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Pourquoi le maire porte son écharpe tricolore : le sens du bleu cache une règle précise

Publié par Hannah Maline le 20 Oct 2026 à 16:01

Mariage, 14-Juillet, commémoration du 11-Novembre : le maire arrive toujours avec le même accessoire en travers du buste. Une écharpe bleu, blanc, rouge, avec des glands dorés au bout.

On la voit tellement qu’on ne la regarde plus. Mais pourquoi cette écharpe, pourquoi ces franges, et pourquoi le bleu se retrouve-t-il toujours du même côté ? La réponse remonte à la Révolution.

La réponse que tu devines déjà (mais elle est incomplète)

Première évidence : l’écharpe sert à dire « je représente l’autorité ». Elle est le signe distinctif du maire quand il agit au nom de l’État, pas comme simple habitant de la commune.

C’est d’ailleurs exactement ce que dit le ministère de l’Intérieur : elle traduit l’autorité de l’État conférée aux élus, en leur qualité d’officier d’état civil et d’officier de police judiciaire.

Voilà pourquoi tu la vois à un mariage, où le maire agit comme officier d’état civil. Mais pourquoi un tissu, et pas un chapeau, une médaille ou une robe ? Pour le savoir, il faut remonter à la naissance des communes.

Maire souriant avec son écharpe tricolore devant la mairie

1790 : quand la France invente ses maires

Les communes naissent en 1790, et avec elles leurs élus. Le décret de l’Assemblée nationale du 20 mars 1790 prévoit que les officiers municipaux en fonction portent une écharpe aux trois couleurs de la Nation : bleu, blanc et rouge.

Le principe est posé dès le départ : un élu local doit être reconnaissable au premier coup d’œil. Ni uniforme militaire, ni robe de magistrat, mais une écharpe aux couleurs de la Révolution.

Le maire a aussi eu droit, selon les époques, à un vrai costume. Sous la Restauration, le lys remplace l’aigle sur les boutons et la ceinture devient blanche. Sous le Second Empire, une longue veste bleue accompagne l’écharpe.

Un décret du 1er mars 1852 décrit même l’ancien costume complet des maires, aujourd’hui tombé en désuétude. De toute cette garde-robe, une seule pièce a survécu. Et elle n’a pas survécu sans bataille.

La querelle du bleu et du rouge

Aujourd’hui, la règle est écrite noir sur blanc dans le Code général des collectivités territoriales, à l’article D2122-4. L’écharpe se porte soit en ceinture, soit de l’épaule droite au côté gauche.

En ceinture, le bleu est en haut. Sur l’épaule, le bleu se place près du col. Ce détail paraît minuscule, mais il a même agité les bancs de l’Assemblée en 1848, selon les Surligneurs.

Pourquoi le bleu près du col ? Pour se différencier des parlementaires. Députés et sénateurs portent, depuis plus d’un siècle, leur écharpe avec le rouge près du col.

Autrement dit, regarde bien : un élu local et un élu national portent les mêmes couleurs, mais inversées. Un code visuel que presque personne ne sait lire. Et il y a encore plus subtil : les franges.

Mains tenant les franges dorées d'une écharpe tricolore lors d'un mariage

Or, argent : la hiérarchie cachée dans les glands

Le maire porte des glands à franges d’or. Les adjoints, eux, portent des franges d’argent, uniquement quand ils remplissent les fonctions d’officier d’état civil ou de police judiciaire, ou quand ils remplacent le maire.

Les conseillers municipaux ont droit à l’écharpe à franges d’argent dans deux cas seulement : quand ils remplacent le maire, ou quand ils célèbrent un mariage par délégation. Dans une commune nouvelle, seul le maire peut porter la frange d’or.

Le ruban lui-même suit un cahier des charges : un ruban ottoman de 11 centimètres de large, selon un site spécialisé. Ce n’est pas un accessoire de fête, c’est un objet normé.

On pourrait croire que la loi est souple sur son usage. C’est tout le contraire.

Ce que le maire n’a pas le droit de faire avec

Premier interdit : la porter pour une occasion personnelle ou hors du territoire de sa commune. L’écharpe n’appartient pas à la personne, elle appartient à la fonction.

Deuxième interdit : lors d’une cérémonie publique, une seule personne peut la porter, le maire ou l’adjoint qui le remplace. Un maire honoraire, lui, ne peut pas représenter la commune, donc pas d’écharpe.

Troisième point, plus inattendu : l’écharpe peut être obligatoire dans des situations bien moins festives. Selon une réponse ministérielle du 9 janvier 2020, elle doit être portée lors des sommations pour disperser un attroupement.

Et celui qui la porte sans y avoir droit ? Le Code pénal prévoit, pour le port illégal, un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende, d’après l’Association des maires de France. Pas mal pour un bout de tissu.

Ce que ce bout de tissu raconte vraiment

Si tu retiens une chose : cette écharpe est le dernier vestige d’un costume complet qui avait ses boutons, ses broderies et ses ceintures, et il a traversé la Révolution, l’Empire, la Restauration et deux Républiques.

Elle n’est pas là pour faire joli sur les photos de mariage. Elle signifie que, pour un instant, la personne en face de toi parle au nom de l’État.

Au prochain mariage ou à la prochaine cérémonie du 8-Mai, regarde où est le bleu, et la couleur des franges. Tu ne verras plus jamais cette écharpe de la même façon.

Et si tu aimes ces symboles officiels que l’on croise sans les lire, jette un œil à ces deux lettres sur les mairies, qui cachent leur propre histoire. Autre mystère de la vie en société : une, deux ou quatre bises, la carte qui divise le pays depuis des siècles.

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