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Tati à Barbès : ce magasin au vichy rose qui attirait 35 millions de clients par an a disparu

Publié par Elsa Fanjul le 29 Sep 2026 à 18:03

En 1948, un homme ouvre une échoppe de 50 mètres carrés à Barbès. Personne n’imagine encore qu’elle deviendra, quarante ans plus tard, l’une des adresses les plus visitées de tout Paris.

Vichy rose et blanc, prix cassés, ambiance de souk : le magasin Tati va incarner à lui seul toute une époque de la France populaire. Avant de disparaître presque sans bruit.

Un homme, une échoppe, un franc symbole

Jules Ouaki, un Juif tunisien venu d’un autre quartier populaire, la Goulette de Tunis, ouvre en 1948 ce qui va devenir le temple du textile bon marché, au numéro 2 du boulevard Rochechouart, en face du métro aérien.

Le local ne fait que 50 mètres carrés. Là, dans une ambiance de souk, vêtements déstockés, culottes, collants à 1 franc, linge de maison, casseroles sont vendus à prix cassés, pile ce dont a besoin une population sortant tout juste de la guerre.

Le nom du magasin, lui, cache une petite tendresse familiale. Selon les archives de la marque, Tati est une anagramme du surnom donné à la mère du fondateur, Tita.

Petite échoppe Tati à Barbès en 1948 avec vichy rose

Avec son slogan « Tati, les plus bas prix » et son logo vichy rose et blanc, l’enseigne ne va pas rester un simple bazar de quartier bien longtemps. Elle va littéralement engloutir la rue.

L’âge d’or : quand tout Barbès tenait dans les bacs à fouille

Dans les années 1970, le petit local de 1948 a disparu. À sa place, une grande surface de 3 000 mètres carrés où se pressent chaque jour 40 000 clients.

Le magasin a colonisé les immeubles voisins, souvent d’anciens hôtels de passe, pour continuer à grandir. Jules Ouaki ne veut pas être qu’un pionnier du discount : son ambition est de devenir les Galeries Lafayette du pauvre.

Le pari fonctionne au-delà de toute espérance. Dans les années 80, Tati attire jusqu’à 35 millions de visiteurs par an, plus qu’un monument parisien. L’enseigne figure même dans les guides touristiques japonais.

Clients fouillant dans les bacs du magasin Tati dans les années 80

Deux autres Tati parisiens ouvrent alors, place de la République et rue de Rennes. C’est devant les vitrines de ce dernier que survient, un soir de septembre 1986, un des drames les plus sombres de l’histoire de l’enseigne.

Le 17 septembre 1986, un attentat à la bombe fera 7 morts et 55 blessés devant ce magasin de la rue de Rennes. L’enseigne, elle, continue pourtant de grandir : dix magasins en province, cinq outre-mer, et même des boutiques jusqu’à Dubaï.

Le déclin : quand les grandes enseignes ont piqué la place

Le sommet ne dure pas éternellement. Dès le milieu des années 1990, l’enseigne se retrouve face à des concurrents qu’elle n’avait pas vus venir : les géants de la fast-fashion comme H&M ou Zara, capables de casser les prix tout en restant tendance.

Tati encaisse le choc mais ne se relève jamais totalement. En 2004, l’entreprise est reprise par le groupe Éram, qui tente de recentrer l’enseigne sur la mode.

Rien n’y fait vraiment. Le groupe reste durablement déficitaire et change encore de mains en 2017, cette fois au profit du groupe Philippe Ginestet, propriétaire de Gifi.

Le coup de grâce arrive avec la crise sanitaire. Entre le 1er octobre 2019 et le 31 mai 2020, le magasin historique de Barbès accuse une chute vertigineuse de ses ventes de 60% par rapport à l’année précédente.

En juillet 2020, la direction annonce l’impensable : la fermeture du magasin historique du boulevard Barbès, malgré 150 millions d’euros investis dans l’enseigne, deux fois plus que ce qui était prévu au départ. Les clients, eux, ne sont simplement jamais revenus.

Que reste-t-il aujourd’hui du temple du vichy rose ?

Sur les 109 magasins et 1 428 salariés repris à l’époque par le groupe GPG, une grande partie a tout simplement basculé sous l’enseigne Gifi. Dix-huit boutiques Tati ont même été cédées à une autre chaîne, Klo.

Le bâtiment historique de Barbès, lui, a définitivement fermé ses portes en septembre 2021. Mais son destin est presque plus étonnant que son âge d’or.

Le groupe belge Immobel a racheté l’immeuble pour y créer 35 logements, tout en préservant 84% des façades existantes de ce bâtiment haussmannien classé. L’ancien temple du discount devient un lieu où l’on habite, plus où l’on fait ses courses.

Quant au nom « Tati », il n’a pas totalement disparu des radars. En 2022, la marque subsistait encore via un site de vente en ligne, dernière trace numérique d’une aventure commencée dans 50 mètres carrés soixante-quatorze ans plus tôt.

Le vichy rose et blanc, symbole immédiatement reconnaissable par des générations entières, ne flotte donc plus sur aucune façade parisienne. Et dans trente ans, difficile de savoir quelle enseigne d’aujourd’hui provoquera la même nostalgie.

Cette histoire de transformation spectaculaire n’est pas isolée : le tout premier supermarché Carrefour de 1963 a lui aussi effrayé puis conquis la France avant de muter du tout au tout. D’autres commerces populaires ont suivi le même chemin, comme ces jouets que 80% des Français de plus de 50 ans ont connus et qui ont totalement disparu des rayons.

Le téléphone fixe, lui aussi, a connu une trajectoire tout aussi vertigineuse : découvrez le passé de ce boîtier que 90% des Français ont connu.

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