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Affaire Jubillar : un ténor du barreau entre en scène à 5 mois du procès en appel

Publié par Gabrielle Nourry le 16 Avr 2026 à 14:20

Condamné à 30 ans de réclusion pour le meurtre de sa femme Delphine, Cédric Jubillar prépare son procès en appel prévu le 21 septembre 2026 à Toulouse. Et il vient de s’offrir un renfort de poids. Un avocat dont le nom a résonné dans les plus grandes affaires criminelles françaises de ces vingt dernières années. Voilà qui pourrait redistribuer les cartes.

cedric jubillar autre suspect dans l'affaireee

Une défense entièrement repensée

L’information est tombée ce mardi 14 avril, confirmée à l’AFP par Me Pierre Debuisson, l’un des avocats historiques de Cédric Jubillar. Frank Berton, pénaliste parmi les plus réputés de France, rejoint officiellement l’équipe de défense de l’ex-peintre plaquiste.

Ce n’est pas un simple ajout. C’est une refonte complète de la stratégie. Pierre Debuisson a lui-même orchestré cette nouvelle configuration : « J’ai choisi ces deux avocats chevronnés pour constituer une équipe de défense autour de moi, et ce au bénéfice de Monsieur Jubillar », a-t-il précisé par SMS à l’AFP.

Palais de justice de Toulouse au coucher du soleil

Car l’équipe ne s’arrête pas là. Guy Debuisson, père de Pierre et figure respectée du barreau de Toulouse, complétera le trio. Trois avocats, trois profils complémentaires, pour un procès qui s’annonce comme l’un des plus suivis de l’année. Mais pourquoi un tel changement à quelques mois de l’audience ?

Frank Berton : l’homme des dossiers impossibles

Si le nom de Frank Berton ne vous dit rien, ses dossiers, eux, vous parlent forcément. C’est lui qui a défendu des accusés dans l’affaire d’Outreau, l’un des plus grands fiascos judiciaires français. C’est encore lui qu’on a retrouvé au cœur des procès liés aux attentats du 13 novembre 2015.

Sa spécialité ? Les affaires ultra-médiatisées, celles où la pression publique est énorme et où chaque mot prononcé à la barre est scruté par des millions de personnes. Exactement le profil de l’affaire Jubillar.

Sa connaissance des procédures complexes et sa capacité à plaider dans des contextes très exposés sont perçues comme des atouts majeurs. Pour la défense de Cédric Jubillar, c’est un signal clair : on ne vient pas en appel pour faire de la figuration. Reste à savoir si cette nouvelle armada suffira face à un dossier qui, malgré ses zones d’ombre, a déjà convaincu un premier jury.

Retour sur une condamnation contestée

Dossier judiciaire épais posé sur un bureau d'avocat

Delphine Jubillar a disparu dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, à Cagnac-les-Mines, dans le Tarn. Infirmière de 33 ans, mère de deux enfants – Elyah et Louis –, elle n’a jamais été retrouvée. Son téléphone, ses affaires, son corps : tout a disparu.

Son mari Cédric a été le principal suspect dès les premiers jours de l’enquête. Lors du procès en première instance, les jurés l’ont condamné à 30 ans de réclusion criminelle pour « meurtre sur conjoint ». Une peine lourde, la plus sévère possible en dessous de la perpétuité.

Mais cette condamnation repose sur un faisceau d’indices et non sur des preuves matérielles directes. Pas de corps, pas d’aveux, pas d’arme du crime. C’est précisément ce point que la défense entend exploiter en appel. Durant le premier procès, plusieurs éléments avaient déjà suscité le débat, comme une erreur de copier-coller d’un gendarme ou encore le rôle du téléphone de Delphine dans la chronologie des événements.

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Un procès hors norme qui a captivé la France

Pendant plusieurs semaines, le procès Jubillar en première instance a été un feuilleton judiciaire suivi par tout le pays. Les audiences ont livré des moments de tension extrême. On se souvient de Cédric Jubillar dépassant les limites avec sa propre avocate à la barre, ou encore de ses conversations troublantes avec sa demi-sœur, dévoilées en audience.

Les témoignages ont été tout aussi marquants. La voisine qui a entendu des cris la nuit de la disparition, l’ex-compagne décrivant un homme « très sévère, parfois agressif », ou encore l’appel troublant de l’amant de Delphine : chaque journée d’audience apportait son lot de révélations.

Même la reconstitution avait été qualifiée de « digne d’une série Netflix » par certains observateurs. Un climat électrique qui promet de se reproduire à Toulouse en septembre prochain, avec cette fois une équipe de défense renforcée.

Ce qui pourrait basculer en appel

Salle d'audience vide d'une cour d'assises française

Un procès en appel, c’est un nouveau procès intégral devant une nouvelle cour d’assises. Tout est rejugé de zéro. Les témoins sont réentendus, les preuves réexaminées, les plaidoiries recommencées. Rien n’est acquis, ni pour l’accusation, ni pour la défense.

L’absence de corps reste le point central du dossier. C’est à la fois la force de l’accusation – qui a réussi à obtenir une condamnation sans dépouille – et sa fragilité potentielle. De récents rebondissements dans l’enquête pourraient apporter de nouveaux éléments avant l’ouverture des débats.

Côté défense, l’arrivée de Frank Berton change la donne sur un plan stratégique. Son expérience des procès-fleuve – celui du 13 novembre avait duré neuf mois – le prépare à un marathon judiciaire de quatre semaines. Certaines pistes explorées par la défense n’avaient pas été pleinement développées en première instance. Ce sera peut-être l’occasion de les remettre sur la table.

Les enfants de Delphine, au cœur de tout

Au milieu de cette bataille judiciaire, il y a Elyah et Louis. Les deux enfants de Delphine et Cédric Jubillar ont grandi sans leur mère et loin de leur père. Cédric Jubillar a été déchu de son autorité parentale sur ses deux enfants, une décision qui a accompagné sa condamnation.

Le devenir des enfants de Delphine reste une question douloureuse. Louis, l’aîné, aurait même confié être prêt à révéler certaines choses sur son père. Des déclarations qui pourraient peser lors du procès en appel, si elles sont versées au dossier.

Pour les proches de Delphine, ce nouveau procès est autant un espoir qu’une épreuve. L’espoir que la condamnation soit confirmée, voire alourdie. L’épreuve de devoir revivre, pendant quatre semaines, chaque détail de cette nuit de décembre 2020.

Septembre 2026 : Toulouse retient son souffle

Le procès en appel de Cédric Jubillar débutera le 21 septembre 2026, soit un peu moins d’un an après le verdict de première instance. L’appel a été officialisé rapidement après la condamnation, signe que la défense n’a jamais accepté le verdict.

Quatre semaines d’audience, un trio d’avocats expérimentés, un dossier sans corps ni aveux, et une France entière qui suivra chaque jour de procès. Tous les ingrédients sont réunis pour un épisode judiciaire aussi intense que le premier.

La question que tout le monde se pose : la nouvelle équipe de défense parviendra-t-elle à semer le doute dans l’esprit d’un nouveau jury ? Ou bien les éléments à charge, même indirects, suffiront-ils une seconde fois à convaincre ? La réponse viendra de Toulouse, à l’automne 2026. Et quelque chose dit que la France ne ratera pas une miette de ce procès.

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