En 1979, la NASA laisse retomber sa station Skylab sur une commune australienne : elle lui colle 400 dollars d’amende pour dépôt d’ordures, réglés 30 ans plus tard
Le 11 juillet 1979, la NASA n’a plus le choix. Skylab, sa première station spatiale, lancée le 14 mai 1973 et abandonnée depuis des années, perd de l’altitude plus vite que prévu. Impossible de la remonter. Il ne reste qu’à la laisser retomber en espérant qu’elle se désintègre au-dessus de l’océan. Les ingénieurs visent l’océan Indien, loin de tout. Ils vont rater, et un petit comté d’Australie va leur envoyer la facture.

77 tonnes qui tombent, et le monde qui parie
Skylab pèse environ 77 tonnes. Son retour est annoncé depuis des mois, et la planète en fait un feuilleton : les journaux télévisés en parlent chaque soir, des produits dérivés se vendent, et des paris sont ouverts sur la date et le lieu de la chute. Le président Jimmy Carter prépare ses excuses au cas où.
La NASA envoie l’ordre de mise en rotation et prévoit une désintégration au-dessus de l’océan Indien, au sud-est du cap de Bonne-Espérance. Mais la station met un peu plus de temps que calculé à se briser. Les morceaux qui survivent à la rentrée poursuivent leur course vers l’est, traversent la côte et retombent sur le sud de l’Australie-Occidentale, autour de la petite ville d’Esperance et le long de la route de Balladonia. Personne n’est blessé. Des habitants ramassent des réservoirs, des panneaux, des morceaux de tôle marqués « Skylab ».
La contravention la plus célèbre de l’histoire spatiale
Quand une équipe de la NASA arrive sur place pour inspecter les dégâts et récupérer des débris, le président du comté d’Esperance a préparé l’accueil. Au cours d’une cérémonie montée pour l’occasion, un agent du service des parcs remet aux Américains une contravention en bonne et due forme : 400 dollars australiens pour dépôt d’ordures sur la voie publique, les pièces à conviction étant éparpillées dans toute la campagne. Un représentant de la NASA, J. M. Jones, raconte la scène dans le bulletin interne de l’agence la même année.
La NASA rit, remercie, et ne paie jamais. La contravention reste dans les tiroirs du comté comme une bonne histoire à raconter aux visiteurs. Le Guinness la recense depuis comme la première amende pour dépôt d’ordures venu de l’espace.
Trente ans plus tard, un animateur radio sort son chéquier
En 2009, à l’approche du trentième anniversaire de la chute, Scott Barley, animateur de la matinale de Highway Radio, une station qui émet entre la Californie et le Nevada, tombe sur l’histoire. Il appelle le comté d’Esperance en direct : le maire lui répond que le PV a été passé en pertes il y a des années. Barley décide de le payer quand même. Il demande à ses auditeurs de se cotiser, réunit les 400 dollars et envoie un chèque géant au nom de la NASA.
Le comté encaisse le chèque, en dollars américains, sans réclamer trente ans d’intérêts. La ville de Barstow, en Californie, proclame le 13 juillet 2009 « journée du comté d’Esperance et de Skylab », et Barley reçoit les clés de la ville. L’amende la plus connue de l’histoire spatiale est enfin soldée, par quelqu’un qui n’y était pour rien.
L’après : un musée, un panneau et des pièces dans le bush
Aujourd’hui, le musée d’Esperance conserve les plus gros débris de Skylab : un réservoir d’oxygène, des morceaux de l’écoutille, des fragments de tôle. Au-dessus des pièces trône la copie du chèque, avec un tampon « payé intégralement ». À l’entrée, un panneau résume l’affaire en trois phrases : en 1979 un vaisseau spatial s’est écrasé sur Esperance, nous leur avons mis 400 dollars d’amende pour dépôt d’ordures, et elle a été payée. D’autres morceaux sont exposés à Balladonia, sur la route, et jusqu’au musée de l’espace de Huntsville, aux États-Unis.
Les retombées spatiales ne finissent pas toutes aussi gaiement : les débris d’une fusée chinoise ont tenu le monde en haleine en retombant vers la Terre, et un météore a fait trembler des maisons entières en traversant le ciel américain. Et côté factures qui traînent, Centralia, la ville de Pennsylvanie qui brûle sous terre depuis 1962, en sait quelque chose.