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1,6 million de photos volées : ces caméras IA sur les routes ont un point faible qui inquiète

Publié par Elodie le 23 Sep 2026 à 16:22
Caméra de surveillance routière fixée sur un poteau métallique

Une caméra accrochée au-dessus d’une route, banale en apparence. Sauf que celle-là cachait un trésor pour des hackers. Un collectif a réussi à en extraire plus de 1,6 million de photos et des milliers de vidéos, sans jamais toucher au cloud de l’entreprise. Voici comment tout est parti d’une simple faille laissée à l’air libre.

Une caméra décrochée, un stockage entier cloné

L’affaire a été révélée le 16 septembre 2026 par WIRED et 404 Media. Elle concerne Flock Safety, une entreprise américaine qui équipe les routes de caméras dopées à l’intelligence artificielle. Le principe : repérer automatiquement plaques d’immatriculation, marques, modèles et couleurs de véhicules.

Un collectif de hackers baptisé stegan0gram a littéralement démonté une de ces caméras installée en hauteur. Le boîtier fonctionne comme un petit appareil Android, avec une vingtaine d’applications signées Flock. Un peu comme les débats autour des panneaux de sécurité routière qui changent nos habitudes de conduite, ce dispositif s’était installé sans grand débat public.

En clonant le stockage interne, les hackers sont tombés sur une clé de chiffrement laissée dans une zone non protégée. De quoi déverrouiller ce qui aurait dû rester inaccessible. Un peu comme ces erreurs coûteuses issues d’une simple négligence numérique, la faille venait d’un détail technique laissé sans surveillance.

21 jours de données, 50 200 véhicules, une poignée de visages

Le butin est colossal : environ 21 jours d’enregistrements, soit près de 50 200 véhicules captés par cette unique caméra. Au total, 1,6 million d’images et 27 321 clips vidéo de une à deux secondes, filmés en 1024×768.

Mais attention à ne pas s’emballer sur les chiffres. Selon l’analyse de Sherafy citée dans l’enquête, ces 1,6 million de clichés ne représentent pas 1,6 million de personnes différentes. Chaque passage de voiture génère des rafales, des recadrages de plaques et plusieurs variantes d’exposition du même véhicule.

Sur l’échantillon étudié, seulement 11 clips montraient clairement des personnes, principalement des motards. Sur place, des modèles de vision par ordinateur détectent véhicules, plaques, vélos et présence humaine, puis créent des vignettes. La lecture fine des plaques et l’identification du modèle sont ensuite calculées côté serveur, comme le rappellent les enjeux plus larges autour de la surveillance des véhicules sur les routes qui se multiplient un peu partout dans le monde.

Visage inquiet d'un automobiliste regardant une caméra

Le réseau dépasse déjà les 120 000 caméras aux États-Unis

Selon le Washington Post, le réseau Flock compte désormais plus de 120 000 caméras réparties sur le territoire américain. Cela représente environ 20 milliards de scans de plaques chaque mois, et jusqu’à un million d’enquêtes policières facilitées chaque année.

Chaque détection est horodatée, géolocalisée, et partageable avec des milliers d’agences différentes. Le revers de la médaille : des abus ont déjà été documentés. Au moins 50 agents auraient utilisé ces lecteurs de plaques pour espionner des proches ou des collègues, selon le journal américain.

En France, la question résonne différemment mais pas moins fort, avec la LAPI et les expérimentations de vidéosurveillance algorithmique. Le RGPD et la CNIL imposent des règles strictes de proportionnalité et de durée de conservation. Sous la pression, Flock Safety a réduit sa rétention par défaut à 7 jours et ajouté un numéro d’affaire obligatoire pour chaque recherche, avec un outil d’audit. Une réaction qui rappelle d’autres ajustements réglementaires dans l’urgence quand un dispositif dérape.

Il aura suffi d’une seule caméra piratée pour révéler l’ampleur d’un système qui en compte des dizaines de milliers. Avant d’accepter ces yeux électroniques au-dessus de nos routes, une question mérite d’être posée : qui garde vraiment la clé du coffre ?

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