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On lui promet une Toyota neuve si elle gagne le concours : la serveuse découvre son prix les yeux bandés, et porte plainte

Publié par Hannah Maline le 01 Nov 2026 à 11:28

Une serveuse se démène pour gagner un concours de ventes. À la clé, lui assure son patron, une Toyota neuve. Le jour de la remise du prix, on lui bande les yeux et on la conduit sur le parking. Quand elle retire le bandeau, la voiture n’est pas là. À la place, un petit objet vert qui va lui coûter son emploi, et coûter très cher à son employeur.

toy Yoda Toyota

Un concours de ventes avec un gros lot

L’histoire se passe au printemps 2001, aux États-Unis, à Panama City Beach, une station balnéaire de Floride. Jodee Berry, 26 ans, travaille comme serveuse dans un restaurant de la chaîne Hooters.

Fondée en 1983 à Clearwater, également en Floride, cette chaîne de restaurants américaine est connue pour ses ailes de poulet, ses retransmissions sportives et ses serveuses en tenue orange et blanche. Elle compte des centaines d’établissements aux États-Unis.

Ce printemps-là, la direction lance un concours entre les serveuses : celles qui vendront le plus de bière remporteront une chance de gagner un prix exceptionnel.

Selon l’agence Associated Press, les meilleures vendeuses de chaque restaurant Hooters du secteur sont inscrites à un tirage au sort. Le prix annoncé : une Toyota neuve.

Un patron qui entretient le suspense

Le manager du restaurant, Jared Blair, entretient le mystère. Selon le récit de Jodee Berry, il explique aux serveuses qu’il ne sait pas encore s’il s’agira d’une voiture, d’un pick-up ou d’un monospace. Il précise même que la gagnante devra payer les taxes sur le véhicule.

Un détail qui rend la promesse d’autant plus crédible. Jodee Berry se lance à fond dans la compétition. Et elle finit par décrocher le gros lot : son nom est tiré au sort.

Les yeux bandés jusqu’au parking

Le jour de la remise du prix, la serveuse a les yeux bandés. On la conduit jusqu’au parking du restaurant, là où sa nouvelle voiture est censée l’attendre.

Puis on lui retire le bandeau. Mais il n’y a pas de Toyota. Dans ses mains, Jodee Berry découvre une poupée de Yoda, le petit maître Jedi vert de la saga Star Wars, apparu pour la première fois au cinéma en 1980 dans L’Empire contre-attaque.

Le jeu de mots est cruel : en anglais, « toy Yoda », un jouet Yoda, se prononce presque comme « Toyota ». La serveuse raconte que le manager, lui, était à l’intérieur en train de rire.

Les jeux de mots ont parfois des conséquences étonnantes. Au Japon, c’est par exemple un simple calembour qui explique pourquoi on offre des Kit Kat aux étudiants avant un examen.

Un poisson d’avril qui passe mal

Pour le manager, l’affaire est entendue : il s’agissait d’un poisson d’avril. Le concours avait été organisé au mois d’avril, et la blague faisait partie du jeu.

Mais Jodee Berry ne trouve pas ça drôle du tout. « Une entreprise ne peut pas faire marcher ses employés comme ça », déclare-t-elle à l’agence Associated Press. Pour elle, il s’agit d’un manque d’éthique professionnelle.

Une semaine plus tard, elle quitte son emploi.

La serveuse porte plainte

À l’été 2001, l’affaire prend une tout autre dimension. La presse révèle que Jodee Berry attaque en justice Gulf Coast Wings Inc., la société propriétaire du restaurant. Elle l’accuse de rupture de contrat et de fausse déclaration frauduleuse.

Son avocat de l’époque, Stephen West, installé à Pensacola, envisage aussi de s’appuyer sur les lois contre la publicité mensongère. Ce que réclame la serveuse est simple : la valeur d’une Toyota neuve.

Contacté par la presse, un porte-parole de l’entreprise explique alors ne pas avoir encore reçu la plainte et ne pas pouvoir faire de commentaire. Le manager, lui, se refuse à toute déclaration.

L’histoire fait rapidement le tour des États-Unis. Les journaux s’amusent du jeu de mots, mais la question posée est sérieuse : une promesse faite sur le ton de la plaisanterie peut-elle engager celui qui la fait ?

Une blague peut-elle valoir contrat ?

Aux États-Unis, la question a déjà été posée devant les tribunaux. En 1954, en Virginie, la justice a jugé valable la vente d’une ferme griffonnée sur une note de restaurant, alors que le vendeur affirmait avoir plaisanté. Pour les juges, ce qui compte, c’est la façon dont une personne raisonnable pouvait comprendre la promesse.

À l’inverse, en 1999, un tribunal de New York a donné tort à un étudiant qui réclamait un avion de chasse à Pepsi, après avoir vu une publicité de la marque. La juge a estimé que personne ne pouvait prendre cette offre au sérieux. Nous vous avions raconté toute l’histoire de ces points Pepsi échangés contre un avion Harrier.

Dans le cas de Jodee Berry, le contexte jouait plutôt en sa faveur : un concours réel, des efforts réels pour vendre davantage, et un patron qui avait détaillé les conditions, jusqu’aux taxes à payer.

Un accord qui lui ouvre les portes du concessionnaire

L’affaire ne s’est finalement jamais terminée devant un jury. En mai 2002, la presse américaine annonce que Jodee Berry et la société propriétaire du restaurant ont trouvé un accord.

Le montant reste confidentiel. Mais son nouvel avocat, David Noll, livre une formule qui en dit long. Selon l’Associated Press, il explique que la jeune femme peut désormais se rendre chez un concessionnaire de sa région et « choisir le modèle de Toyota qu’elle veut ».

Autrement dit, la blague aura finalement coûté une vraie voiture à l’entreprise.

Une histoire devenue culte

Plus de vingt ans plus tard, l’affaire du « toy Yoda » est devenue un classique. Elle circule encore régulièrement sur les réseaux sociaux. Et elle a même intéressé les juristes : en 2003, le professeur de droit Keith Rowley lui a consacré un article dans une revue juridique de l’université du Nevada, intitulé « You Asked for It, You Got It… Toy Yoda », sur les farces, les prix promis et le droit des contrats.

Les histoires de serveuses et de patrons inspirent d’ailleurs régulièrement l’actualité, comme celle de cette serveuse licenciée après avoir reçu un pourboire de 4 000 euros, ou de cette autre qui a reçu 1 000 euros de pourboire d’un routier de passage.

Et côté histoires d’argent improbables, difficile de faire mieux que cet homme qui a découvert une erreur PayPal de 92 millions de milliards de dollars sur son compte. La morale de l’histoire de Jodee Berry, elle, tient en une phrase : en matière de promesse, mieux vaut ne pas plaisanter.

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