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42 ans de service à La Poste, viré pour avoir monté les colis aux étages : l’histoire de Jean-Daniel est bouleversante

Publié par Mathieu le 09 Juin 2026 à 15:42
Facteur en uniforme tenant un colis dans un escalier d'immeuble

Un facteur modèle, 42 ans de carrière, bientôt 60 ans. Et un licenciement sec pour avoir rendu service. Jean-Daniel, postier en Suisse, a été remercié par La Poste pour une raison qui laisse sans voix : il montait les colis aux étages au lieu de les laisser dans le hall. Son syndicat dénonce un renvoi abusif et promet de porter l’affaire devant les prud’hommes.

Un facteur qui refusait de laisser les colis dans les halls

L’histoire commence dans le canton de Vaud, en Suisse. Jean-Daniel est facteur depuis 42 ans. Presque une vie entière passée à arpenter les mêmes rues, les mêmes immeubles, à connaître chaque boîte aux lettres par cœur. Un métier qu’il exerçait avec une conviction simple : le courrier et les colis doivent arriver jusqu’au destinataire, pas rester à la merci du premier venu.

Car c’est bien là le problème. Dans plusieurs résidences de son secteur, les vols de colis dans les halls d’immeubles s’étaient multipliés. Jean-Daniel le savait, ses clients le lui disaient. Alors il a pris une décision : continuer de monter les paquets aux étages, directement devant la porte des habitants.

Sauf que sa direction avait donné une consigne claire : les facteurs ne doivent plus monter. Trop long, trop coûteux, pas dans le protocole. Jean-Daniel a choisi d’ignorer cette directive. Pas par provocation. Par conscience professionnelle. Et c’est précisément ce qui lui a coûté sa place.

Licencié en février dernier, son contrat a officiellement pris fin le 31 mai. Quarante-deux ans de service effacés d’un trait de plume. Le quotidien suisse 24 heures a recueilli son témoignage, et depuis, l’affaire fait du bruit bien au-delà de Vevey.

Derrière le licenciement, un malaise bien plus profond à La Poste

Si l’histoire de Jean-Daniel touche autant, c’est qu’elle cristallise un problème que des milliers de facteurs vivent au quotidien. La Poste suisse, comme beaucoup de services publics, traverse une mutation profonde. Le volume de courrier traditionnel chute année après année. En parallèle, les colis explosent, portés par le commerce en ligne.

Résultat : les tournées s’allongent, les effectifs stagnent, et la pression monte. Jean-Daniel ne s’était d’ailleurs pas contenté de monter des colis. Il avait aussi contesté publiquement une réorganisation locale qu’il jugeait néfaste pour ses collègues. Très engagé syndicalement, il n’hésitait pas à prendre la parole.

C’est justement ce point qui interroge. La Poste affirme que le licenciement n’a aucun lien avec son engagement syndical. L’entreprise refuse de commenter ce cas individuel, mais défend ses directives internes comme nécessaires pour garantir un service fiable face à l’évolution des volumes et aux contraintes de sécurité.

Un discours rodé. Sauf que du côté des salariés, on entend une tout autre musique. Jean-Daniel incarnait un modèle de facteur à l’ancienne, celui qui connaît les habitants, qui prend le temps, qui rend un vrai service. Un modèle que la logique de productivité est en train d’écraser. Et ça, beaucoup de gens ne le digèrent pas.

Colis posé au sol dans le hall d'un immeuble résidentiel

Le syndicat Syndicom exige sa réintégration et prépare les prud’hommes

Face à ce licenciement, le syndicat Syndicom n’a pas tardé à réagir. L’organisation a qualifié le renvoi de Jean-Daniel d’« injustifié et abusif ». Elle salue le parcours exemplaire du postier et exige sa réintégration immédiate au sein de La Poste suisse.

Syndicom ne compte pas en rester aux déclarations. L’affaire sera portée devant le tribunal de prud’hommes. Le syndicat entend démontrer que le licenciement est disproportionné au regard des faits reprochés, et que l’activisme syndical de Jean-Daniel a pesé dans la balance, malgré les dénégations de l’employeur.

L’affaire dépasse le cas personnel. Elle pose une question qui résonne aussi de ce côté-ci de la frontière : que reste-t-il du service public quand on sanctionne ceux qui en font trop ? Quand un facteur est viré non pas pour avoir mal travaillé, mais pour avoir trop bien travaillé ?

Jean-Daniel, lui, n’a aucun regret. À bientôt 60 ans, il assume chaque colis monté, chaque escalier gravi. Il dit avoir agi pour ses clients, pour éviter les vols, pour maintenir un lien humain que les protocoles ne remplaceront jamais.

Quarante-deux ans à monter des escaliers pour les autres, et c’est La Poste qui descend le rideau. L’affaire Jean-Daniel n’est peut-être que la partie visible d’un malaise qui couve dans tous les services publics d’Europe. Et vous, vous accepteriez qu’on punisse quelqu’un pour avoir fait son métier avec cœur ?

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