Elle pensait jeter un vieil objet sans valeur : il s’est avéré rarissime et estimé à 27 000 €
Elle l’avait rangée là “en attendant”. Comme on le fait tous. Un gros pot en grès, lourd, encombrant, pas très joli… Un vieil objet. Trop massif pour être déplacé facilement. Trop pratique pour être jeté tout de suite. Alors il est resté. Des années. Des décennies. Jusqu’au jour où, à 91 ans, sa propriétaire s’est dit qu’il était temps de faire de la place… et de le vendre pour quelques billets.
Ce qui s’est passé ensuite ressemble à une histoire de vide-grenier comme on en rêve, sauf que celle-ci est vraie. Et que le “vieux pot” cachait un détail capable d’affoler des collectionneurs dans plusieurs États américains.
Un objet trop lourd pour finir sur une table de vide-grenier
Holdrege, Nebraska. Une petite ville du centre des États-Unis. C’est là que Lois Jurgens, 91 ans, vivait tranquillement avec un objet qui prenait la poussière sur son porche arrière. Un énorme récipient en grès, si lourd qu’il fallait deux adultes pour le bouger.
À la maison, l’objet n’avait rien d’une star. Son mari, Dick, l’avait sorti du cabanon quand ils ont construit leur maison. Lois lui avait demandé une chose simple : poser une planche dessus, pour en faire une table près du barbecue. Et le pot a commencé sa seconde vie. Outils de grillade, bricoles, et même des réservoirs supplémentaires… tout y est passé.
Le temps a fait le reste. Le porche a vu défiler des étés, des hivers, des repas de famille. Et le pot est devenu invisible. Le genre d’objet qu’on contourne sans y penser. Jusqu’à l’été dernier, quand Lois a envisagé de le mettre en vente pour une somme dérisoire. Un prix de vingt dollars seulement était évoqué. Une affaire vite réglée. Sauf qu’il y avait un problème : il était trop lourd. Alors il est resté là, une fois de plus.
Et c’est souvent comme ça que les histoires basculent. Pas au moment où l’on “découvre” quelque chose. Mais au moment où l’on manque de s’en débarrasser.
Le détail bleu qui a fait tiquer l’expert
Quelques jours avant une vente spécialisée, Lois entend parler d’une enchère organisée par Bramer Auction & Realty. Elle appelle. Elle demande, presque timidement, si son “pot” peut être inclus. Le propriétaire, Ken Bramer, hésite. Les annonces sont déjà sorties. La date approche. Mais il finit par passer voir l’objet.
Et là, tout se joue sur des détails. Pas sur la taille impressionnante. Pas sur l’âge supposé. Sur ce que les collectionneurs traquent comme des détectives, espérant toujours dénicher une valeur cachée.
En tournant le pot, l’auctioneer repère une décoration au cobalt. Un motif papillon peint à la main. Et surtout, une chose qui le fait littéralement changer de visage : un double marquage “Red Wing, Minnesota”, un estampillage rare, presque “une fois dans une vie” pour un passionné.
Lois, elle, n’y croit pas vraiment. Elle espère cent dollars, grand maximum. Le genre de somme qui fait plaisir, sans plus. Bramer, lui, lâche une phrase qui sonne comme une promesse : elle va être surprise.
À ce stade, la scène est presque banale. Une vieille maison. Un porche. Un gros pot. Un expert qui “voit quelque chose”. Mais ce que peu de gens réalisent, c’est à quel point le marché des objets de collection fonctionne comme une chasse au trésor mondiale. Un tampon, une variation de motif, une taille inhabituelle… et le prix peut changer de planète. Le pot, lui, n’est plus un pot. Il devient une pièce de collection.
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Le 10 janvier, Ken Bramer est devant près de 300 personnes, au Phelps County 4-H building. Il commence à faire monter les enchères. Et très vite, le ton change. Les spectateurs filment. Les téléphones se lèvent. Les acheteurs sérieux entrent en scène.
Le scénario se tend comme un élastique. À 10 000 dollars, des gens lâchent. Puis il ne reste plus que les gros joueurs. Trois enchérisseurs au téléphone, venus de différents États, se battent pendant que la salle retient son souffle. À 19 000 dollars, même un acheteur présent au fond de la pièce finit par abandonner.
