Affaire Jubillar : « Je vous l’avais dit, je n’ai pas menti » à la découverte des ossements
Cinq ans et demi de silence, puis un mot qui change tout : « abominable ». C’est celui qu’a utilisé Cédric Jubillar pour qualifier son propre geste, selon son avocat Pierre Debuisson, interrogé jeudi soir par BFMTV.

Quelques heures plus tôt, des ossements probablement liés à Delphine Jubillar venaient d’être exhumés d’un champ du Tarn. Une journée à la fois glaçante et vertigineuse pour ce dossier qui semblait figé depuis des années.
Ce que révèle vraiment l’avocat de Cédric Jubillar
« Il reconnaît avoir commis un acte abominable » et « exprime des regrets très forts », a déclaré Me Debuisson à BFMTV jeudi soir. Selon lui, son client « agit en toute transparence » et ses aveux lui ont « permis de soulager sa conscience ».
Une formulation qui tranche avec les cinq années de dénégations catégoriques de l’ancien peintre-plaquiste. L’avocat a aussi raconté un instant particulier au moment de la découverte des ossements : « Il m’a dit : je vous l’avais dit, je n’ai pas menti. »
Cette phrase, glissée à son conseil, en dit long sur l’état d’esprit de Cédric Jubillar ce jeudi. Reste à savoir si ces mots suffiront à convaincre une cour d’assises, cinq ans après le début de l’affaire.
Des ossements retrouvés sous un monticule de terre
Selon Le Parisien, les enquêteurs ont mis au jour au moins deux os de membres inférieurs, dissimulés sous un monticule de terre au milieu d’un champ. Une découverte obtenue grâce aux indications précises données par Cédric Jubillar lui-même.

Les fouilles se poursuivent pour tenter de retrouver d’autres restes sur place. Les ossements ont été acheminés vers le laboratoire de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) à Pontoise, dans le Val-d’Oise.
Objectif : établir avec certitude s’il s’agit bien des restes de Delphine Jubillar, disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020. Un précédent épisode de fouilles près de Cagnac-les-Mines avait déjà mobilisé les enquêteurs cette semaine.
Mais avant d’en arriver là, il a fallu un dispositif hors normes, mobilisé en urgence sur les terres du Tarn.
Un déploiement impressionnant sur le terrain
Cent militaires ont été mobilisés selon la gendarmerie nationale : un escadron de gendarmerie mobile, le groupement du Tarn, la section de recherches de Toulouse, l’IRCGN et cinq équipes cynophiles spécialisées dans la recherche de restes humains.
« 100 personnels sur le terrain, des équipes cynophiles et anti-drones », a précisé le lieutenant-colonel Stéphane Meyblum lors d’un point presse. Un « dispositif assez conséquent » pour travailler « en toute sécurité et en toute quiétude », a-t-il ajouté.
La route départementale 600 a été bloquée dans les deux sens entre Albi et Cordes-sur-Ciel, près de Villeneuve-sur-Vère. Les médias ont été maintenus à l’extérieur du périmètre de sécurité pendant toute la durée des opérations.
Le fil des aveux, jour après jour
Tout a basculé le 6 juillet 2026, quand les avocats de Cédric Jubillar révèlent qu’il a reconnu sa responsabilité dans une lettre manuscrite. Une volte-face spectaculaire après cinq ans et demi de dénégations absolues.
Mercredi 15 juillet, il est extrait de la maison d’arrêt de Seysses, où il est incarcéré depuis juin 2021. Entendu par les enquêteurs, il réitère ses aveux et indique « pouvoir orienter les enquêteurs pour localiser le corps » de Delphine, selon le parquet général de Toulouse.
Jeudi matin, il est de nouveau extrait de sa cellule, cette fois pour guider concrètement les militaires jusqu’au lieu supposé du corps. Selon RTL, il aurait indiqué « précisément le lieu où a été déposé le corps ».
Un procès en appel désormais menacé
Le procès en appel de Cédric Jubillar était programmé à Toulouse du 21 septembre au 16 octobre 2026. Mais pour Me Debuisson, tenir cette date apparaît désormais « inconcevable », compte tenu des analyses encore nécessaires sur les ossements découverts.
Un premier procès s’était déjà tenu en septembre 2025, malgré l’absence de corps et de preuve matérielle directe. Le 17 octobre 2025, Cédric Jubillar avait été reconnu coupable du meurtre de son épouse et condamné à trente ans de réclusion criminelle.
Il avait fait appel de cette décision, clamant toujours son innocence à l’époque. L’affaire semblait alors figée sur des zones d’ombre : lunettes cassées, cris entendus par une voisine, dispute rapportée par leur propre fils.
Rappel d’une disparition qui a hanté la France pendant cinq ans
Delphine Jubillar, infirmière de 33 ans et mère de deux enfants, avait disparu dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020 à son domicile de Cagnac-les-Mines, dans le Tarn. Le couple était alors en instance de séparation.
Vers 4 heures du matin, Cédric Jubillar avait appelé les gendarmes en affirmant que son épouse s’était volatilisée. Malgré d’importantes battues et de multiples perquisitions, son corps n’avait jamais été retrouvé — jusqu’à ce jeudi.
L’enquête s’était rapidement tournée vers le mari, dont les déclarations sur le déroulement de la nuit apparaissaient contradictoires. Plusieurs proches et anciens codétenus affirmaient déjà qu’il leur avait confié avoir tué sa femme, des révélations qu’évoque aussi son ex-compagne dans des témoignages troublants.
Aujourd’hui, deux enfants attendent toujours de savoir ce qui reste de leur mère. Une question à laquelle la justice tente enfin d’apporter une réponse, ossement après ossement.