Sans une seule puce Nvidia, la Chine dévoile un modèle d’IA à 1 600 milliards de paramètres

La guerre des puces entre Pékin et Washington vient de franchir un nouveau cap. Ce mardi, le géant chinois de la livraison de repas Meituan a dévoilé un modèle d’intelligence artificielle capable, selon lui, de rivaliser avec les meilleurs outils américains. Sa particularité : il aurait été entraîné sans la moindre puce Nvidia, un exploit technique que personne n’attendait sur un modèle de cette envergure.
Pourquoi cette annonce embarrasse Washington

Depuis plusieurs années, les Etats-Unis restreignent l’exportation vers la Chine des puces de silicium les plus avancées, celles conçues par Nvidia. L’objectif affiché : ralentir les ambitions chinoises en matière d’intelligence artificielle, un secteur jugé stratégique pour la sécurité nationale américaine. Ces restrictions ont poussé Pékin à investir massivement dans ses propres semi-conducteurs.
Le contexte géopolitique reste tendu, dans un climat plus large de rivalité technologique et diplomatique entre les deux puissances, un peu à l’image des tensions qui traversent aussi les échanges entre dirigeants occidentaux et américains. Sur le plan industriel, cette course aux puces rappelle d’ailleurs d’autres tensions récentes, comme la pénurie de RAM ayant coûté 590 milliards de dollars à Samsung et SK Hynix. Dans ce climat, chaque avancée technique chinoise prend une dimension symbolique forte.
C’est dans ce bras de fer que Meituan, connu surtout pour son application de livraison, a choisi de frapper un grand coup avec un modèle baptisé LongCat-2.0.
1 600 milliards de paramètres, une première mondiale
Le communiqué du groupe chinois est sans détour : LongCat-2.0 afficherait des performances comparables à celles de Gemini 3.1 Pro, le modèle lancé en février par Google. Mais l’argument central va plus loin encore.
Meituan revendique le titre de premier modèle de plus de mille milliards de paramètres à avoir bouclé l’intégralité de son entraînement et de son inférence sur un cluster composé de 50 000 puces chinoises. Un chiffre qui, s’il est confirmé, changerait la donne pour toute l’industrie IA du pays.
L’entreprise n’a toutefois pas précisé le fabricant exact de ces composants. Son équipe de recherche travaillait pourtant sur le sujet depuis 2023, confrontée à des problèmes de stabilité et de fiabilité qu’il a fallu surmonter pas à pas. Cette prouesse technique évoque d’autres réussites inattendues portées par des passionnés ou des ingénieurs isolés, à l’image de ce génie ayant transformé une imprimante 3D en mineur de Bitcoin. L’intelligence artificielle chinoise avance aussi, parfois, par tâtonnements obstinés plutôt que par grands laboratoires.
Reste que l’enjeu dépasse largement Meituan : c’est toute la crédibilité de la filière chinoise des puces qui se joue derrière ce lancement, y compris dans des domaines aussi variés que la robotique de compagnie déjà en plein essor dans le pays.
Huawei, Cambricon, Moore Threads : la bataille des fabricants
Derrière ce modèle se cache une véritable course industrielle entre fabricants chinois de puces pour l’IA. On retrouve dans ce peloton Huawei, Kunlunxin (la branche IA de Baidu), ainsi que Cambricon et Moore Threads, ces deux derniers ayant vu leur action s’envoler en Bourse depuis l’annonce. Un signal clair : les investisseurs parient sur leur capacité à concurrencer un jour Nvidia.
La différence est de taille avec d’autres modèles chinois réputés, comme ceux de DeepSeek, Zhipu, Qwen d’Alibaba ou encore Mimo de Xiaomi. Ces derniers seraient conçus pour fonctionner sur des puces domestiques, mais leur phase d’entraînement, la plus gourmande en puissance de calcul, aurait mobilisé selon plusieurs sources des puces américaines. LongCat-2.0 franchirait donc une étape supplémentaire, celle de l’indépendance totale sur l’ensemble du cycle.
Testé initialement sous le nom de code Owl Alpha sur la plateforme OpenRouter, ce modèle open source entraîné entièrement à partir de zéro illustre une ambition assumée : ne plus dépendre du tout de la technologie américaine. Un pari technologique qui s’inscrit dans un climat international déjà électrique, où chaque avancée scientifique ou militaire, jusqu’aux projets les plus audacieux comme ce porte-avions volant capable de planer dans la stratosphère, alimente la rivalité sino-américaine.
Que LongCat-2.0 tienne toutes ses promesses ou non, le message envoyé à Washington est limpide : la dépendance aux puces américaines n’est plus une fatalité pour Pékin. Reste à savoir combien de temps l’avance technologique américaine pourra encore résister à cette accélération chinoise.