Et le détail le plus dingue, c’est celui-là : l’acheteur final, au Kansas, enchérissait au téléphone… en pleine chasse au faisan, “fusil sous le bras”.
Puis le marteau tombe : 32 000 dollars. Pour Lois Jurgens, qui pensait posséder une simple vaisselle ancienne, la réalité est un choc. Elle n’était pas là au moment précis : elle faisait du bénévolat à son église ce matin-là. Quand elle arrive plus tard, Bramer l’appelle devant tout le monde. Il lui demande ce qu’elle imagine. Elle répond : “J’espère 100 dollars.”
Sa réponse est devenue virale : “On a fait un peu mieux.” Puis il annonce les 32 000. Lois vacille. On l’aide à monter. Elle s’assoit à côté de l’objet. Et elle dira ensuite que ça ressemblait à un rêve. Au taux de conversion évoqué par plusieurs médias, cela représente environ 27 000 euros.
Pourquoi une jarre Red Wing déclenche des guerres d’enchères
Ce n’est pas “juste” une vieille poterie. C’est un ustensile utilitaire né dans une Amérique qui n’avait pas de frigo. Les grandes jarres en grès servaient à conserver la nourriture, à stocker, à fermenter. Une sorte de coffre-fort domestique. Le “Yeti cooler” de l’époque, comme l’a résumé un expert.
Dans cette histoire, plusieurs critères se cumulent. Et c’est cette accumulation qui fait grimper le prix. D’abord, la taille. Trente gallons. Environ 113 litres. C’est énorme. Et donc rare. Ensuite, la décoration au cobalt, appliquée à la main. Enfin, ce double marquage “Red Wing, Minnesota”, considéré comme très inhabituel.
Selon Larry Peterson, spécialiste cité par Cowboy State Daily, il n’y aurait que quatre ou cinq pièces comparables connues, et il évoque même l’existence d’un exemplaire abîmé. La rareté n’est donc pas un mot marketing. C’est une réalité de catalogue.
Et derrière, il y a un territoire : Red Wing, Minnesota. Une région où l’argile et l’industrie ont produit des millions de pièces… puis des icônes. La Red Wing Stoneware Company est citée comme active de 1877 à 1967 dans le récit de l’enchère. Le Minnesota Historical Society rappelle par exemple que la Red Wing Stoneware Company est organisée en 1877 et que l’industrie de l’argile y prend une ampleur majeure.
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Le plus fascinant, ce n’est pas seulement le montant. C’est le mécanisme. Lois Jurgens voulait se débarrasser d’un poids. Pas encaisser un jackpot. Elle le dit elle-même : à 91 ans, elle pensait surtout à éviter ce fardeau à ses enfants.
Et c’est là que cette histoire devient un miroir. Parce qu’elle parle de nos maisons pleines d’objets “sans valeur”… jusqu’à preuve du contraire. Elle rappelle aussi un truc simple : dans le monde des collectionneurs, la valeur est souvent invisible pour le propriétaire. Elle se cache dans un détail qu’on ne regarde jamais.
Un marquage. Une erreur. Une série. Une variation de motif. Une provenance. Et surtout, une rencontre avec la bonne personne. Sans l’œil de Ken Bramer, l’objet aurait peut-être fini à 20 dollars, au bout d’une allée, entre une tondeuse fatiguée et des chaises pliantes.
Il y a aussi une leçon plus rude : sur ce type de marché, les offres “cash tout de suite” peuvent être des pièges. Bramer raconte qu’un collectionneur a proposé 10 000 dollars en milieu de semaine pour récupérer la pièce immédiatement. Il a refusé, estimant que ce ne serait pas juste pour la vendeuse, puisque l’objet était déjà annoncé en vente. Autrement dit : l’urgence est rarement votre amie.
Que retenir ?
Cette grand-mère ne cherchait pas la fortune. Elle cherchait juste de l’espace. Et c’est précisément ce qui rend l’histoire folle : un objet ignoré pendant quarante ans, devenu star en quelques minutes, parce qu’un papillon bleu et un double tampon ont réveillé un marché entier.
La prochaine fois que vous hésiterez à jeter “ce truc qui traîne”, souvenez-vous de cette jarre Red Wing. Ce n’est pas un appel à tout garder. C’est un rappel : parfois, la différence entre l’encombrant et l’inestimable tient à un détail… que seul un œil averti saura lire.
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