Elle se réveille sans vessie après une opération d’un kyste : 12 millions d’euros pour cette erreur « catastrophique »

Emily Mitchell avait juste rendez-vous pour une opération de routine. Un kyste ovarien, bénin, mais devenu trop gros. Rien qui laissait présager le cauchemar qui allait suivre.
Trois ans plus tard, cette Américaine de 41 ans vient d’obtenir 12,79 millions d’euros de la justice. Le motif : une erreur médicale que ses avocats qualifient d’« une des plus dévastatrices imaginables ».
Une opération censée être banale
En mars 2023, Emily Mitchell se rend au Northern Light Inland Hospital de Waterville, dans le Maine. Les images médicales avaient montré qu’un kyste ovarien bénin avait significativement grossi. La solution paraissait simple : le retirer chirurgicalement.
Mais son état se dégrade rapidement après l’intervention. Elle est transférée en urgence au Maine Medical Center, où les médecins font une découverte glaçante.
Sa vessie a disparu. Complètement retirée, alors que seul le kyste aurait dû être enlevé. Une confusion d’organes aux conséquences irréversibles, comparable à d’autres erreurs chirurgicales où le mauvais organe a été retiré.
Un tissu impossible à réparer
Les analyses pathologiques confirment l’ampleur du désastre. Au lieu du kyste, les chirurgiens ont extrait « du tissu vésical sur toute son épaisseur », selon le cabinet Berman & Simmons qui représente la victime.

La quantité de tissu prélevée est telle qu’aucune reconstruction n’est envisageable. La vessie d’Emily Mitchell est perdue, pour toujours. Une situation qui rappelle d’autres drames liés à des erreurs sur un organe vital.
Commence alors un parcours médical long et douloureux. Pendant huit mois, elle vit avec des tubes de néphrostomie insérés dans le bas du dos, directement reliés à ses deux reins.
Ces tubes évacuent son urine vers des sacs externes, jour et nuit. Une vie suspendue à un dispositif médical, loin de toute normalité.
Des complications en cascade
Les infections urinaires s’enchaînent. Puis les infections rénales. Chaque nouvelle procédure médicale amène son lot de nouveaux risques.
Emily Mitchell est finalement envoyée dans le Massachusetts pour une opération de la dernière chance. Les chirurgiens lui fabriquent une néo-vessie à partir d’une section de son intestin grêle, une technique parfois utilisée après ce type de complications médicales aux conséquences durables.
Cette prouesse chirurgicale lui permet de survivre, mais pas de retrouver une vie normale. Près de trois ans après les faits, les séquelles restent permanentes.
Une vie transformée à jamais
Aujourd’hui, Emily Mitchell doit s’auto-sonder plusieurs fois par jour pour vider sa néo-vessie. Un geste médical qu’elle devra répéter chaque jour, pour le reste de sa vie.

Elle continue également de consulter des spécialistes régulièrement, dans le cadre d’un suivi médical à vie. Une situation qui évoque d’autres histoires de patients réclamant justice après une perte irréversible.
La quantité d’organe manquant rendait toute réparation impossible dès le départ. C’est ce point précis qui a été au cœur du procès contre l’hôpital.
Le verdict tombe après deux semaines de procès
Le jeudi précédent, la Cour supérieure du comté de Kennebec a tranché en faveur d’Emily Mitchell, à l’issue de deux semaines de procès pour faute médicale.
Le montant total, 17 millions de dollars soit environ 12,79 millions d’euros, serait le plus important jamais accordé dans l’histoire de ce comté américain.
Ce montant se décompose ainsi : près de 2 millions de dollars pour les frais médicaux passés et futurs, 6 millions pour la douleur et la souffrance, et 8 millions pour préjudice permanent. Son mari, Joshua, a lui obtenu plus d’un million de dollars pour la perte de compagnie de son épouse.
Une reconnaissance longtemps attendue
L’avocate Susan A. Faunce a réagi à ce verdict historique dans un communiqué. Pour elle, cette victoire dépasse le simple cadre juridique.
« Pour nos clients, ce n’est pas seulement une victoire légale, c’est la clôture qu’ils attendaient depuis longtemps », explique-t-elle. « Ils peuvent enfin avancer, sachant que ce qui leur est arrivé a été vu, entendu et reconnu. »
L’avocate insiste sur un point essentiel : cet argent ne répare rien du calvaire vécu. Mais il apporte quelque chose qu’Emily Mitchell n’avait plus depuis longtemps : une forme de justice, même incomplète face à l’ampleur du traumatisme causé par une erreur médicale.
« Cela n’efface pas la douleur et la perte qu’ils ont endurées ou qu’ils continuent d’endurer, mais le verdict reconnaît la vérité de ce qu’ils ont traversé et offre une responsabilisation attendue depuis longtemps », conclut-elle.