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PlayStation : Nintendo a humilié Sony en public en 1991, et la console est née de la vengeance

Publié par Mathieu le 26 Oct 2026 à 10:02

Imagine : tu présentes ton projet devant la planète du jeu vidéo, et le lendemain, ton partenaire annonce qu’il l’a donné à ton concurrent. C’est ce qui est arrivé à Sony en 1991.

La PlayStation que tu connais n’était pas censée exister. Elle devait être un simple accessoire pour la console de Nintendo, et c’est une trahison qui l’a fait naître.

Une PlayStation… made in Nintendo ?

Remonte à 1988. Nintendo a besoin de la technologie CD-ROM pour sa future Super Nintendo, et Sony a l’expertise. À la manœuvre, un ingénieur nommé Ken Kutaragi, qui bidouille des puces sonores.

Son histoire commence presque par un hasard de salon. Il s’intéresse aux jeux vidéo en regardant sa fille jouer sur la Famicom de Nintendo. Il parvient à convaincre Nintendo d’utiliser sa puce audio dans la Super Nintendo, démonstration à l’appui.

Ingénieur japonais regardant sa fille jouer à la console

Problème : à l’intérieur de Sony, tout le monde n’est pas enthousiaste. Kutaragi a travaillé avec Nintendo sans prévenir sa hiérarchie, et il a failli être renvoyé. Le président de Sony, Norio Ohga, a finalement vu le potentiel de sa puce et a gardé son protégé.

Le projet prend un nom : « Play Station ». Le plan est simple : un lecteur de CD à brancher sur la Super Nintendo, capable de lire aussi bien les CD que les cartouches. Sony pourrait ensuite sortir sa propre machine et toucher sa part sur les jeux CD vendus.

Tu vois où ça coince ? Nintendo aussi.

Le coup de théâtre qui a tout déclenché

Juin 1991, salon CES, aux États-Unis. Sony a loué un stand pour montrer ses prototypes et annonce le partenariat. Tout semble parfait.

Le lendemain, Nintendo organise une conférence de presse surprise. Elle annonce un accord avec Philips, le rival de Sony, pour un accessoire à disques très similaire. Le New York Times titre en une de sa section économie que l’accord est une gifle pour Sony.

Dirigeant stupéfait lors d'une conférence de presse en 1991

Pourquoi ce revirement ? Officiellement, les ingénieurs de Nintendo jugeaient Philips plus adapté techniquement. Officiellement seulement.

Dans le livre « Game Over », un consultant du secteur explique que Sony tenait Nintendo à la gorge. Sony était déjà le seul fournisseur de la puce audio de la Super Nintendo, et il imposait aux programmeurs un outil de développement coûteux. Pour le patron de Nintendo, Hiroshi Yamauchi, cette dépendance n’était plus tenable.

Et le plus fou, c’est la façon dont Sony l’a appris.

Le coup de fil qui n’a servi à rien

Sony a découvert l’accord peu de temps avant la conférence. Ses dirigeants ont tout tenté pour empêcher l’annonce. Norio Ohga a même appelé personnellement Hiroshi Yamauchi et le patron de Philips, Jan Timmer.

Rien n’y fait. Nintendo maintient la conférence et affirme que le projet avec Sony n’est pas affecté. Des menaces de procès circulent.

C’est là que se joue le vrai tournant. Lors d’une réunion destinée à préparer une action en justice contre Nintendo, Ohga aurait tranché : Sony ne se retirerait jamais de ce business. Il aurait ajouté : « Continuez. »

Ce qui est étonnant : au sein de Sony, beaucoup voyaient les jeux vidéo comme un marché de jouets. L’humiliation a fait ce que Kutaragi n’avait pas réussi à faire seul.

Comment Sony a transformé l’affront en empire

Après un an de conflit, Sony abandonne l’idée de l’extension en été 1992. Mais pas le projet : la PlayStation devient une console autonome.

Kutaragi et son équipe rejoignent Sony Music, une entité séparée du groupe. Elle sait attirer et faire grandir des talents, et elle contrôle la fabrication de disques, indispensable pour une console à CD-ROM. L’ironie est savoureuse : la musique a sauvé le jeu vidéo.

Le CD-ROM, lui, permettait de stocker beaucoup plus de contenu et de réduire les coûts de production par rapport aux cartouches coûteuses de Nintendo. Pour les développeurs, Sony promettait aussi une certification rapide, des redevances faibles et une grande liberté de création.

Un détail du lancement reste fascinant. Il fallait que les studios choisissent leur camp, et Nintendo n’était pas toujours le plus accommodant avec eux.

Le twist : la revanche en chiffres

La PlayStation est lancée au Japon le 12 décembre 1994. Sony s’attaque alors à un secteur dominé par Nintendo et Sega, et menace de devenir le troisième acteur.

La suite dépasse largement la simple revanche. Plus de 102 millions de PS1 ont été vendues dans le monde. Et d’après une analyse publiée par Yahoo, la console aurait généré entre 40 et 58 % des profits de Sony à la fin des années 1990.

Il reste même un exemplaire du prototype de la version « Super Nintendo » de la PlayStation, la seule connue à ce jour. Un objet qui rappelle qu’une grande marque peut naître d’une très mauvaise journée.

Maintenant, tu sais pourquoi la PlayStation n’existerait pas sans cette conférence de presse. Raconte ça à un pote qui joue encore sur sa console : il ne te croira pas.

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