Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Maison

Elle fait d’une vieille citerne semi-enterrée, achetée par son père, sa maison : 90 m², 4 mètres de voûte et 60 000 euros de chantier maximum

Publié par Elodie le 31 Oct 2026 à 13:57
Elle vit dans une citerne de 1940 achetée par son père : 90 m², 4 mètres sous voûte et 60 000 € de travaux

Au départ, on n’y entrait que par une trappe, comme dans un souterrain oublié. Aujourd’hui, une architecte de Majorque y vit, sous une voûte de plusieurs mètres de haut. Son budget travaux, lui, reste sous un plafond que peu de gens imagineraient pour une maison sur cette île. Reste à comprendre comment un simple réservoir d’eau est devenu un vrai chez-soi.

Un père, une parcelle et une légende de village enterrée sous le terrain

Tout commence avec un ouvrier agricole. Il rachète une parcelle du domaine de Son Gener, à Campanet, le village de son enfance à Majorque.

Toute sa vie, il a entendu la même rumeur : une vieille citerne dormirait sous ce terrain. Elle y est bel et bien.

L’ouvrage date du début des années 1940. Il recueillait l’eau qui dévalait les rues du village pour irriguer les terres du domaine. Avec le temps, cette fonction a disparu.

Il n’en restait qu’une terrasse dépassant du sol d’environ un mètre et demi, et une petite trappe pour seul accès. Le père imaginait y ranger du matériel agricole, puis y organiser des goûters entre amis.

Sa fille, Maria Gelabert Paris, voyait autre chose. Architecte, locataire à Palma, elle rêvait de revenir vivre dans son village, mais les prix du logement à Campanet le lui interdisaient. Et construire sur le terrain familial dépassait ses moyens, comme elle l’a résumé au journal catalan Ara.

Pour comprendre ce qu’elle a vu dans ce trou, il faut regarder d’autres aventuriers qui ont misé sur un lieu abandonné. Mais ici, l’état des lieux n’avait rien d’engageant.

Cinquante centimètres de boue, des murs fissurés et un sol en pente

À l’intérieur, la boue et les sédiments s’étaient accumulés sur plus de 50 centimètres. Les murs, très épais, étaient fissurés et laissaient passer l’eau du sous-sol. Le sol, lui, penchait.

Autrement dit, tout ce qu’on déconseille à un acheteur. Humidité, pente, aucune lumière, un accès par trappe.

Le chantier a pourtant suivi une liste précise. Percer une porte et une fenêtre, pour ne plus entrer à quatre pattes. Vider les sédiments. Mettre le sol à niveau. Boucher les anciennes arrivées d’eau, puis imperméabiliser l’intérieur des murs.

Ces travaux de base sont ceux que doit aussi affronter quiconque se lance dans le rachat d’une maison abandonnée. Ici, l’architecte a surtout fait un choix de style inattendu.

Maria Gelabert a décidé de ne pas tout effacer. La trappe par laquelle la famille est entrée la première fois est toujours là. Les taches, les traces de calcaire et les marques laissées par l’eau ont été conservées.

Le passé de la citerne reste lisible sur les murs. Mais le plus surprenant se cache dans la façon dont tout l’espace a été pensé, et dans le chiffre final du chantier.

Trappe en pierre sur terrasse méditerranéenne ensoleillée

90 m² en un seul volume et un cube blanc posé au milieu de la voûte

Transformer un lieu improbable en maison demande souvent une idée simple. Celle de l’architecte tient en un cube.

Le logement tient en un seul volume. Cuisine, salle à manger, salon et chambre partagent le même espace. Les trois quarts de la surface se trouvent sous la grande voûte en berceau d’origine, haute d’environ 4 mètres.

Le dernier quart est couvert d’un plancher en poutrelles de béton et de petites voûtes en grès. Deux ambiances dans un même lieu.

Pour séparer la chambre sans casser l’effet de grotte, elle a posé un simple cube blanchi au milieu. Il abrite une petite salle de bains avec douche et extraction d’air mécanique. Surtout, il ne touche jamais la voûte.

Les murs ont été blanchis pour capter un maximum de lumière, et un éclairage indirect souligne la courbe du plafond. L’ensemble tient dans 90 m², pour des travaux qui n’ont pas dépassé 60 000 euros.

Selon la source, l’endroit offre aussi un autre avantage, que l’architecte explique par la structure même de la citerne. Mais ce budget prend tout son sens quand on le compare au marché de l’île.

Ce que ce budget raconte du marché immobilier des Baléares

Selon le cabinet Gesvalt, les Baléares ont terminé 2025 avec les prix de vente les plus élevés d’Espagne : 3 371 euros le mètre carré en moyenne, contre 1 963 euros dans l’ensemble du pays.

À ce tarif, un logement de 90 m² sur l’archipel coûterait plus de 300 000 euros, soit cinq fois le budget de Maria Gelabert. Le pari se lit dans cet écart.

Les logements décalés séduisent d’ailleurs bien au-delà de Majorque, comme ces biens insolites qui cherchent preneur partout en France. Un moulin, une gare, une chapelle : tous jouent sur le même ressort.

En mars 2025, lorsque Ara a raconté son histoire, l’architecte vivait dans la citerne depuis deux ans. Preuve que l’expérience a tenu au-delà de l’effet de curiosité.

Ce type de projet reste évidemment lié à une situation particulière : un terrain familial, un père qui avait acheté la parcelle et une architecte capable de piloter le chantier. L’histoire rappelle aussi qu’un bien sans prix de marché peut devenir un logement quand l’immobilier ordinaire se ferme. Et ce n’est pas la seule histoire de mairie ou de terrain qui tourne à l’étonnant, comme cette école vendue par erreur.

Entre-temps, la citerne a gardé sa trappe, ses taches et son histoire.

Une ancienne citerne, une trappe et un peu de chaux : à Majorque, c’est devenu une maison à moins de 60 000 euros de travaux. Reste à savoir ce que d’autres lieux oubliés cachent encore. Quel château se vend aujourd’hui au prix le plus bas de France n’a rien d’évident. Et ce que devient un bureau de poste belge de 1898 pourrait bien vous faire lever les yeux.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *