Anthropic révèle qu’une cellule yéménite a détourné Claude pour guider des missiles de 2 000 km

Une intelligence artificielle censée répondre à des questions du quotidien s’est retrouvée mêlée à un projet d’armement. Anthropic, la société derrière le modèle Claude, a annoncé jeudi 10 septembre avoir démantelé les comptes d’une cellule basée au nord du Yémen. Ce que ces acteurs tentaient de fabriquer avec l’aide de l’IA dépasse largement le cadre habituel des dérives technologiques.
Un pays en guerre, une IA détournée
Le contexte n’a rien d’anodin. Depuis juillet, le Yémen a replongé dans le conflit, entraîné par la crise régionale déclenchée fin février par l’offensive américano-israélienne contre l’Iran. Les rebelles houthis, qui contrôlent une large partie du nord du pays dont la capitale Sanaa, mènent actuellement une offensive d’ampleur vers le détroit stratégique de Bab el-Mandeb.
Cette voie maritime relie directement l’Europe à l’Asie, un enjeu qui a déjà nourri plusieurs avertissements glaçants sur les tensions en Europe. Cette semaine encore, les Houthis ont tiré plusieurs missiles balistiques et drones vers des villes du sud de l’Arabie saoudite, voisine du Yémen.
C’est dans ce climat que la cellule identifiée par Anthropic aurait cherché à combler un manque criant : celui d’ingénieurs capables de concevoir des logiciels de guidage, de navigation et de contrôle pour des armes volantes. Un vide que l’IA générative, disponible depuis un simple abonnement, a semblé pouvoir combler. Le sujet renvoie à des inquiétudes déjà exprimées ailleurs, notamment autour des menaces d’escalade évoquées par un proche du Kremlin.
Trois programmes d’armes, une seule IA
Dans son rapport, Anthropic détaille trois projets distincts pilotés par cette cellule. Le premier concernait une roquette guidée équipée d’un calculateur de vol de type smartphone doté d’un système d’autoguidage.
Le deuxième visait carrément un missile balistique, avec un objectif de portée dépassant les 2 000 kilomètres. Le troisième, plus ambitieux encore, portait sur un missile intégrant un « type de planeur hypersonique », une technologie que même les grandes puissances peinent à maîtriser pleinement.
Ce niveau de sophistication technique interroge sur les limites réelles des IA conversationnelles face à des usages militaires. Ce n’est pas la première fois qu’un modèle d’IA se retrouve au cœur d’un scandale sécuritaire : un ex-chercheur avait déjà tiré la sonnette d’alarme en quittant OpenAI et Anthropic par crainte des dangers de l’IA. Des tests indépendants avaient aussi montré que Claude pouvait être manipulé pour démonter la sécurité d’appareils connectés en seulement 13 heures.

Un tir raté, mais un signal d’alarme
La bonne nouvelle, si l’on peut dire, tient dans le résultat concret de ces recherches. Anthropic est formelle : rien n’indique qu’un dispositif opérationnel ait vu le jour. La cellule a bien mené un tir d’essai de la roquette guidée, mais celui-ci a échoué.
L’entreprise assure avoir coupé l’accès aux comptes concernés dès la détection de ces activités, et affirme partager désormais ses données avec des partenaires publics et privés pour limiter les risques posés par ces individus. Une posture qui rappelle celle adoptée après l’enquête pénale visant ChatGPT en Floride, où la responsabilité des IA génératives est aussi questionnée.
Anthropic n’a nommé aucun acteur précis dans son rapport. Mais le faisceau d’indices, la localisation dans le nord du Yémen et le contexte du conflit en cours, pointe fortement vers les rebelles houthis pro-iraniens. L’échec du tir d’essai ne doit toutefois pas rassurer trop vite : il démontre surtout que la tentative a existé, et que la barrière entre chatbot grand public et bureau d’études militaire s’amincit.
Un tir raté aujourd’hui, un logiciel abouti demain : voilà tout le vertige que révèle cette affaire. La question n’est plus de savoir si l’IA sera détournée à des fins militaires, mais combien de temps les garde-fous des Claude, ChatGPT et consorts tiendront face à des acteurs déterminés.