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« Sans argent tu es rien » : Sonia, lycéenne marseillaise de 18 ans, prostituée depuis ses 15 ans

Publié par Cassandre le 07 Oct 2026 à 11:30
Femme pensive devant le miroir d'un café

Un sac de cours, un gloss, une jupe qu’on lisse devant un miroir de café. Sur le papier, c’est une lycéenne comme les autres. Sonia, 18 ans, raconte pourtant qu’elle se prostitue depuis ses 15 ans, et elle parle de « business ». Son témoignage dérange, et les chiffres qui l’entourent, dont un écart que personne n’arrive à combler, dérangent encore plus.

Dans les toilettes d’un café de Marseille, la double vie de Sonia

Tout commence par une scène banale. Dans les toilettes d’un café du centre de Marseille, une adolescente se change, se maquille, range ses affaires scolaires. Quelques minutes plus tard, elle ira flâner devant les vitrines de luxe, téléphone en main, en attendant l’appel d’un client.

Sonia vient des quartiers nord. Elle a redoublé deux classes. Selon son récit, elle pourrait gagner « jusqu’à 20 000 € par mois » grâce à des hommes de 30 à 60 ans. Une somme qu’on ne peut pas vérifier, et qu’il faut lire comme sa version des faits.

Elle n’a jamais eu de petit ami. Elle n’a que des clients, qu’elle appelle ses « pigeons » : « Ils sont là pour se faire pigeonner… ils sont là pour payer. » Pour sa famille, elle est simplement en ville, ou à l’arrêt de bus.

Sa phrase-choc, elle la lâche comme une évidence : « Il y a plein de femmes qui couchent avec plein d’hommes mais toujours gratuitement… C’est un peu du gâchis. » Dit comme ça, cela sonne comme une philosophie. Pour le droit français, cela relève de la prostitution des mineures, et c’est un autre sujet.

Les hommes qui achètent ces actes s’exposent à la justice, comme le rappelle le procès de quatre hommes à Bobigny, jugés pour avoir imposé des dizaines de passes par jour à une adolescente.

Mais comment une jeune fille en vient-elle à parler d’argent avant de parler d’elle-même ? La réponse tient, selon elle, à un écran de télévision.

Zahia, Snapchat et 704 victimes : ce que le « business » cache

Tout a commencé devant la télé. Sonia explique avoir découvert « le métier » à travers la médiatisation de Zahia Dehar, qu’elle appelle « Zaya » : « Quand elle a été bien connue, c’est là que j’ai bien connu le métier. C’est un peu comme un modèle pour moi. »

Elle suit son actualité sur internet. Elle en conclut que les filles « qui ont du physique » n’ont plus besoin d’études, et que le corps peut suffire pour « arriver à tout ». Sa maxime tient en cinq mots : « Sans argent tu es rien. »

Les premiers clients arrivent à ses 15 ans. « Au début on se sent un peu sale mais après non. Parce qu’il y a l’argent. » Depuis, elle dit n’avoir eu aucune relation gratuite : « Les gens de mon âge m’intéressent pas. »

Elle repère des hommes plus âgés dans la rue ou sur les réseaux sociaux. Ce schéma n’a rien d’isolé : à Nice, sept Airbnb auraient été transformés en réseau de prostitution, avec des suspects très jeunes.

Reste la question qui fâche : combien sont-elles ? Selon l’Observatoire national des violences faites aux femmes, 704 victimes mineures de prostitution ont été officiellement recensées en 2025, soit environ 43 % de plus qu’en 2021.

Le ministère chargé des solidarités évoque, lui, plus de 11 000 mineurs victimes d’exploitation sexuelle, avec un âge moyen autour de 15 ans. Les associations parlent de 15 000 à 20 000 mineurs concernés, à 98 % des filles, là où les forces de l’ordre ne voient que quelques milliers de cas. Ce gouffre entre 704 et 20 000 est le vrai sujet.

Téléphone retourné près d'un sac de cours sur une table

Michetonnage, sugar baby, escort : les mots qui masquent la loi

Le décalage s’explique par une prostitution devenue très cachée. Avant de voir comment la loi la traite, le cauchemar d’une grand-mère de 77 ans face à sa petite-fille de 16 ans montre à quel point l’entourage peut rester démuni.

Les professionnels décrivent des adolescentes de tous milieux, des quartiers populaires aux établissements privés. Elles se présentent comme « michetonneuses », « escort » ou « sugar baby ». Les mises en relation passent par Snapchat, Instagram ou des sites de rencontre, pour des rendez-vous en hôtels, appartements ou locations de type Airbnb.

Pour certains réseaux criminels, une seule victime mineure peut générer jusqu’à 3 000 € de chiffre d’affaires par jour. De quoi rendre le « business » extrêmement rentable, et expliquer pourquoi les récits glamour circulent si bien.

Dans le langage des adolescentes, parler de « michetonnage » ou de « plans » tient le mot prostitution à distance. Le Code pénal, lui, ne fait pas cette distinction. Tout acte sexuel obtenu d’un mineur contre de l’argent, un cadeau ou un avantage matériel relève de la prostitution des mineurs.

Et c’est là que la phrase de Sonia sur le « gâchis » s’effondre. Depuis la loi du 4 mars 2002, le mineur est systématiquement considéré comme victime et relève de la protection de l’enfance. Le client, lui, encourt jusqu’à 10 ans de prison et 150 000 € d’amende, et le proxénétisme sur mineur est puni plus lourdement encore.

Une stratégie nationale de lutte contre le système prostitutionnel et l’exploitation sexuelle, lancée en 2024, renforce la prévention et le repérage. Mais que doivent surveiller les proches, concrètement ?

Les signaux qui doivent alerter, et les numéros à connaître

Les autorités recommandent de rester attentif à plusieurs signaux : de l’argent ou des objets de luxe sans explication, des absences répétées, une fréquentation soudaine d’adultes beaucoup plus âgés. S’y ajoutent des photos très sexualisées publiées sur les réseaux et un discours de « business » autour du corps.

Aucun de ces indices ne prouve rien pris seul. Ensemble, ils doivent faire poser des questions, sans accuser. Car l’idée centrale que répètent les structures spécialisées est simple : une lycéenne comme Sonia n’est jamais une coupable qui « profite », mais une jeune fille en danger qui a droit à un accompagnement.

En cas de doute, trois portes existent : le 119 Allô Enfance en danger, les services de l’Aide sociale à l’enfance, ou des associations comme le Mouvement du Nid et Agir contre la prostitution des enfants.

Le mécanisme de l’emprise peut aussi se retourner contre les familles. À Bourges, un couple a découvert que la maison louée sur Airbnb servait à prostituer une adolescente de 13 ans. Autre sortie possible : une mère qui a arraché sa fille à un réseau après qu’elle a été vendue 6 000 €.

Ces histoires ont un point commun : plus on repère tôt, plus on sort vite. Et pour Sonia, la sortie reste à construire, avec des adultes qui ne la jugent pas.

Derrière le mot « business », il y a une adolescente de 15 ans qui s’est crue libre. Ce que révèle une étude australienne sur le profil de ces hommes attirés par des enfants pourrait vous faire regarder le problème sous un autre angle. Et si vous voulez comprendre jusqu’où un piège en ligne peut mener, l’affaire du cuisinier de lycée écroué à Pantin n’a pas fini de poser des questions.

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