Ketchup : en 1834, on le vendait en pilules à la pharmacie contre la diarrhée
Tu le squirtes sur tes frites sans y penser. Pourtant, ce flacon rouge a eu plusieurs vies, et l’une d’elles se passait dans la boîte à pharmacie.
Au XIXe siècle, des Américains avalaient du ketchup en pilules pour soigner leur estomac. Et ce n’est même pas le détail le plus bizarre de l’histoire.
Un ketchup sans tomate, et avec du poisson
Premier choc : à l’origine, le ketchup n’a rien à voir avec la tomate. Son nom vient d’un mot chinois, « ke-tsiap », qui désigne une saumure de poisson d’après l’Oxford English Dictionary. C’est donc une sauce de poisson fermenté.
Elle a voyagé en Asie du Sud-Est, puis jusqu’aux ports européens. Les Britanniques, intrigués, ont tenté de la reproduire chez eux. Le goût intense de cette sauce servait un peu comme le soja aujourd’hui.

La première recette publiée de ketchup à la tomate date de 1812. Elle est signée James Mease, qui appelait encore les tomates des « pommes d’amour ». Dans sa version : de la pulpe, des épices et du brandy, mais ni vinaigre ni sucre.
La tomate avait donc enfin son ketchup. Mais c’est un médecin qui allait lui donner un rôle totalement inattendu.
Le docteur qui a transformé une sauce en médicament
En 1834, un médecin américain, John Cooke Bennett, se met à vanter la tomate comme un remède. Il la recommandait contre la diarrhée, l’indigestion ou la jaunisse. À l’époque, la tomate fraîche n’avait pas bonne réputation, et lui renversait le discours.
Pour faciliter la prise, il publie des recettes de « ketchup de tomate » concentré. L’idée était simple : la sauce se transforme en remède.
Le produit passe ensuite en pharmacie. Bennett s’associe à Archibald Miles, un marchand de Cleveland, pour vendre des « pilules d’extrait de tomate ». Miles n’était pas médecin du tout.

Ses publicités vantaient pourtant des guérisons bien plus ambitieuses, jusqu’à la syphilis. Les pilules deviennent une petite sensation dans le pays.
Mais un tel succès attire forcément du monde. Et c’est là que l’histoire tourne mal.
Quand les copies ont tué la mode
Les pilules de tomate ont vite été imitées. Des produits de moindre qualité ont inondé le marché, et la tendance s’est essoufflée. Selon certains récits, des pharmaciens peu scrupuleux y auraient même glissé de puissants laxatifs, pour donner l’impression que le remède « marchait ».
Les pilules disparaissent. Mais les gens, eux, avaient pris goût à la sauce de tomate.
Si cette histoire de médicament détourné te plaît, un autre grand nom de la boisson a connu le même destin : Coca-Cola vendu contre les maux de tête a aussi commencé derrière un comptoir de pharmacie.
Reste une question : qui a fait de cette sauce un produit de supermarché ?
Le roi qui a donné sa forme moderne au ketchup
C’est Henry Heinz qui a posé les bases du ketchup actuel. En 1876, il lance sa version, avec des tomates mûres et plus de vinaigre que ses concurrents.
Au départ, la sauce était étiquetée « catsup », le terme anglais ancien. Heinz l’a vite rebaptisée « Heinz Tomato Ketchup » pour se distinguer des autres. Le mot « ketchup » s’est imposé grâce à cette bataille d’étiquettes.
Autre détail : à l’époque, certains fabricants utilisaient des conservateurs chimiques, une polémique autour du benzoate de soude. Heinz a misé sur des tomates mûres, riches en pectine naturelle, et sur plus de vinaigre pour éviter que la sauce ne tourne. Son ketchup sans conservateur a fini par dominer le marché.
Ce genre de marque devenue le nom du produit est un classique. Tu en trouveras d’autres dans ces mots du quotidien qui étaient des marques.
Le twist : le ketchup d’hier n’était pas celui d’aujourd’hui
Heinz vendait aussi plusieurs « grades » de sauce à la fin du XIXe siècle. Son haut de gamme, dans la fameuse bouteille octogonale, portait l’étiquette « ketchup ». Les qualités standard étaient vendues sous le nom de « catsup ».
Autrement dit, la même sauce pouvait changer de nom selon sa qualité. Une stratégie d’étiquette bien pensée.
Comme pour le nom inventé de Häagen-Dazs, tout est une affaire de marketing. De la même manière, le chewing-gum Wrigley’s et la Guinness ont des passés tout aussi fous.
Voilà : la prochaine fois que quelqu’un te tend le flacon, tu pourras lui dire que ce truc a été une pilule, une sauce de poisson, puis une star de burger. Raconte ça à un pote, il va halluciner.
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