Cédric Jubillar reconnaît le meurtre de son épouse Delphine dans une lettre, 5 ans après
Une nuit de décembre, un couple qui se déteste, une femme qui disparaît sans laisser la moindre trace. Cinq ans plus tard, la France entière connaît encore les noms de Delphine et Cédric Jubillar. Et voilà qu’à quelques semaines d’un procès en appel très attendu, tout semble basculer.

Un mot, prononcé là où personne ne l’attendait plus, pourrait bien réécrire la fin de cette histoire. Retour sur cinq ans d’une affaire hors norme, jusqu’à ce revirement suspendu entre soulagement et méfiance.
La nuit où tout a basculé à Cagnac-les-Mines
Il est un peu plus de 4 heures du matin, ce 16 décembre 2020, quand Cédric Jubillar compose le numéro des gendarmes. Sa femme, Delphine, 33 ans, infirmière de nuit, aurait disparu de leur pavillon de Cagnac-les-Mines, petite commune du Tarn.
Elle n’a laissé ni mot, ni sac, ni téléphone chargé. Seuls ses enfants, endormis à l’étage, ignorent tout du chaos qui s’installe autour d’eux.
Très vite, les gendarmes s’étonnent. Aucune trace de départ volontaire, aucune caméra ne capte de silhouette fuyant dans la nuit glaciale. La zone est fouillée, ratissée, survolée par hélicoptère : rien.
Le mystère s’installe alors durablement, et avec lui, les premiers soupçons se tournent vers l’homme qui a donné l’alerte.
Un couple qui se déchirait depuis des mois
Derrière la façade du pavillon familial, le couple Jubillar traversait une crise profonde. Delphine avait entamé une procédure de divorce, lassée d’un mariage marqué par les tensions et l’infidélité de son mari.
Cédric Jubillar entretenait en effet une liaison avec une autre femme, une relation que l’entourage de l’amant de Delphine a longuement détaillée par la suite.
Les enquêteurs découvrent aussi des échanges glaçants entre les deux époux, où la vie intime du couple est disséquée. Un SMS en particulier, où Delphine évoquerait une pratique imposée par son mari, choque l’opinion publique.
L’argent, la garde des enfants, la jalousie : tous les ingrédients d’une rupture explosive semblent réunis. Restait à savoir si cette rupture avait viré au drame.
Des incohérences qui s’accumulent jusqu’à la mise en examen
Le récit de Cédric Jubillar ne colle pas. Les enquêteurs relèvent des versions changeantes sur son emploi du temps cette nuit-là, des horaires impossibles à recouper.
Son téléphone, lui, raconte une autre histoire. Il aurait été repéré à 17 reprises dans une zone boisée jamais fouillée avant la disparition de sa femme, un détail qui va peser lourd dans l’accusation.
Une phrase, aussi, revient dans le dossier comme un signal d’alarme. « Je vais l’enterrer », aurait-il lâché un jour, une déclaration qui en dit long selon les enquêteurs qui l’ont recueillie.
Placé en garde à vue à plusieurs reprises, Cédric Jubillar finit par être mis en examen pour meurtre, puis écroué. Il clame son innocence, mais les zones d’ombre continuent de s’accumuler autour de lui.

Cinq ans de dénégations et un corps introuvable
Pendant cinq années, Cédric Jubillar va nier, encore et encore. En détention, il subit des conditions de vie très strictes, fouilles à nu et lumière permanente comprises.
Sa demi-sœur révèle des échanges troublants tenus derrière les barreaux. « Je suis le meurtrier parfait », aurait-il lâché lors de conversations glaçantes rapportées à la justice.
Les théories les plus folles circulent aussi, comme celle d’un départ volontaire de Delphine, une hypothèse extravagante avancée par l’accusé lui-même pour brouiller les pistes.
Malgré des dizaines de battues, l’intervention de plongeurs et de chiens cadavériques, le corps de Delphine Jubillar n’a jamais été retrouvé. Une absence qui a rendu toute certitude judiciaire particulièrement fragile.
Le procès, la condamnation, puis l’appel
En 2025, le procès s’ouvre enfin devant la cour d’assises du Tarn. Les audiences sont électriques : Cédric Jubillar y apparaît tour à tour hilare, provocateur, allant jusqu’à interpeller la cour sur son incompétence supposée.
Il ironise même sur sa consommation de stupéfiants, dans un box où son avocat tente péniblement de limiter les dégâts.
L’accusation, elle, ne varie pas. « Cédric a étranglé Delphine pour la faire taire et a dissimulé le corps pour l’effacer », martèle l’avocat de la partie civile lors d’une plaidoirie qui marque les esprits.
Cédric Jubillar est finalement condamné à 30 ans de réclusion criminelle, une peine motivée notamment par l’absence totale de remords constatée durant les débats. Il fait immédiatement appel.

Le coup de théâtre que personne n’attendait
Alors que le procès en appel se profile, un tenor du barreau rejoint l’équipe de défense, laissant présager une stratégie totalement différente.
Et c’est là que tout bascule. Selon plusieurs sources concordantes, Cédric Jubillar serait passé aux aveux, reconnaissant sa responsabilité dans la mort de son épouse.
Une phrase précise circulerait, glaçante de simplicité, mettant fin à cinq années de déni absolu. De quoi rappeler, à quelques mois d’intervalle, l’autre grand retournement judiciaire français, celui de Jonathann Daval et ses propres aveux tardifs.
Reste une question centrale, celle qui obsède les proches de Delphine depuis le premier jour : ces aveux vont-ils enfin permettre de localiser le corps, quelque part dans le Tarn ?
Sincérité ou stratégie avant le procès en appel ?
Plusieurs voix s’interrogent immédiatement sur les motivations de ce revirement. Un aveu à quelques semaines d’un procès en appel peut aussi être perçu comme un levier pour obtenir des circonstances atténuantes.
La défense pourrait plaider un homicide non prémédité, plutôt qu’un meurtre avec dissimulation de corps, une nuance qui change radicalement la peine encourue.
Les enquêteurs, eux, restent prudents. Des détails continuent de fuiter à mesure que l’instruction complémentaire progresse.
Un précédent similaire, celui de Jonathann Daval qui s’était lui-même comparé à Jubillar par le passé, avait montré que des aveux tardifs ne garantissent pas toujours la localisation du corps.
Ce que cela change pour les enfants et pour la justice
Pour Louis, Ambre et Elyo, les trois enfants du couple, cette affaire a déjà bouleversé une existence entière. Certains proches estiment que le fils aîné du couple serait prêt à parler de ce qu’il sait vraiment.
Cédric Jubillar a par ailleurs été déchu de son autorité parentale, une décision de justice qui acte définitivement la rupture avec ses enfants.
Ces derniers avaient déjà brisé le silence il y a un an, livrant un témoignage rare sur ce que signifie grandir sans mère et sans réponse.
Aujourd’hui, ces aveux, s’ils sont confirmés à la barre, pourraient enfin leur offrir ce que cinq années d’enquête n’avaient pas réussi à obtenir : une vérité, même terrible, plutôt qu’un silence éternel.
Le procès en appel s’annonce donc décisif, non plus pour établir la culpabilité, mais pour comprendre enfin ce qui s’est réellement joué cette nuit de décembre 2020 à Cagnac-les-Mines.