En 2004, son mari meurt et elle devient la seule habitante de son village : depuis, elle est maire, barmaid et bibliothécaire, et se délivre elle-même sa licence
Un village avec une mairie, un bar, une bibliothèque… et une seule habitante. Aux États-Unis, une femme de plus de 90 ans fait vivre à elle seule une commune entière. Elle signe ses propres autorisations, tient le bar six jours sur sept et accueille des visiteurs venus du monde entier. Le Guinness World Records l’a même officiellement reconnu.

Un village perdu au milieu du Nebraska
Monowi est un minuscule village situé dans le nord-est du Nebraska, au cœur des grandes plaines américaines. Il s’étend sur à peine plus d’un demi-kilomètre carré, entre deux rivières, la Niobrara et le Missouri. La localité la plus proche, Lynch, se trouve à une dizaine de kilomètres.
Son nom viendrait, selon la tradition, d’un mot amérindien signifiant « fleur », en référence aux fleurs sauvages qui poussaient à l’emplacement d’origine.
Selon le Guinness World Records, Monowi détient aujourd’hui un titre bien particulier : celui de la ville la moins peuplée du monde. Avec une seule habitante.
Un village né avec le chemin de fer
Monowi n’a pourtant pas toujours été désert. Le village est fondé en 1902, avec l’arrivée du chemin de fer dans la région. Un bureau de poste ouvre la même année.
Dans les années 1930, le village compte environ 150 habitants, selon Wikipédia. Mais comme beaucoup de communes rurales américaines, il se vide peu à peu. Les jeunes partent chercher du travail ailleurs, les commerces ferment.
Les chiffres du recensement américain racontent ce lent déclin. 123 habitants en 1930, 67 en 1950, 16 en 1970, 6 en 1990. En 2000, il n’en reste plus que deux : Elsie Eiler et son mari, Rudy. Le bureau de poste, lui, a fermé en 1967.
Détail amusant : lors du recensement de 2020, les statistiques officielles ont affiché deux habitants. Selon Wikipédia, il s’agissait en réalité d’un effet des techniques de protection de la vie privée appliquées aux données. Elsie Eiler reste bien la seule habitante.
Un couple qui choisit de rester
Elsie Eiler est née le 11 octobre 1933, dans le Nebraska. Elle a grandi dans la région, avec cinq frères et sœurs. C’est à l’école du village, une école à classe unique, qu’elle rencontre Rudy. Ils se marient en 1954.
Après avoir brièvement quitté la région, le couple revient s’installer à Monowi. En 1971, il rachète le bar du village, la Monowi Tavern. Pendant des décennies, Elsie et Rudy le font tourner, tandis que les autres habitants s’en vont un à un.
Nous vous avions raconté l’histoire d’Irina, qui a quitté sa famille à 15 ans pour s’installer dans un village abandonné d’Espagne. À Monowi, l’histoire est inverse : c’est le village qui s’est vidé autour d’Elsie.
2004 : la dernière habitante
En janvier 2004, Rudy meurt. Elsie Eiler devient alors la seule et unique habitante de Monowi. Et elle n’a aucune intention de partir.
Elle reprend même le poste qu’occupait son mari : celui de maire du village. Depuis, elle occupe à elle seule toutes les fonctions municipales. Selon le Guinness World Records, elle est à la fois maire, secrétaire de mairie, trésorière, gérante du bar et bibliothécaire en chef.
Elle se délivre sa propre licence
Cette situation donne lieu à des scènes administratives étonnantes. Pour que le bar puisse continuer à servir de l’alcool, il lui faut une licence, renouvelée chaque année. Et c’est la mairie qui la délivre.
Résultat : chaque année, Elsie Eiler, en tant que maire, signe elle-même la licence d’Elsie Eiler, gérante du bar. Selon Wikipédia, elle remplit aussi les déclarations fiscales du village, y compris les siennes.
Le Guinness World Records précise qu’elle gère également le budget de la commune. Elle s’occupe des trois seuls bâtiments encore en activité : sa maison, le bar et la bibliothèque.
La bibliothèque de Rudy
Car Monowi possède aussi une bibliothèque. Rudy était un grand lecteur, et il a laissé derrière lui des milliers de livres. Après sa mort, Elsie décide d’ouvrir une petite bibliothèque en sa mémoire : la Rudy’s Library.
Selon le Guinness World Records, elle compte environ 5 000 ouvrages. Des amis et des voisins des villages alentour viennent régulièrement y emprunter des livres.
Un bar ouvert six jours sur sept
Le cœur du village, c’est la Monowi Tavern. Selon le Guinness World Records, Elsie Eiler y travaille 12 heures par jour, six jours par semaine. Elle y sert du café, des boissons et des repas aux agriculteurs du coin, à ses amis et aux curieux.
Les prix ont de quoi faire rêver : selon la même source, la bière y était vendue 2 dollars, et le burger 3,50 dollars.
« Le bar, c’est la ville, et la ville, c’est moi », résume-t-elle.
Des visiteurs du monde entier
Son histoire a fait le tour du monde. Elsie Eiler affirme avoir reçu des visiteurs venus des 50 États américains et de plus de 60 pays. Des chaînes de télévision américaines lui ont consacré des reportages, et des marques ont même tourné des publicités dans son village.
Elle reste pourtant très modeste face à cette célébrité. « Ça ne m’impressionne pas, je ne vois pas où est le problème », confie-t-elle au Guinness World Records. Elle apprécie surtout que cette attention montre aux gens qu’il y a « autre chose au Nebraska que l’autoroute I-80 qui traverse l’État tout plat ».
« Je suis trop coriace pour mourir »
Pour elle, il n’a jamais été question de partir. Monowi, c’est sa maison, et tous ses amis vivent dans les environs. En 2021, ses arrière-petits-enfants et les habitants des alentours lui ont même organisé une fête pour ses 50 ans à la tête du bar.
Elle sait pourtant qu’un jour, il faudra passer la main. « Si je me laisse aller à y penser, je suis triste à l’idée que le moment viendra où je ne pourrai plus être là », reconnaît-elle. Elle aimerait que le village continue d’exister, et ne devienne pas « un énième tas de bâtiments délabrés au bord de la route ».
Mais elle a aussi une réponse toute trouvée : « Comme Monowi, je suis trop coriace pour mourir. »
Ces vies hors du commun
L’histoire d’Elsie Eiler rejoint celle de ces personnes qui ont choisi une vie à part. Comme cet ingénieur américain qui vit depuis 25 ans dans un Boeing 727 au milieu d’une forêt, ou ce paysan japonais qui refuse de quitter sa ferme plantée au milieu de l’aéroport de Narita.
En Europe aussi, certains villages se vident. En Espagne, l’un d’eux offre même une maison gratuite à qui ose venir s’y installer. Et en France, ce village fantôme visible depuis la nationale intrigue les automobilistes depuis 40 ans.