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En Chine, votre visage peut vous rapporter jusqu’à 15 000 € grâce à l’IA

Publié par Elodie le 26 Sep 2026 à 14:00

Imaginez toucher 15 000 € juste en prêtant votre visage. Pas pour un film, pas pour une pub classique, mais pour nourrir des vidéos générées par intelligence artificielle. En Chine, ce marché existe déjà, et il attire des milliers de candidats séduits par la promesse de revenus passifs.

« Il y avait un fantôme dans la machine » : sa Volkswagen électrique accélère seule à 112 km/h en zone 50

Derrière les grilles tarifaires alléchantes se cache pourtant une question qui dérange : que signez-vous vraiment quand vous cédez votre identité biométrique ? Et surtout, ce système pourrait-il un jour débarquer en Europe ?

Un marché né de l’explosion des micro-fictions IA

Le phénomène est directement lié à la déferlante des micro-dramas, ces séries verticales ultra-courtes conçues pour le smartphone. Selon la China Netcasting Services Association, environ 128 000 micro-dramas ont été publiés au premier trimestre 2026, dont plus de 95 % générés par IA. Un secteur évalué à 11 milliards de dollars, soit un peu plus de 10 milliards d’euros.

Cette croissance fulgurante crée un besoin massif de visages numériques prêts à l’emploi. Plutôt que de recruter des acteurs pour chaque tournage, les producteurs préfèrent piocher dans des catalogues où chaque portrait devient un asset réutilisable à volonté, un peu comme on choisirait un modèle 3D. Ce basculement rappelle d’autres bouleversements liés à l’intelligence artificielle qui s’invite partout, y compris dans des domaines qu’on n’imaginait pas concernés.

Des cofondateurs de start-ups technologiques s’interrogent déjà sur les conséquences sociales de ces usages, à l’image de ce cofondateur d’Anthropic qui a fait des choix personnels radicaux pour protéger sa famille de l’IA généralisée. La question du contrôle sur son propre visage numérique devient centrale.

Des plateformes qui indexent votre visage comme un produit

Concrètement, des services comme ActID à Shenzhen ou New Claw à Chengdu demandent des selfies haute résolution ou de courtes vidéos. Le visage est ensuite indexé dans un catalogue filtrable par âge, genre et style, prêt à être injecté dans des micro-dramas, des publicités ou même des personnages de jeux vidéo réalistes.

Sur un simple épisode, les producteurs paient typiquement entre 99 et 500 yuans, soit environ 13 à 65 €. Mais les grilles tarifaires grimpent vite : de 50 yuans, moins de 7 €, jusqu’à 99 999 yuans, entre 13 000 et 15 000 €, pour des licences très larges couvrant de multiples usages.

« Je ne m’inquiète plus que l’IA me vole la face. Si quelqu’un veut l’utiliser, qu’il me paie », résume une participante citée par le South China Morning Post. Un discours qui séduit, mais qui masque un détail crucial : souvent, les clauses autorisent aussi l’utilisation des images pour entraîner des modèles, bien au-delà des contenus visibles au moment de la signature.

Ce genre de mécanique évoque d’autres découvertes technologiques qui bousculent nos repères, comme cette IA qui a récemment percé un mystère vieux de 2000 ans dans le désert de Nazca. L’IA générative avance vite, parfois plus vite que le droit qui devrait l’encadrer.

Écran affichant une grille de cartographie biométrique du visage

700 affaires déjà traitées : le risque du visage qui revient

Le tribunal de l’internet de Guangzhou a déjà traité près de 700 affaires liées à des visages détournés. De son côté, ByteDance, maison mère de Douyin et de la plateforme Hongguo, affirme avoir supprimé plus de 85 000 vidéos utilisant des visages ou des voix générés sans autorisation.

Rien ne garantit qu’un visage vendu pour un simple micro-drama ne réapparaisse pas plus tard dans une publicité douteuse, voire un stream de jeu vidéo à l’autre bout du monde. En Chine, le Code civil reconnaît un droit au portrait, et la réglementation de 2025 sur la reconnaissance faciale classe les informations faciales parmi les données biométriques sensibles. Sur le papier, tout semble encadré.

Dans les faits, beaucoup de contrats de licence laissent une large marge de manœuvre sur la durée et les usages autorisés. En France, le droit à l’image reste bien plus protecteur : publier un deepfake, c’est-à-dire un hypertrucage où une personne est représentée sans consentement, est puni jusqu’à un an de prison et 15 000 € d’amende, voire deux ans et 45 000 € en ligne.

Une plateforme type ActID pourrait théoriquement s’implanter en Europe, mais avec des contrats encadrant strictement la durée, les finalités, le droit de retrait et la protection des mineurs. Ce cadre légal plus strict n’empêche pas la question de fond : ce basculement des repères s’observe aussi ailleurs, dans le monde du travail par exemple, où une prédiction sur l’avenir professionnel continue d’alimenter les inquiétudes.

Alors, votre visage vaut-il vraiment 15 000 € ? La vraie question n’est peut-être pas le prix, mais le contrôle : qui décidera où circulera votre double numérique dans dix ans ? Avant de signer, mieux vaut y réfléchir à deux fois.

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