Condamnée à 10 mois avec sursis : Isabelle Adjani, 71 ans, déboutée mais soulagée en appel
Elle avait été condamnée à deux ans avec sursis en décembre 2023. Ce mercredi, la cour d’appel de Paris a tranché à nouveau : Isabelle Adjani écope finalement de 10 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende pour fraude fiscale aggravée. Une peine drastiquement réduite — mais sa culpabilité, elle, est confirmée. Et l’histoire judiciaire n’est pas tout à fait terminée.

Deux ans ramenés à dix mois : la cour d’appel allège la sanction
En décembre 2023, le tribunal correctionnel de Paris avait frappé fort : deux ans d’emprisonnement avec sursis et une amende de 250 000 euros. Un verdict qui avait fait l’effet d’une bombe pour l’actrice aux cinq César. Cette semaine, la cour d’appel a maintenu la culpabilité, mais revu la copie à la baisse — très fortement.
Résultat : 10 mois avec sursis et 10 000 euros d’amende. Son avocat, Me David Lepidi, n’a pas caché son soulagement auprès de l’AFP : « Tout ça pour ça, la sanction pénale est drastiquement diminuée. » Une formule qui résume bien l’ambiance côté défense. Pour autant, il a annoncé un pourvoi en cassation dans la foulée — le combat continue.
Ce qui est reproché à Adjani est précis : s’être fictivement domiciliée au Portugal en 2016 et 2017, avoir dissimulé une donation déguisée en prêt en 2013, et fait transiter une somme via les États-Unis en 2014. Trois griefs distincts, confirmés par la cour. L’avocat de la Direction générale des finances publiques avait été limpide : « C’est une personne qui a l’essentiel de ses centres d’intérêt en France, elle doit déclarer en France. »
Un dossier suivi de près, d’autant que les règles fiscales françaises sur la résidence sont rarement au centre de l’attention grand public — jusqu’à ce que des affaires comme celle-ci les remettent en lumière.
« Je ne sais pas compter, je m’en fous d’avoir quoi que ce soit » : Adjani à la barre
C’est sans doute le moment le plus marquant du procès en appel, début avril. Isabelle Adjani s’est présentée non comme une fraudeuse, mais comme une proie. Phobique administrative de son propre aveu, elle a expliqué n’avoir jamais rempli une fiche d’impôt de sa vie — « et heureusement, car ça aurait été désastreux », a-t-elle lancé à la barre, non sans un certain panache.
Elle a mis en cause l’un de ses anciens conseillers fiscaux, qui lui aurait promis de « remettre de l’ordre dans ses affaires ». « Faussement, comme tous les prédateurs que j’ai eu la chance de croiser sur ma route », a-t-elle dit, le mot « prédateurs » lâché avec une conviction palpable. Elle s’est décrite comme une « proie idéale », « victime d’escroqueries successives », et a affirmé être « punie d’avoir été volée ».
La tirade de l’actrice de 71 ans a circulé partout après l’audience : « Je suis dépourvue de cette capacité à »stratégiser » une fraude fiscale. J’en suis incapable. » Un plaidoyer entre sincérité et théâtralité — difficile de savoir où s’arrête l’une et où commence l’autre.
Ce mélange de vulnérabilité affichée et de grandiloquence est ce qui a rendu ce procès si inhabituel dans le paysage judiciaire français. À noter que méconnaître certaines règles ne constitue jamais une défense juridique suffisante — les tribunaux le rappellent systématiquement.
La DGFiP, elle, n’a pas été convaincue par ce portrait en victime. Son avocat avait rappelé que la résidence fiscale dépend des faits, pas des déclarations : les obligations financières en France s’appliquent dès lors que les centres d’intérêt principaux y sont établis.

Un pourvoi en cassation qui prolonge encore l’affaire
La décision de mercredi ne clôt donc pas complètement le chapitre judiciaire d’Isabelle Adjani. Me David Lepidi a confirmé le pourvoi en cassation, ce qui signifie que les juges du droit — pas du fond — auront encore leur mot à dire. La Cour de cassation ne rejuge pas les faits, mais vérifie si la loi a été correctement appliquée.
Concrètement, pour Isabelle Adjani, la peine de 10 mois avec sursis ne l’envoie pas derrière les barreaux. Elle ne paie plus que 10 000 euros d’amende au lieu des 250 000 euros initiaux — une différence considérable. Mais la mention de culpabilité reste inscrite, et c’est ce que la défense cherche à effacer en cassation.
L’affaire illustre un angle rarement mis en avant : la fraude fiscale aggravée peut concerner des personnes qui ne comprennent pas ce qu’elles signent, et des conseillers peu scrupuleux en profitent. Ce n’est pas une excuse légale — les juges l’ont bien montré — mais c’est une réalité documentée.
Reste à savoir si la plus haute juridiction française donnera raison à l’actrice, ou si ce verdict restera le mot de la fin. D’autres affaires de confiance abusée ont montré que les tribunaux tranchent rarement dans le sens de la victime quand les faits sont établis.
Dix mois avec sursis au lieu de deux ans : la réduction est spectaculaire, mais la culpabilité, elle, ne s’efface pas. Pour Isabelle Adjani, la bataille judiciaire continue devant la Cour de cassation — et avec elle, la question qui hante tout le dossier : peut-on être coupable d’avoir trop fait confiance aux mauvaises personnes ?