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Bretagne : une famille avec enfants ligotée chez elle, 700 000 € en cryptos dérobés

Publié par Mathieu le 22 Avr 2026 à 12:10

Deux enfants en bas âge, une mère de famille, des grands-parents. Tous ligotés dans leur propre maison, un lundi matin, dans un hameau tranquille du Finistère. Les agresseurs, eux, sont repartis avec un butin estimé à 700 000 euros en cryptomonnaies. Et la personne qu’ils visaient n’était même pas là.

9 heures du matin, deux hommes cagoulés défoncent la porte

Hameau breton avec véhicule de gendarmerie au loin

Lundi matin, vers 9 heures, deux individus armés et dissimulés sous des cagoules ont fait irruption dans une maison d’un lotissement de Ploudalmézeau, une commune située au nord de Brest. À l’intérieur se trouvaient trois adultes et deux enfants en bas âge : la mère de famille, ses deux jeunes enfants et les grands-parents du couple.

Le père de famille, lui, était absent au moment des faits. Selon le procureur adjoint de la République de Rennes, Matthieu Thomas, cet homme « exerce des activités dans le domaine des cryptomonnaies ». Un détail loin d’être anodin. Car c’est précisément son portefeuille numérique que les malfaiteurs cherchaient à récupérer. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’une famille est prise pour cible à cause de cryptos.

Des voisins découvrent les victimes ligotées

La séquestration aurait duré toute la matinée. Plusieurs heures pendant lesquelles cinq personnes — dont deux très jeunes enfants — sont restées à la merci de leurs agresseurs. D’après les informations rapportées par nos confrères du Télégramme, ce sont des voisins qui ont fini par alerter la gendarmerie après avoir découvert les victimes ligotées à l’intérieur du domicile.

L’image est glaçante. Un hameau paisible, des habitants qui tombent sur une scène digne d’un thriller. Mais ce qui s’est joué entre ces murs n’a rien de fictif. Le traumatisme est réel, autant pour les adultes que pour les enfants présents. Quelques mois plus tôt, un couple de retraités avait subi un sort similaire pour 900 000 euros en bitcoins.

Un portefeuille numérique vidé en quelques minutes

Porte d'entrée entrouverte et cordes au sol après séquestration

Avant de prendre la fuite, les deux hommes sont parvenus à soustraire un portefeuille numérique — autrement dit, l’équivalent d’un coffre-fort de cryptomonnaies. « Le préjudice réel subi par son détenteur reste en cours d’évaluation », précise le procureur adjoint. Mais selon Le Télégramme, le montant se situerait autour de 700 000 euros.

Pour comprendre l’ampleur du problème, il faut savoir que le fisc peut désormais traquer les portefeuilles crypto dès 5 000 euros. Mais les criminels, eux, n’attendent pas le fisc. Quand ils identifient un détenteur de cryptomonnaies, ils frappent directement. Pas besoin de pirater un système informatique : il suffit de menacer physiquement le propriétaire — ou sa famille — pour obtenir les codes d’accès.

C’est ce qu’on appelle dans le milieu une « attaque à la clé à molette ». Peu importe la sophistication de la blockchain : face à des hommes armés dans votre salon, la meilleure sécurité numérique du monde ne vaut rien. Et ce phénomène prend une ampleur alarmante en France.

Plus de 40 séquestrations liées aux cryptos depuis janvier

Ce drame à Ploudalmézeau n’est pas un cas isolé. Loin de là. La semaine précédant les faits, le directeur national adjoint de la police judiciaire a révélé un chiffre édifiant : plus de quarante séquestrations ou enlèvements liés aux cryptomonnaies ont été recensés en France depuis le début de l’année 2026. Quarante en à peine quatre mois.

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Le phénomène a pris une telle ampleur que les arnaques crypto touchent des milliers de victimes sous différentes formes. Mais cette vague de séquestrations physiques représente un palier supplémentaire dans la violence. Les malfaiteurs ne se contentent plus de piéger des internautes derrière un écran. Ils se renseignent, localisent les détenteurs de portefeuilles importants, puis débarquent chez eux.

Bonne nouvelle malgré tout : dans la grande majorité de ces affaires, les auteurs ont pu être interpellés. Ce qui n’est pas encore le cas ici.

Les deux agresseurs toujours en fuite

Écran de portefeuille crypto vidé sur un bureau

À l’heure actuelle, « aucune interpellation n’a eu lieu », confirme le procureur adjoint Matthieu Thomas. Les deux hommes cagoulés sont toujours dans la nature. Une enquête a été ouverte et confiée à la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Rennes, un signal qui montre le sérieux de l’affaire.

La JIRS est habituellement mobilisée pour les dossiers de criminalité organisée et de grande délinquance financière. Son implication suggère que les enquêteurs ne considèrent pas cette agression comme un simple braquage opportuniste, mais comme une action potentiellement préparée et ciblée. Récemment, des affaires similaires à l’étranger ont montré jusqu’où certains criminels sont prêts à aller pour mettre la main sur des actifs numériques.

Pendant ce temps, la question que beaucoup se posent reste entière : comment les agresseurs savaient-ils que le père de famille possédait un portefeuille crypto aussi conséquent ? Les pistes sont multiples. Publications sur les réseaux sociaux, forums spécialisés, fuites de données… Les réseaux criminels exploitent la moindre faille pour identifier leurs cibles.

Un signal d’alarme pour tous les détenteurs de cryptos

Cette affaire met en lumière un paradoxe cruel. Les cryptomonnaies promettaient la décentralisation, l’anonymat, la liberté financière. Mais posséder un portefeuille bien garni fait désormais de vous une cible physique. Pas besoin d’avoir des millions : les nouvelles obligations déclaratives pourraient même rendre certains détenteurs plus visibles malgré eux.

Les spécialistes en cybersécurité recommandent depuis des mois la plus grande discrétion. Ne jamais évoquer publiquement ses avoirs en cryptomonnaies. Utiliser des portefeuilles multiples pour limiter les pertes en cas de contrainte. Mettre en place des délais de transfert qui empêchent les voleurs d’agir dans l’urgence. Des précautions qui, dans un lotissement breton un lundi matin, semblent bien théoriques face à deux hommes armés.

En attendant que les deux suspects soient retrouvés, cinq personnes — dont deux enfants en bas âge — tentent de se remettre d’une matinée de terreur dans leur propre maison. Une maison qui, quelques heures plus tôt, était encore un endroit où l’on se sentait en sécurité.

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