontiers aux latitudes polaires qu’à une vallée du Lot.
D’autres images racontent l’envers de cette douceur. Une photo légendée « Sous la menace du cavum », prise dans le Lot, en Occitanie, le 16 juin 2024, montre un ciel qui se charge. Le cavum désigne un trou dans une couche nuageuse.
Autre cliché, autre ambiance : un « cumulonimbus tout neuf et prometteur » vu de la vallée du Lot. L’expression dit tout de son regard. Pour lui, un nuage d’orage naissant n’était pas une menace, mais une promesse de spectacle.
Ces nuages-là sont parfois suivis de grêle. Pour s’en convaincre, il suffit de lire ces grêlons de la taille d’une pièce de 2 euros, qui rappellent que le ciel n’est pas toujours aussi doux qu’à Saint-Cirq-Lapopie. Mais le cliché le plus rare de sa sélection n’a rien d’un orage.
Il a été pris très haut, et très tôt le matin, depuis un sommet pyrénéen. Et il montre un phénomène que même les passionnés ne voient presque jamais.
Le cliché en question : des nuages noctulucents, photographiés à l’aube du solstice d’été depuis le Pic du Midi. Le photographe les qualifiait lui-même de « rarissimes ». Autour d’eux, un croissant de Lune et sa lumière cendrée complètent une image de rêve.

Ce que racontent ses nuages les plus rares
Pour comprendre pourquoi cette image compte, il faut se souvenir d’une chose. Un phénomène visible en plein jour, comme certaines pluies d’étoiles filantes, se capte facilement. Les nuages noctulucents, eux, exigent une heure et un lieu précis.
D’une manière générale, ces nuages se forment très haut dans l’atmosphère. On ne les distingue que lorsque le Soleil est déjà sous l’horizon pour l’observateur. Ils s’illuminent alors que le sol reste dans la pénombre, ce qui leur donne un éclat presque irréel.
Ce cliché-là réunit donc plusieurs conditions : l’altitude du Pic du Midi, l’heure de l’aube, la période du solstice d’été. Et un photographe prêt à guetter. On comprend mieux pourquoi Futura le range parmi les images les plus extraordinaires de sa sélection.
Autre image marquante, Léger comme la lumière, un cliché de nuages qu’il avait publié avec le mot-clic clouds. Le titre résume sa philosophie : ce qui l’attirait n’était pas la violence du ciel, mais sa légèreté. Même les orages, chez lui, restent des tableaux.
Cet émerveillement n’a jamais faibli. « Comment pourrait-il en être autrement face à un tel déploiement de beauté ? », déclarait-il il y a quelques années. Pour lui, regarder le ciel n’était pas un métier, c’était une évidence.
Ce que son œuvre laisse à ceux qui lèvent les yeux
Que reste-t-il de tout cela ? D’abord des images, dont certaines ont circulé sur les réseaux, accompagnées de ses légendes. Même un internaute néerlandais s’était arrêté sur l’une d’elles, estimant qu’une telle photo du sud de la France ne s’invente pas.
Elles montrent aussi que le ciel français réserve des scènes inattendues. Là où l’on pensait n’avoir que des nuages ordinaires, on peut croiser des phénomènes rares. Il suffit parfois d’attendre, de monter ou de rester éveillé un peu plus tard.
Ce ciel agité n’a d’ailleurs rien d’anecdotique. Aurores, orages, nuages exceptionnels : tout cela est lié à ce qui se passe bien plus haut. Pour s’en rendre compte, la tempête solaire la plus puissante depuis 2003 montre que le Soleil joue un rôle central dans certains spectacles nocturnes.
Autre rappel : les phénomènes se mesurent parfois à des échelles vertigineuses. À ce titre, ces 250 000 tornades produites chaque seconde par le Soleil relativisent n’importe quel orage de vallée.
Enfin, Futura rappelle qu’on peut apprendre à photographier ces moments, avec les techniques d’un chasseur d’orages et les conseils de sécurité d’un spécialiste de la foudre. Serge Zaka et Stéphane Schmitt les ont partagés lors du Forum international de la météo et du climat. De quoi viser le beau cliché sans prendre de risques inutiles.
Pierre-Paul Feyte est parti, mais son regard reste : celui d’un homme qui a passé sa vie à lever les yeux, et à nous apprendre à en faire autant. Si vous croyez que le ciel de cet été a fini de vous surprendre, ce jour où le Soleil va disparaître en plein été risque de vous clouer le ccou. Et pour changer complètement de décor, ce timbre que La Poste a parfumé à la viennoiserie devrait vous faire sourire.