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Pokémon Go : les scans de millions de joueurs auraient servi à entraîner des drones militaires

Publié par Elodie le 14 Juin 2026 à 17:30

Vous vous souvenez de ces vidéos à 360° que Pokémon Go vous demandait de filmer pour créer de nouveaux Pokéstops ? Ces données auraient fini entre les mains d’une entreprise qui fabrique des drones de combat. Une enquête explosive du journal néerlandais Trouw met Niantic, le studio derrière le jeu, dans une position très inconfortable.

smartphones pokémon go vieil homme

Un mini-scan anodin… en apparence

Entre 2021 et 2025, Pokémon Go proposait une fonctionnalité qui semblait totalement inoffensive. Les joueurs pouvaient filmer leur environnement immédiat — un banc, une statue, un coin de rue — pour proposer de nouveaux Pokéstops.

En échange, le jeu offrait des récompenses virtuelles. Des millions de personnes ont joué le jeu, smartphone en main, sans se poser de questions. Au total, ce sont pas moins de 30 millions de modèles 3D qui ont été générés grâce à ces scans.

Le principe paraissait simple et ludique. Mais derrière cette mécanique de jeu se cachait une collecte de données d’une ampleur colossale. Et ce que Niantic comptait en faire n’avait plus rien à voir avec les Pikachu.

Ce que contenaient vraiment ces fichiers

Ces scans ne sont pas de simples photos. Ce sont des modélisations tridimensionnelles détaillées de bâtiments, de rues et de places publiques à travers le monde entier. Le genre de données qui vaut de l’or pour certaines industries.

Concrètement, chaque scan capture la géométrie précise d’un lieu. Angles des murs, hauteur des structures, disposition des obstacles : tout y est. C’est exactement le type d’information dont un système de navigation autonome a besoin pour fonctionner.

Drone militaire survolant une carte 3D urbaine numérique

Car ces modèles 3D alimentent une technologie appelée VPS, pour Visual Positioning System. Au lieu de dépendre du GPS — qui peut être brouillé — un appareil équipé de VPS compare ce qu’il « voit » avec une base de données de modèles 3D pour se localiser. Si votre téléphone capte déjà plus de choses qu’on ne le pense, imaginez ce qu’un drone peut faire avec 30 millions de cartes 3D.

Et c’est là que l’affaire bascule vers le militaire.

L’entreprise qui fabrique des robots de combat

Selon l’enquête de Trouw, ces données auraient été transmises à Vantor. Si ce nom ne vous dit rien, c’est normal : cette société travaille dans l’ombre. Elle conçoit des robots et des drones de combat, en collaboration régulière avec le ministère de la Défense américain.

Pour Vantor, l’intérêt est évident. En zone de conflit, le signal GPS peut être brouillé par l’ennemi en quelques secondes. Un drone qui perd son GPS devient aveugle. Sauf s’il peut comparer le terrain qu’il survole avec des modèles 3D préchargés.

C’est précisément ce que permettent les scans de Pokémon Go. On parle de technologies militaires qui utilisent vos promenades du dimanche comme données d’entraînement. Le décalage entre l’intention du joueur et l’usage final est vertigineux.

Comment Niantic a pu vendre ces données

La réponse tient en deux mots : conditions d’utilisation. Quand vous activiez la fonction scan, vous acceptiez un document que personne ne lit jamais. Dans ce texte, Niantic s’octroyait la pleine propriété des contenus capturés.

L’entreprise se réservait aussi le droit de les revendre à des tiers. Légalement, tout était carré. Éthiquement, c’est une tout autre histoire. Surtout quand on sait que la collecte de données personnelles par les entreprises tech dépasse souvent ce qu’on imagine.

Début 2025, Niantic a été racheté par Scopely, une entreprise saoudienne. C’est lors de cette transition que les scans auraient été partagés avec Vantor, selon Trouw. Le timing n’est pas anodin.

Car avant le rachat, Niantic avait créé une filiale baptisée Niantic Spatial, spécialisée dans la modélisation d’environnements 3D. Exactement le type de structure qui peut servir d’intermédiaire discret entre un jeu mobile et l’industrie de la défense.

La défense de Niantic qui ne convainc personne

Interrogé par Kotaku, Niantic a publié un communiqué prudent. L’entreprise affirme que « depuis que Pokémon Go fait partie de Scopely, ses données ne sont plus partagées avec Niantic Spatial ».

Podium de conférence de presse vide avec micros et écran

Vous avez remarqué la subtilité ? L’entreprise parle du présent, pas du passé. Rien n’est dit sur les années précédentes, celles pendant lesquelles les 30 millions de scans ont été accumulés et potentiellement transmis.

C’est un peu comme si votre téléphone vous espionnait pendant quatre ans, et que le fabricant vous assurait simplement qu’il a « arrêté maintenant ». Difficile d’applaudir.

Le système de scan a depuis été désactivé dans Pokémon Go. Mais les 30 millions de modèles 3D existent toujours quelque part. Et Niantic Spatial, désormais entité indépendante, continue de commercialiser cette technologie de positionnement visuel.

Ce que ça dit de nos données en 2025

Cette affaire dépasse largement le cadre de Pokémon Go. Elle illustre un mécanisme que les géants de la tech maîtrisent parfaitement : transformer une activité ludique et gratuite en pipeline de données à haute valeur ajoutée.

Personne, en filmant un lampadaire pour gagner des Pokéballs, ne pensait contribuer au développement d’outils de surveillance ou de drones armés. Et pourtant, c’est exactement ce qui se serait passé. La frontière entre divertissement et exploitation des données n’a jamais été aussi poreuse.

La prochaine fois qu’une appli vous demande de « scanner votre environnement » en échange d’un bonus virtuel, vous saurez que la vraie récompense n’est peut-être pas pour vous.

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