Elle camouflait ses fautes de frappe à la peinture blanche : le secret a valu 47,5 M$
Chaque fois que tu as effacé une faute avec un petit flacon blanc à pinceau, tu as utilisé l’idée d’une secrétaire texane qui n’osait pas avouer son astuce. Elle l’a gardée secrète pendant des années.
Quand elle a fini par la dévoiler, ça lui a coûté son emploi. Et ça l’a rendue riche.
Une secrétaire, une machine capricieuse et un pot de peinture
Bette Clair McMurray naît à Dallas en 1924. À 17 ans, elle quitte le lycée et postule comme secrétaire, alors qu’elle ne sait pas taper à la machine. Elle est embauchée quand même, puis envoyée se former.
Elle se retrouve ensuite à élever seule son fils Michael après son divorce. En 1951, elle est secrétaire de direction à la Texas Bank and Trust, devant une machine à écrire électrique IBM. Le problème : sur cette machine, la moindre erreur obligeait à retaper des pages entières.

La solution est venue d’un petit boulot à côté. Elle peignait la vitrine de Noël de la banque pour gagner un peu d’argent, et a remarqué qu’on pouvait repeindre par-dessus une erreur. Le déclic était là.
Et si la même logique marchait sur une feuille tapée à la machine ? La suite ressemble à de la cuisine, au sens propre.
Le blender de la cuisine et le secret de cinq ans
Bette mélange de la peinture blanche à l’eau, de type tempera, pour qu’elle colle à la couleur du papier à lettres de son bureau. Elle l’applique avec un petit pinceau d’aquarelle. Ça marche si bien que ses fautes disparaissent.
Mais elle a un scrupule : cela pouvait passer pour de la triche. « J’ai essayé de garder ça secret », a-t-elle raconté, et elle l’a fait pendant cinq ans.
Les collègues finissent par repérer l’astuce. Une douzaine d’entre elles en réclament. Bette colle une étiquette et baptise le produit « Mistake Out », littéralement « erreur dehors ».

La production se fait chez elle. Elle mixe la préparation dans le blender de la cuisine. Puis elle la verse dans des flacons de vernis à ongles vides, et même dans des bouteilles de ketchup et de moutarde.
Son fils Michael et ses copains sont embauchés dans le garage pour remplir les bouteilles, payés 1 dollar de l’heure. Ce nom de Michael va revenir, et pas pour une bonne raison de plus : il vaut le détour.
La faute qui a changé sa vie
En 1957, elle vend environ 100 flacons par mois. Ces ventes sont ensuite multipliées par cinq après un article dans un magazine de bureau, et General Electric passe une grosse commande. Dans la cuisine, on est déjà dépassé.
Puis arrive la chute, et elle est presque trop belle. En 1958, Bette est virée de la banque pour avoir signé un courrier « The Mistake Out Company ». Elle s’est trompée de signature, en pleine activité de correctrice.
Une faute de frappe de plus, et sa vie bascule. Libérée de son poste, elle peut se consacrer à son affaire à plein temps.
Elle rebaptise l’entreprise Liquid Paper et dépose un brevet et une marque. Un détail rarement raconté : elle avait d’abord voulu breveter son produit sous le nom Mistake Out, mais n’avait pas pu payer les 400 dollars de frais.
Mais le plus fou reste les chiffres, qui arrivent juste après.
De 100 flacons à 25 millions par an
La croissance est vertigineuse. En 1968, l’usine automatisée de Dallas produit 10 000 flacons par jour, et l’entreprise atteindra jusqu’à 25 millions de flacons par an. Pour une secrétaire sans diplôme, c’est un changement d’échelle.
Elle impose aussi ses idées. Le siège de Liquid Paper comptait une crèche et une bibliothèque, et les employés avaient leur mot à dire sur les décisions. On est en 1968, et ce n’était pas la norme.
En 1979, elle cède l’ensemble à Gillette. Le prix : au moins 47,5 millions de dollars. Son passage dans l’entreprise n’a pas été simple pour autant : un de ses maris a tenté de l’écarter de sa propre société, et elle a dû reprendre le contrôle malgré sa santé fragile.
Elle meurt l’année suivante, en 1980, à 56 ans. Son argent finance deux fondations, l’une pour les femmes dans les arts, l’autre pour les femmes dans les affaires. Elle s’est aussi offert une Rolls-Royce.
Reste un dernier détail, celui que tout le monde oublie quand on parle de ce petit flacon.
Le bonus : le gamin du garage est devenu une star
Le Michael qui remplissait les flacons, c’est Michael Nesmith, futur guitariste des Monkees, le groupe monté pour une série télé américaine. Il s’est présenté à l’audition après avoir vu l’annonce dans un magazine professionnel.
À sa mort, c’est lui qui a repris les fondations de sa mère. Ainsi, le blanc correcteur de ton enfance a financé, indirectement, une partie de l’histoire de la pop.
La prochaine fois qu’un collègue râle devant une faute, tu sais quoi lui raconter. Tu peux aussi continuer avec l’inventeur du surligneur qui voulait lui aussi effacer ses erreurs, ou avec ces inventions nées d’une bourde totale. Autre accident culte : le Cornetto, dont l’histoire est moins connue. Et si les histoires de grands succès t’amusent, voici celui qui a lancé le Frisbee sans toucher un centime, ou le roi des Doritos enterré avec un sachet.
Pour finir, une autre invention qui a mal tourné pour son créateur : le Slinky et son inventeur parti en Bolivie.