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« Une poupée ou un jouet » : l’homme qui a trouvé la petite martyre de l’A10 raconte, 39 ans après

Publié par Cassandre Jolivet le 03 Nov 2026 à 11:50
Témoin ému à la barre d'un tribunal

Août 1987, un job d’été au bord de l’autoroute. Une couverture bleue au fond d’un fossé, que le vent soulève. Trente-neuf ans plus tard, l’étudiant devenu enseignant est revenu à la barre, à Blois, la voix chargée d’émotion. Ce qu’il a dit à son collègue en comprenant ce qu’il avait sous les yeux, et ce que les gendarmes ont vu ensuite, a plongé la salle dans le silence.

Deux accusés de 72 et 74 ans, un fossé de l’A10 et 39 ans d’attente

Le procès d’Halima El Bakhti et d’Ahmed Touloub, les parents d’Inass, la « petite martyre de l’A10 », en est à son deuxième jour. Ils ont respectivement 72 et 74 ans. Ils sont jugés 39 ans après la découverte du corps de la fillette au bord de l’autoroute, et restent présumés innocents tant que la cour ne s’est pas prononcée.

La veille, les débats ont surtout porté sur l’âge et la santé des accusés. À la demande de la défense, un complément d’expertise psychiatrique doit être remis rapidement, afin de vérifier si Ahmed Touloub est apte à comparaître. Il est arrivé à l’audience la barbe blanche, les mains posées sur une canne.

La première journée a aussi été marquée par des tensions. Selon BFMTV, l’avocat d’Halima El Bakhti a raconté avoir été pris à partie avec sa cliente par des manifestants devant le tribunal, à l’heure de la pause déjeuner. Une enquête pénale devait être ouverte. Pour suivre l’ensemble de l’audience, on peut relire le récit de l’ouverture de ce procès hors norme.

Mardi, place aux témoins. Plusieurs enquêteurs sont attendus à la barre. En fin de journée, des experts doivent aussi expliquer comment ils ont fait parler l’ADN pour retrouver l’identité de l’enfant, trente ans après les faits.

Mais l’audience commence par un homme que personne n’avait vu venir dans cette histoire. Un simple étudiant qui fauchait de l’herbe.

Le fauchage, la couverture qui bouge et la phrase lâchée à un collègue

Il s’appelle Frédéric L. Aujourd’hui enseignant, il était à l’époque étudiant et travaillait l’été pour la société Cofiroute. Ce 11 août 1987, l’équipe devait faucher au pied des glissières de sécurité de l’A10, à hauteur de Suèvres.

« C’est à ce moment-là que j’ai vu en contrebas du fossé cette couverture bleue », raconte-t-il. Il s’approche. Les courants d’air soulèvent un coin du tissu, et laissent apparaître un visage.

« Pris de panique », il dépose son outil et prévient son collègue. Celui-ci alerte ses responsables grâce à la radio de leur véhicule. Les gendarmes arrivent « assez vite », dit-il, entre dix minutes et un quart d’heure plus tard.

Sur la route, la circulation n’avait rien d’exceptionnel. À l’avocate de l’association Enfance et Partage, qui lui demande s’il y avait beaucoup de voitures, il répond qu’il fallait toujours rester vigilant, « mais pas un trafic hors du commun ».

Interrogé par un avocat des parties civiles, il explique avoir compris très vite que l’enfant était morte. « À l’aspect du visage. Les yeux étaient fermés, très tuméfiés, avec des plaies sèches », dit-il, ému. La couverture, elle, cachait tout le reste du corps.

Et puis il y a cette scène avec son collègue. Une avocate générale, Anaïs Allio, lui demande ce qu’ils se sont dit juste après la découverte. « Mon collègue m’a dit : c’est une poupée ou un jouet. Je lui ai dit : non non, viens vite, c’est pas ça. »

Puis le témoin a fini de déposer et a quitté la salle. Après lui, les gendarmes ont pris la barre, avec des photographies à projeter.

