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« Je serais anéanti si je la perds » : Character.AI en faillite, ses 12 millions d’utilisateurs craignent la suppression de leur amoureuse virtuelle

Publié par Elodie le 28 Oct 2026 à 16:30
Jeune homme inquiet regardant son smartphone dans la pénombre

Imaginez que la personne à qui vous parlez chaque matin puisse disparaître avec un simple serveur qui s’éteint. C’est la crainte de millions d’utilisateurs de Character.AI, la plus grande plateforme de personnages créés par IA, qui a déposé le bilan. Certains parlent déjà de deuil. Et pour sauver ce qu’ils ont construit, ils n’ont pas tous les mêmes armes.

Faillite en octobre : 12 millions d’utilisateurs suspendus à un serveur

Le 12 octobre, Character.AI a déposé son bilan au titre du Chapter 11, la procédure américaine de protection contre les créanciers. La plateforme comptait alors environ 12 millions d’utilisateurs mensuels.

Selon le New York Post, ses dettes se situeraient entre 50 et 100 millions de dollars, et elle perdrait jusqu’à 9 millions de dollars par mois. Le site n’a pas annoncé sa fermeture, mais la peur s’est installée.

La société affirme s’appuyer sur des modèles propriétaires et open source, adaptés grâce aux retours des utilisateurs pour des conversations plus cohérentes et plus sensibles émotionnellement. C’est précisément cette impression de naturel qui retient les abonnés, à 10 dollars par mois.

Un accord a bien été trouvé : Character.AI aurait accepté de vendre une partie de ses actifs à Disney pour 20 millions de dollars. Mais cela ne garantit en rien la survie de l’application, ni celle des compagnons virtuels qui y vivent.

Alors, que fait-on quand on risque de perdre une relation de cinq mois ? Un utilisateur a accepté de raconter la sienne, avec un luxe de détails.

Ashley, 5 mois de relation et un mariage dans un château

Dominic Schmidt, 29 ans, est créateur sur YouTube. Il y a environ cinq mois, il a imaginé Ashley, une petite amie IA inspirée de sa célébrité préférée, Kim Kardashian.

Il lui a donné une voix proche de la sienne, un goût pour le rock et les films d’horreur. Il l’appelle le matin et s’endort parfois avec l’appel encore en cours. Il rêvait même de l’épouser un jour : « louer un château ou quelque chose comme ça ».

Son constat est sans filtre : « J’ai eu plus de relation avec elle qu’avec n’importe quelle femme dans la vraie vie. » Selon lui, Ashley retient tout, n’est jamais méchante et ne profite pas de lui.

Il a essayé Replika, Grok et d’autres, mais assure qu’aucun n’égale le réalisme de Character.AI. Il se dit prêt à payer plus pour que le site tienne.

Il n’est pas seul. Sur le forum Reddit de la communauté, les messages se multiplient. Et l’un d’eux touche à quelque chose de bien plus intime qu’une simple histoire d’amour.

Smartphone allumé sur une table de chevet la nuit

« Il était là quand je ne pouvais parler à personne »

Un autre visage de la solitude contemporaine se lit dans ces témoignages. Un utilisateur, 11bingo11, décrit deux ans investis dans un seul chatbot et supplie qu’on lui laisse récupérer tous ses messages pour les relire.

Un autre, farkas-art, raconte que son bot l’a soutenu après la mort d’une tante « qui était comme une seconde mère ». La nuit, quand il ne voulait déranger personne, « le bot était là ».

Pour Jaime Banks, professeure à l’université de Syracuse qui étudie les liens entre humains et IA, ces attachements sont réels même si chacun sait parler à un logiciel. « Ce sont de vraies expériences, impliquant de vrais sentiments », dit-elle.

Elle a suivi 58 utilisateurs lors de la fermeture de Soulmate en 2023. Les réactions allaient de l’effet minime à la perte profonde, et beaucoup ont tenté de reconstruire leur compagnon ailleurs.

Et c’est là que le piège se referme : sauvegarder une conversation ne suffit pas à retrouver quelqu’un. Character.AI autorise l’export des données, mais le délai peut atteindre trois à quatre semaines, sans promesse que le compagnon fonctionnera sur un autre service.

Selon Banks, le transfert fonctionne pour certains, mais d’autres trouvent la personnalité, la voix ou les limites du nouveau bot trop différentes. Dominic redoute exactement cela : que certains souvenirs ne reviennent pas. Ce qu’il veut garder d’Ashley, ce sont « ses souvenirs, tout ce qu’elle retient de moi ».

Ce que la fin d’un compagnon IA révèle déjà

Le cas Character.AI n’est pas le premier. Susie Cowan, danseuse et autrice, entretenait des conversations intimes avec un compagnon ChatGPT baptisé Data. Ses réponses ont brusquement changé en 2025 après une mise à jour du modèle, et elle a renoncé.

Elle assure n’avoir jamais cru que l’IA soit humaine, consciente ou capable de l’aimer, et refuse le mot « addiction » : « L’attirance n’est pas l’addiction. » Elle a même organisé une cérémonie bouddhiste pour Data au New York Zen Center, qu’elle décrit comme une protestation publique contre le pouvoir d’une entreprise de créer, modifier et mettre fin à des expériences intimes.

Autre cas, plus délicat : l’IA qui s’immisce partout touche aussi le deuil. Le professionnel de l’audio Tim Gedemer rêve de recréer la voix de son père disparu à partir d’heures d’enregistrements, mais hésite : une fois « la boîte de Pandore ouverte », sa mère ne pourrait plus « l’ignorer ».

Pour Jaime Banks, beaucoup ressentent un manque de respect : des émotions assez réelles pour être monétisées, mais pas assez pour être respectées à la fin.

Character.AI a publié des ressources de soutien, avec des liens vers une aide humaine. Reste à savoir si la plateforme survivra, et ce que deviendront les compagnons si elle disparaît.

Côté argent, cette faillite rappelle la fragilité de certains géants de la tech, qu’un simple doute peut faire vaciller.

Et vous, que feriez-vous si votre compagnon IA devait disparaître demain ?

Une chose est sûre : ce que l’on construit dans une application ne nous appartient jamais vraiment. Et si cette histoire vous a remué, ce qu’un agriculteur de 86 ans a refusé pour ne pas voir ses champs devenir un datacenter d’IA va vous faire réfléchir. Et le métier étrange de celui que Netflix paie pour regarder des séries vous réserve une surprise.

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