Pourquoi les wombats font-ils des crottes carrées — alors que leur derrière est tout rond ?
Tu as déjà vu des crottes de chien, de lapin, de cheval. Mais des crottes carrées ? Il existe un animal qui en fabrique, et la question mérite d’être posée : comment fait-il ?
Non, il n’a pas un postérieur à angles droits. La vraie réponse est bien plus élégante, elle a demandé des intestins de porc achetés en supermarché et elle a valu un prix à ses auteurs.
Le tuyau le plus bizarre du règne animal
Commençons par le héros : le wombat, ce marsupial trapu d’Australie qui ressemble à un ourson qui aurait raté un régime. Son secret se trouve dans ses intestins. Ils mesurent environ dix mètres (33 pieds), soit dix fois la taille de l’animal lui-même.
Ce long tuyau travaille lentement. La digestion dure environ quatre fois plus longtemps que chez l’humain, et les selles sortent très sèches, car tout l’eau et les nutriments ont été extraits. Premier indice : une matière sèche et compacte, ça se façonne.

Mais sèche ne veut pas dire carrée. Un simple tube devrait produire des boudins, comme chez tout le monde. Alors où se cache le moule ?
Un intestin qui n’a pas la même souplesse partout
C’est là que les ingénieurs entrent en scène. Patricia Yang, ingénieure en mécanique à Georgia Tech, et son équipe ont découvert que les cubes se forment à la toute fin de la digestion. La paroi de l’intestin se comporte comme un élastique, mais pas de façon uniforme.
Pour le prouver, les chercheurs ont disséqué deux wombats et examiné la structure du tissu intestinal. Ils ont découvert des zones rigides et des zones souples alternées. Et c’est cette alternance qui fait tout.
Imagine un tube dont certaines parties se contractent vite et d’autres lentement. Selon Patricia Yang, les parties rigides et élastiques se contractent à des vitesses différentes, ce qui crée la forme cubique et ses coins. La matière est pincée, étirée, modelée par petites touches.

Et le plus drôle, c’est la méthode de l’équipe. Elle s’est d’abord entraînée sur de l’intestin de porc trouvé dans un supermarché asiatique. Elle a aussi cousu des modèles en tissu pour reproduire les zones raides de l’intestin. Un chercheur a même appris à coudre pour l’occasion.
Et ça, ce n’est même pas le détail le plus dingue
Les cubes ne sont pas des accidents. Un wombat peut produire jusqu’à cent cubes par jour, sortis par lots de quatre à huit. Chacun fait environ deux centimètres de côté, à peu près la taille d’un gros dé.
Et il ne les laisse pas traîner au hasard. L’animal les rassemble et les dépose autour de son territoire, peut-être pour communiquer avec ses congénères ou attirer des partenaires. Une forme qui ne roule pas, c’est pratique pour laisser un message sur un rocher.
Cette recherche a même fini par rapporter une récompense. Elle a décroché le prix Ig Nobel de physique en 2019, pour avoir montré que l’élasticité irrégulière de l’intestin produit des selles cubiques compactes. Un Ig Nobel, pour rappel, récompense des travaux qui font d’abord rire, puis réfléchir.
Reste à démonter quelques fausses bonnes idées qui circulent sur le sujet.
Ce que tout le monde croit à tort sur ces cubes
Première idée reçue : le wombat aurait un orifice carré qui joue le rôle de moule. Faux : le cube se forme en amont, dans les derniers mètres de l’intestin, bien avant la sortie. Le tout se joue par contractions, pas par un gabarit.
Deuxième idée : ce serait un gadget de la nature pour faire des briques. Il n’y a aucune preuve en ce sens. La piste la plus sérieuse reste la communication, et elle n’est qu’une hypothèse des chercheurs.
Troisième idée : la crotte sortirait déjà carrée de l’estomac. Non plus : la forme apparaît tout à la fin du parcours, une fois la matière asséchée. Sans ça, la pâte serait trop molle pour garder ses angles.
La réponse en une phrase
Le wombat fait des crottes carrées parce que son intestin est tantôt raide, tantôt souple, et que ces zones se contractent à des vitesses différentes. Pas de moule, juste de la mécanique de haut vol.
Si tu aimes les mystères animaux, sache que les vaches qui regardent toutes au même endroit cachent une explication tout aussi inattendue. Et pour un autre détail de la nature, il y a les dents invisibles des poules.