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Déclaré mort par erreur par un CHU, cet habitant de Normandie ne peut plus se faire soigner

Publié par Gabrielle Nourry le 10 Juin 2026 à 18:03

Imaginez : vous vous présentez aux urgences après un accident du travail, et on vous annonce que vous êtes… mort. Officiellement mort, dans le système informatique de l’hôpital. C’est exactement ce qui est arrivé à Freddy, 49 ans, habitant du Pays de Caux en Seine-Maritime.

Depuis le 3 mai dernier, cet homme bien vivant se retrouve dans une situation kafkaïenne. Ses rendez-vous médicaux sont annulés les uns après les autres. Ses démarches administratives sont bloquées. Et le CHU de Rouen, à l’origine de l’erreur, tarde à corriger le tir.

Homme de 49 ans au visage frustré devant un hôpital

Un passage aux urgences qui vire au cauchemar

Tout commence en décembre 2025, quand Freddy est admis à l’hôpital de Rouen. Les médecins suspectent un infarctus. Finalement, fausse alerte : ce n’en était pas un.

Mais au moment de sa sortie, quelque chose déraille dans le système informatique. Sans que personne ne s’en aperçoive, Freddy est enregistré comme décédé. Une erreur hospitalière qui aurait pu être corrigée en quelques clics — si quelqu’un l’avait repérée à temps.

Sauf que personne ne l’a repérée. Pendant cinq mois, Freddy a continué sa vie sans savoir qu’il n’existait plus aux yeux du système de santé. Une bombe à retardement administrative qui attendait le pire moment pour exploser.

Le jour où Freddy découvre qu’il est « mort »

Le 3 mai, Freddy se blesse au travail. Rien de dramatique, mais il doit passer aux urgences. C’est là que tout bascule. L’accueil le regarde avec des yeux ronds : dans leur logiciel, il est décédé depuis décembre.

Accueil des urgences avec écran d'ordinateur et documents

« On pensait que c’était un infarctus, mais non, ce n’était pas le cas. Ils ont dû se tromper lorsque je suis sorti », a-t-il raconté à la radio Ici Normandie. Une explication simple pour une conséquence démesurée.

Ce qui aurait pu prêter à sourire est vite devenu un enfer. Freddy réalise que ses rendez-vous médicaux de mars et mai ont été purement et simplement annulés. Normal : on ne soigne pas un mort. Mais ce n’est pas tout.

Quand être « mort » vous bloque dans toutes vos démarches

Le problème dépasse largement le cadre médical. Quand vous êtes enregistré comme décédé dans un système hospitalier, c’est toute une chaîne administrative qui se grippe. Plus de suivi médical, plus de prise en charge, plus rien.

Pour Freddy, le quotidien est devenu un parcours du combattant. Chaque démarche de santé se heurte au même mur : « Patient décédé. » Ce type de bug administratif peut sembler absurde, mais ses conséquences sont bien réelles.

D’autres cas similaires ont déjà fait parler d’eux en France. Des personnes déclarées mortes par erreur se retrouvent incapables de toucher leur retraite, de renouveler leur carte vitale ou même de prouver qu’elles existent. Le retour parmi les vivants, administrativement, peut prendre des semaines voire des mois.

« Le service juridique du CHU m’a pris de haut »

Face à cette situation, Freddy a tenté de faire corriger l’erreur. Il a contacté le CHU de Rouen, espérant une résolution rapide. Après tout, il s’agit d’une simple modification dans un logiciel. Mais la réponse qu’il a reçue l’a laissé amer.

« C’est une erreur, ça arrive, mais ce qui n’est pas normal, c’est que l’erreur continue et en plus le service juridique du CHU m’a pris de haut », a-t-il témoigné. Un ton condescendant difficile à encaisser quand on est la victime d’un dysfonctionnement aussi grave.

Homme seul dans un couloir administratif tenant des papiers

Le quadragénaire regrette surtout le manque d’information. Personne ne l’a prévenu de l’erreur en décembre. Personne ne l’a rappelé quand ses rendez-vous ont été annulés. Il a fallu qu’il se présente lui-même aux urgences pour découvrir qu’il était censé être six pieds sous terre.

Ce manque de communication rappelle d’autres affaires où des patients ont subi les conséquences d’erreurs médicales sans en être informés dans des délais raisonnables. Et quand l’hôpital finit par répondre, c’est parfois avec une froideur qui ajoute l’insulte à l’injure.

La réponse du CHU de Rouen : des « corrections » apportées

Contacté par Ici Normandie, le CHU de Rouen a fini par réagir. L’établissement a indiqué que « la direction de la patientèle et des affaires juridiques du CHU a été alertée du problème informatique rencontré par ce patient ». Des corrections auraient été apportées dans les logiciels.

Un « problème informatique ». C’est ainsi que l’hôpital qualifie le fait d’avoir déclaré un patient vivant comme décédé pendant cinq mois. Une formulation qui minimise l’impact concret sur la vie de Freddy — ses soins reportés, ses démarches bloquées, son stress quotidien.

Reste à savoir si ces corrections suffiront à débloquer totalement la situation. Car dans le système de santé français, les bases de données communiquent entre elles. Un statut « décédé » dans un hôpital peut se propager à la Sécurité sociale, aux mutuelles et à d’autres organismes. Le retour à la vie administrative est parfois plus compliqué qu’on ne l’imagine.

Un cas loin d’être isolé en France

L’histoire de Freddy est sidérante, mais elle n’est pas unique. En France, des dizaines de personnes sont déclarées mortes par erreur chaque année. Un bug informatique, une case mal cochée, un homonyme décédé : les causes sont multiples.

À chaque fois, le scénario se répète. La personne découvre le problème par hasard, se heurte à une administration lente, et doit parfois engager des recours juridiques pour prouver qu’elle est bien vivante. Un comble absolu.

Pour Freddy, la priorité est désormais de retrouver un accès normal aux soins. À 49 ans, avec un suivi médical interrompu depuis des mois, chaque semaine perdue compte. L’erreur est humaine — mais la lenteur à la corriger, elle, est purement administrative.

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