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Il achète un œuf en or 14 000 dollars dans un vide-grenier pour le fondre et personne n’en veut : c’est un Fabergé impérial estimé 33 millions

Publié par Hannah Maline le 27 Oct 2026 à 14:33

L’homme vit dans le Midwest américain, dans une maison modeste au bord d’une autoroute, à côté d’un Dunkin’ Donuts. Son métier : racheter des bijoux et des objets en or pour les revendre au poids à des fondeurs. Un jour, au début des années 2000, il repère sur un marché aux puces un petit œuf en or monté sur un trépied, avec des saphirs et des diamants. Il fait ses calculs, estime le métal et les pierres, et paie 14 000 dollars. Il compte le revendre vite, avec quelques centaines de dollars de marge. Il ne se doute pas qu’il vient de poser 33 millions de dollars sur le siège passager de sa voiture.

L’œuf dont personne ne veut

Le plan ne marche pas. Les acheteurs potentiels pèsent, grattent le métal pour tester l’or, et refusent : à leurs yeux, l’homme a surpayé. L’œuf ne vaut pas 14 000 dollars en matière première. Trop fier pour vendre à perte, il le garde. L’objet finit sur le plan de travail de sa cuisine, où il va rester des années, entre les cupcakes et le grille-pain.

Il a pourtant un détail sous les yeux. L’œuf s’ouvre en pressant un gros diamant sur sa façade. À l’intérieur, une petite montre de dame avec un cadran en émail blanc et des aiguilles serties de diamants. Sur le mécanisme, une inscription : Vacheron Constantin. Un nom qu’il ne connaît pas.

Deux mots tapés dans Google

En 2012, désespéré de rentrer dans ses frais, il tente une dernière chose. Il ouvre Google et tape « egg » et « Vacheron Constantin ». Le premier résultat est un article du Telegraph publié en août 2011. Titre : « Ce nid de 20 millions de livres est-il sur votre cheminée ? ». Dans l’article, une photo en noir et blanc tirée d’un catalogue de vente de 1964. Il reconnaît son œuf. Jusque dans les festons de roses en or et les trois saphirs du socle.

L’article raconte une enquête de collectionneurs. En 1887, le tsar Alexandre III a offert à son épouse, l’impératrice Maria Feodorovna, un œuf de Pâques créé par Carl Fabergé, le troisième d’une série de 50 œufs impériaux livrés jusqu’en 1916. Confisqué par les bolcheviks en 1917, transféré au Kremlin en 1922, l’œuf disparaît ensuite. Pendant des décennies, les spécialistes le confondent avec un autre. Ce n’est qu’en 2008 qu’une chercheuse, Annemiek Wintraecken, démontre que le troisième œuf de 1887 est en réalité perdu. En 2011, deux chercheurs américains, Vincent et Anna Palmade, retrouvent sa photo dans un catalogue de la maison Parke-Bernet à New York : en mars 1964, l’œuf a été vendu aux enchères 2 450 dollars, sans que personne ne sache ce qu’il était.

Le Telegraph cite Kieran McCarthy, expert Fabergé chez le joaillier londonien Wartski : « Celui qui a cette pièce n’a aucune idée de sa provenance ni de son importance. »

L’expert qui prend l’avion pour le Midwest

L’homme ne dort plus pendant plusieurs jours. Il prend un billet pour Londres et se présente chez Wartski, 14 Grafton Street, avec des photos. McCarthy racontera l’avoir su « instantanément ». Il compare la sensation à celle d’Indiana Jones trouvant l’Arche perdue. Il prend à son tour l’avion pour les États-Unis et vérifie l’œuf sur place, dans la cuisine. Ses dimensions, 8,2 centimètres de haut, la montre, le poinçon de l’atelier d’August Holmström, chef joaillier de Fabergé : tout concorde. L’homme grave le nom de McCarthy et la date sur le tabouret de bar où l’expert s’est assis pour examiner la pièce.

Wartski achète l’œuf pour le compte d’un collectionneur privé, pour une somme non divulguée que la presse estime à 33 millions de dollars, soit 20 millions de livres. Les rayures laissées par les fondeurs qui ont testé l’or sont restées : le nouveau propriétaire a estimé qu’elles faisaient partie de l’histoire de l’objet.

Quatre jours d’exposition, puis le silence

Du 14 au 17 avril 2014, Wartski expose l’œuf dans sa boutique de Mayfair. C’est la première fois qu’il est montré en public depuis une exposition à Saint-Pétersbourg en mars 1902. Des files d’attente se forment dans Grafton Street. L’œuf réapparaît une dernière fois au Victoria and Albert Museum de Londres, de novembre 2021 à mai 2022, avant de retourner dans une collection privée.

Sur les 50 œufs impériaux de Fabergé, huit étaient portés disparus avant cette découverte. Il en reste sept quelque part : dans un grenier, une vitrine d’antiquaire, ou sur le plan de travail d’une cuisine. Le vendeur du marché aux puces, lui, n’a jamais été identifié. L’histoire rappelle celle de cette famille new-yorkaise qui avait acheté un petit bol 3 dollars dans un vide-grenier avant que Sotheby’s ne l’adjuge 2,2 millions, ou de cet homme qui avait payé 4 dollars un tableau pour son cadre, avant de trouver derrière la toile un document valant des millions.

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