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Une famille qui n’avait jamais tenu de restaurant accepte de nourrir l’équipe d’un film de Bardot sur une plage déserte : c’est la naissance du Club 55

Publié par Hannah Maline le 07 Nov 2026 à 15:26

Au milieu des années 1950, la plage de Pampelonne, à Ramatuelle, n’a presque rien de la Riviera que l’on connaît. Cinq kilomètres de sable doré, une anse sauvage, pas même l’électricité. Une famille y possède quelques cabanes en bois, au bord de l’eau.

Un jour, une équipe de cinéma débarque pour tourner « Et Dieu… créa la femme », de Roger Vadim, avec sa jeune épouse Brigitte Bardot. Il faut nourrir tout ce monde. La famille de Colmont dit oui. Sans le savoir, elle vient d’ouvrir l’une des tables les plus célèbres du monde.

Des cabanes sur la plage, et une famille qui n’est pas restauratrice

Bernard et Geneviève de Colmont ne sont pas du métier. Ils vivent sur la plage avec leurs enfants et accueillent de temps à autre des baigneurs de passage, qui viennent partager leur pique-nique à leur table. Leur fils Patrice a alors huit ans. La plage est son terrain de jeu.

Quand l’équipe du film cherche un endroit où se restaurer, les cabanes des Colmont font l’affaire. Selon la version la plus répandue, ce sont les techniciens qui demandent à Geneviève si elle accepte de cuisiner pour eux. D’autres récits attribuent la demande à Brigitte Bardot elle-même. Dans tous les cas, il s’agit de nourrir une équipe d’environ 80 personnes.

Du poisson grillé et de la ratatouille sur un seul réchaud

Les Colmont n’ont aucun équipement de restaurant, mais l’expérience les amuse. Comme l’a raconté la journaliste du Monde Vanessa Schneider en 2017, la mère grille du poisson frais et prépare chaque jour d’immenses plats de ratatouille sur l’unique réchaud Campingaz de la maison. Le père fait le service.

Le film sort en 1956 et fait de Bardot une star mondiale. Saint-Tropez et ses plages deviennent, du jour au lendemain, la destination de la jet-set. Les clients continuent d’affluer vers les cabanes des Colmont, bien après le départ de l’équipe de tournage.

Il faut bientôt régulariser la situation. Patrice de Colmont l’a expliqué : la famille a compris qu’elle aurait des ennuis avec les autorités si elle ne déclarait pas son activité. Elle choisit un nom tout simple, celui de l’année où tout a commencé : le Club 55.

C’est sur ce même tournage qu’un pâtissier du village a vu Brigitte Bardot baptiser sa brioche à la crème, comme TDN l’a raconté dans l’histoire de la tarte tropézienne.

Grace Kelly, Soraya et la camionnette des poubelles

Les célébrités suivent. L’ancienne impératrice d’Iran Soraya passe un mois au club, raconte Patrice de Colmont : sa mère fait construire pour elle une petite cabane sur la plage, pour qu’elle puisse se changer à l’abri des regards. Une autre légende maison, rapportée par un ancien barman, veut que la princesse Grace de Monaco ait été exfiltrée un soir dans la camionnette des poubelles pour échapper aux paparazzis.

La règle de la maison ne change pas. Ici, comme le résumait le critique Gilles Pudlowski en 2016, le client n’est pas roi : c’est un ami. En 1972, après la mort de sa mère, Patrice de Colmont reprend l’affaire.

Des adresses mythiques nées par accident, TDN en a raconté d’autres, comme l’histoire du colonel de KFC, qui n’a jamais été militaire.

Ce qu’est devenue la cantine du tournage

Plus de soixante-dix ans plus tard, le Club 55 est toujours tenu par la famille, et Patrice de Colmont est toujours à sa tête. L’entreprise réalise un chiffre d’affaires d’environ 15 millions d’euros. En 2016, Gilles Pudlowski y comptait 800 couverts par jour en saison, servis au déjeuner seulement, sur la plage de Pampelonne.

La carte, elle, a peu bougé. Poisson grillé, crudités, rosé de la presqu’île, et au dessert… de la tarte tropézienne. Le restaurant ouvre d’avril à début novembre, et vient donc de fermer pour l’hiver. Son numéro de téléphone, lui aussi, rend hommage à l’année du tournage : 04 94 55 55 55.

Pour un autre dessert né d’une histoire improbable, TDN a aussi enquêté sur la vraie origine du Paris-Brest.

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