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Brûlé par le Vésuve il y a 2000 ans, ce rouleau n’avait jamais été ouvert : une IA vient de lire son texte

Publié par Elsa Fanjul le 29 Sep 2026 à 13:19
Rouleau de papyrus carbonisé sous scanner à rayons X

Deux mille ans qu’il attend, roulé sur lui-même, noirci par la lave. Le papyrus PHerc. 1667 a survécu à l’éruption du Vésuve en 79 après J.-C., mais personne n’osait plus le toucher. Trop fragile. Trop risqué de le voir s’effriter pour de bon.

Et pourtant, une équipe de chercheurs vient de faire quelque chose que personne n’avait réussi depuis l’Antiquité : lire ce texte sans jamais l’ouvrir. Grâce à des rayons X et une intelligence artificielle. Voici comment.

Un rouleau que l’on n’osait plus toucher

À Herculanum, au XVIIIe siècle, les fouilles mettent au jour un trésor unique : la Villa des Papyrus, seule bibliothèque antique de cette ampleur parvenue jusqu’à nous. Plusieurs centaines de rouleaux, tous carbonisés par l’éruption du Vésuve en l’an 79.

Le problème, c’est que ce qui les a sauvés est aussi ce qui les rend intouchables. La carbonisation a préservé la matière, mais rendu le papyrus extrêmement cassant. Chaque tentative d’ouverture physique menace de le détruire.

PHerc. 1667 en est l’exemple le plus cruel. Ouvert au XIXe siècle, puis à nouveau en 1969 et dans les années 1980, il ne mesure plus que 8 centimètres de hauteur, contre 19 à 24 cm à l’origine selon le Vesuvius Challenge. Autant dire une coquille vide, ou presque.

Aujourd’hui encore, environ 600 rouleaux restent fermés. Leur contenu est potentiellement intact, mais totalement inaccessible aux méthodes classiques. Alors comment lire un texte qu’on ne peut plus ni dérouler ni feuilleter ?

Des rayons X, un algorithme, et un texte qui refait surface

La réponse tient en une machine impressionnante : une microtomographie à rayons X à contraste de phase, utilisée sur la ligne de lumière BM18 de l’ESRF, le synchrotron européen installé à Grenoble. Objectif : obtenir un volume numérique assez précis pour distinguer les couches de papyrus sans jamais les séparer.

À partir de ces données, les chercheurs reconstruisent virtuellement les feuilles à l’intérieur du rouleau, suivent leurs courbures, puis les aplatissent numériquement. Le cylindre carbonisé devient alors une succession de surfaces qu’on peut examiner comme de vraies pages. Une prouesse qui n’est pas sans rappeler d’autres découvertes hors normes qui s’enchaînent depuis quelques mois.

Reste le problème le plus tenace : encre et papyrus sont tous deux devenus noirs. À l’œil nu, impossible de distinguer quoi que ce soit. C’est là qu’intervient le machine learning : des modèles entraînés à repérer des traces infimes dans les données du scanner, capables de reconstituer la présence de lettres invisibles pour un humain.

L’IA ne devine rien, elle repère des motifs physiques correspondant à de l’encre. Chaque résultat est ensuite vérifié par des spécialistes de grec ancien et de papyrologie. Et cette fois, pour la première fois sur un rouleau d’Herculanum encore enroulé, les chercheurs ont pu lire près de 1,5 mètre de texte, du début à la fin, sans jamais l’ouvrir.

Chercheur émerveillé devant un texte ancien reconstitué

Ce que révèle enfin ce texte vieux de 2200 ans

Voici la partie que tout le monde attendait : que raconte réellement ce texte, une fois déchiffré ?

La portion conservée de PHerc. 1667 contient un traité philosophique consacré à l’éthique, à la nature humaine et au progrès moral. Le texte appartient à la tradition stoïcienne. Les chercheurs y ont repéré des références à Aristocreon, neveu et disciple du philosophe Chrysippe, ce qui permet de situer et de dater le texte du IIe siècle avant notre ère.

Ce qui change tout, c’est l’échelle. On ne récupère plus quelques lettres isolées ou des bribes de mots. Les chercheurs peuvent suivre un raisonnement complet sur plusieurs colonnes, comparer les arguments, étudier l’œuvre comme un texte véritable, et non comme une poignée de fragments épars.

Le résultat reste incomplet : le rouleau a été endommagé bien avant son passage au scanner, et certaines parties demeurent illisibles. Mais l’essentiel du pari technologique est gagné. On peut désormais passer d’un rouleau fermé à un texte exploitable sans jamais le toucher physiquement, comme le rapporte le Vesuvius Challenge.

Ce que ça change pour les 600 rouleaux encore fermés

Cette avancée doit tout à un concours un peu fou, lancé en 2023 par l’informaticien Brent Seales, avec Nat Friedman et Daniel Gross : le Vesuvius Challenge. Le principe était simple, mettre les scans à disposition et laisser chercheurs, informaticiens et passionnés du monde entier tenter d’en extraire le texte.

Dès 2023, une première série de lettres avait été détectée dans un rouleau fermé. Depuis, les progrès se sont accélérés grâce aux contributions croisées de plusieurs disciplines : imagerie scientifique, vision par ordinateur, apprentissage automatique et papyrologie, comme le détaille franceinfo.

PHerc. 1667 n’est déjà plus seul. Pour PHerc. Paris 4, un nouveau protocole de scan permet de distinguer directement l’encre dans le volume tomographique. Et PHerc. 139 a livré assez d’informations pour identifier son contenu : un texte du philosophe épicurien Philodème, intitulé On Gods, livre 8.

L’ambition, désormais, est de passer d’une démonstration isolée à une méthode applicable à grande échelle sur toute la bibliothèque encore fermée. Le Vesuvius Challenge entre dans une nouvelle phase, avec un objectif clair : lire des rouleaux entiers, pas seulement des fragments prometteurs.

Un texte muet depuis l’an 79, relu sans qu’on ait besoin d’y toucher : voilà sans doute l’une des révolutions les plus silencieuses de l’archéologie moderne. Et elle ne fait que commencer, avec 600 rouleaux encore dans les tiroirs.

Si cette idée d’un savoir enfoui qui ressurgit vous intrigue, ce qu’on a retrouvé après l’éruption du volcan Dukono ne vous laissera pas indifférent. Et pour twister vos certitudes historiques, ce quiz d’histoire devrait vite vous prouver que vous ne savez pas tout.

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