Fossé herbeux au bord d'une autoroute en été

Des gendarmes face à ce qu’ils n’avaient « jamais vu » sur un enfant

La présidente, Audrey Debeugny, appelle ensuite Francis Fourcroy, alors jeune chef à la Section de recherches d’Orléans. Il prévient d’emblée : « C’est très très loin. » Ce dont il se souvient surtout, c’est d’un « petit visage tuméfié » et d’un corps portant des blessures, des morsures.

« C’était la première fois que je découvrais un petit enfant si martyrisé », poursuit-il. Sur des adultes, il avait déjà vu des violences de cet ordre. Sur un enfant, jamais : « C’est l’unique fois dans ma carrière. »

À l’époque, aucun élément ne permettait d’identifier la fillette. Les enquêteurs ont même envisagé que des parents itinérants aient pu l’abandonner. Il n’a ensuite plus suivi le dossier et n’a appris l’identité d’Inass Touloub qu’en 2017. C’est ici que l’ADN prend toute sa place, comme dans ces dossiers où un simple test ADN a rouvert un crime resté sans réponse.

Dans la salle, les photos défilent. D’abord des vues aériennes, des champs à perte de vue traversés par l’autoroute. Puis un fossé, une barrière de sécurité, la petite couverture bleue, enfin le visage de l’enfant.

Une autre image est diffusée, l’affiche réalisée avec le visage d’Inass pour tenter de l’identifier. Les gendarmes avaient retiré les traces qu’elle portait au visage, dans l’espoir d’un rapprochement avec une enfant disparue. La présidente demande si un parent s’est manifesté. Réponse de l’ancien gendarme : « Personne. »

Les deux accusés, eux, gardent la tête baissée. Interrogé sur les photographies, Ahmed Touloub répond qu’il les a vues à la gendarmerie et que « c’est difficile de dire quelque chose ». Halima El Bakhti dit qu’on les lui avait montrées, et qu’elle avait répondu : « C’est pas possible, ça peut pas être ma fille. » Relancée par la présidente, elle ne dit plus rien.

Ce qui attend la cour : un enquêteur absent, des experts et un dossier d’ADN

Le programme de la journée a déjà connu un accroc. Rémi Maunier, chef de la SR d’Orléans au moment de la découverte du corps, devait être entendu. La veille au soir, il a écrit à la cour qu’il n’avait reçu aucune convocation, et l’avoir appris par un journaliste.

Il explique aussi suivre un traitement qui ne lui permet pas de voyager en toute sécurité. La présidente a proposé une visioconférence depuis un endroit proche de son domicile, et il doit être recontacté pour savoir si c’est possible. L’audience a été suspendue quelques minutes.

Reste la question de l’identité, qui a mis trente ans à tomber. Les experts attendus en fin de journée doivent détailler comment l’ADN a permis de nommer l’enfant. Dans d’autres affaires, ce sont parfois des disparitions que le temps a rendues invisibles, comme celle de cette adolescente retrouvée vivante 32 ans plus tard.

Autre point à surveiller : le complément d’expertise psychiatrique sur Ahmed Touloub, 74 ans, dont dépend son aptitude à comparaître. Ce genre de décision peut peser sur le déroulement de tout le procès.

Enfin, d’autres dossiers montrent que la justice peut rouvrir des histoires très anciennes, comme l’enquête sur la mort du petit Grégory, qui se resserre 41 ans après. Ici, ce sont désormais les débats à Blois qui diront ce que les jurés retiendront.

Une couverture bleue, un vent qui la soulève, un étudiant qui hésite entre poupée et jouet : tout le procès semble tenir dans cette scène d’un matin d’août 1987.

Et si vous croyez que les affaires anciennes finissent toujours par se refermer, cette sixième victime que personne n’avait remarquée dans l’affaire Dupont de Ligonnès risque de vous faire changer d’avis.

Quant à cette famille de quatre, volatilisée un soir de Noël, des plongeurs fouillent enfin des plans d’eau pour la retrouver.

1 commentaire

  • D
    DAP Pompon
    03/11/2026 à 12:36
    Comment prétendre au statut de présumé innocent avec les sévices que cet enfant a subit ...

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