Il achète un petit bol à fleurs 35 dollars dans un vide-grenier sans même négocier : l’année suivante, Sotheby’s l’adjuge plus de 700 000 dollars
Un petit bol bleu et blanc, posé sur une table de vide-grenier, près de New Haven, dans le Connecticut. Prix affiché : 35 dollars. Un homme l’achète sans discuter, simplement parce qu’il le trouve joli. Il ne se doute pas qu’il vient de mettre la main sur une pièce dont il n’existe que six équivalents connus au monde, presque tous dans de grands musées.

Un vide-grenier comme les autres
L’histoire commence en 2020, aux États-Unis. Dans les environs de New Haven, une ville du Connecticut, un habitant flâne dans un vide-grenier, ces ventes organisées devant les maisons où l’on se débarrasse des objets dont on ne veut plus.
Sur une table, un petit bol de porcelaine attire son regard. Il est décoré de fleurs peintes en bleu sur un fond blanc. Le prix est de 35 dollars. L’homme ne négocie pas. Il paie et repart avec son bol.
Son identité n’a jamais été rendue publique. On sait seulement que c’est le décor qui l’avait séduit.
Quelques photos envoyées par e-mail
Intrigué, l’acheteur décide d’en avoir le cœur net. Il prend quelques photos du bol et les envoie par e-mail à Sotheby’s, l’une des plus grandes maisons de ventes aux enchères du monde, pour demander une estimation.
Ce genre de demande, les spécialistes en reçoivent énormément. La plupart du temps, il s’agit de copies ou de pièces sans grande valeur. Mais cette fois, en découvrant le bol, les experts du département des arts chinois de Sotheby’s à New York comprennent vite qu’ils ont affaire à quelque chose d’exceptionnel.
Ces trouvailles inattendues nous fascinent toujours autant. Nous vous avions raconté l’histoire de ce bol acheté 3 dollars dans un vide-grenier de New York, finalement adjugé 2,2 millions. Celle du Connecticut n’a rien à lui envier.
Un bol fabriqué pour la cour impériale de Chine
Après examen, le verdict tombe. Le bol date du début du XVe siècle. Il a été fabriqué en Chine, sous la dynastie Ming, pour la cour de l’empereur Yongle, qui a régné de 1403 à 1424.
Selon Angela McAteer, responsable du département des arts chinois de Sotheby’s à New York, le style de la peinture, la forme du bol et la teinte du bleu sont caractéristiques de cette époque. La pièce réunit tout ce qui fait la réputation de la porcelaine impériale du début des Ming : une matière d’une grande finesse, une peinture soignée et un décor légèrement exotique.
Le bol mesure environ 15 centimètres de diamètre. Sa forme, arrondie et resserrée vers le pied, rappelle celle d’un bouton de lotus. Les spécialistes parlent aussi d’une forme en « cœur de poulet ».
L’empereur Yongle n’est pas n’importe quel souverain. C’est sous son règne que la capitale de la Chine est transférée à Pékin et que débute la construction de la Cité interdite. Les porcelaines produites pour sa cour comptent parmi les plus recherchées par les collectionneurs.
Un décor de fleurs peint à la main
Le décor est entièrement peint en bleu de cobalt. On y distingue des fleurs de lotus, de pivoine, de chrysanthème et de grenadier. Au fond du bol, un médaillon central complète l’ensemble, tandis qu’une frise de rinceaux de lotus court le long du bord.
Malgré ses six siècles, le bol est en très bon état. Sotheby’s mentionne seulement un petit éclat peu profond, une légère déformation du bord et quelques traces d’usure.
Seulement six autres connus dans le monde
Ce qui rend cette pièce si précieuse, c’est surtout sa rareté. Selon Sotheby’s, on ne connaît que six autres bols de ce type dans le monde.
Deux sont conservés au musée national du Palais, à Taipei, à Taïwan. Deux autres se trouvent à Londres, l’un au British Museum, l’autre au Victoria and Albert Museum. Un autre est exposé au musée national d’Iran, à Téhéran. Aucun ne se trouve aux États-Unis.
Autrement dit, le bol posé sur une table de vide-grenier du Connecticut appartient à une famille d’objets que l’on ne voit d’ordinaire que derrière les vitrines des plus grands musées.
Une estimation à 500 000 dollars
Sotheby’s décide de mettre le bol en vente lors de sa vente consacrée aux arts chinois importants, à New York, au mois de mars 2021. L’estimation est fixée entre 300 000 et 500 000 dollars.
Soit, dans le haut de la fourchette, plus de 14 000 fois le prix payé au vide-grenier.
« C’est assez stupéfiant que de tels trésors soient encore découverts », confie alors Angela McAteer à la radio publique américaine NPR. Pour les spécialistes, voir apparaître de nulle part un objet inconnu reste un moment rare et excitant.
Une bataille entre quatre enchérisseurs
Le 17 mars 2021, le jour de la vente, le bol ne passe pas inaperçu. Quatre enchérisseurs se disputent la pièce. Le marteau tombe finalement à 580 000 dollars.
Avec les frais, le prix final atteint 721 800 dollars, soit plus de 20 000 fois le prix affiché sur la table du vide-grenier. L’identité de l’acheteur n’a pas été dévoilée.
Pour Angela McAteer, ce résultat illustre ces histoires de découvertes « uniques dans une vie » dont rêvent les spécialistes. Il montre, selon elle, que des œuvres précieuses restent parfois « cachées à la vue de tous ».
Comment est-il arrivé là ?
Une question reste sans réponse : comment une pièce destinée à la cour impériale chinoise a-t-elle pu finir sur une table de vide-grenier, aux États-Unis, vendue pour quelques dollars ?
Personne ne le sait. Selon CNN, Angela McAteer qualifiait elle-même ce point de « mystère frustrant ». Le bol a pu passer de main en main pendant des générations, sans que ses propriétaires successifs ne mesurent sa valeur.
Et si vous en aviez un chez vous ?
Ce genre d’histoire donne forcément envie de retourner chaque bol de la vaisselle de grand-mère. Mais attention : l’immense majorité des bols bleus et blancs ne sont pas des porcelaines Ming. Les copies et les imitations sont innombrables, et seul un spécialiste peut se prononcer.
D’autres chineurs ont pourtant eu de belles surprises, comme cet homme qui a acheté une assiette 4,99 dollars avant de découvrir sa vraie valeur, ou ce bracelet payé 50 centimes qui a laissé un expert sans voix. Sans parler de cet œuf en or que personne ne voulait, qui s’est révélé être un Fabergé impérial.
Pour ne rien rater lors de votre prochaine sortie, nous avons aussi listé les objets à 2 euros qui peuvent cacher une fortune en vide-grenier. Et si un objet vous intrigue, faites comme l’acheteur du Connecticut : quelques photos et une demande d’estimation ne coûtent rien.