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« Tu marches, personne n’est là pour applaudir » : Lisa Azuelos, 60 ans, et sa mère Marie Laforêt, « orpheline de parents vivants »

Publié par Hannah Maline le 11 Oct 2026 à 15:57

Pour le public, Lisa Azuelos est la réalisatrice de LOL et fille d’une star. Derrière cette image d’enfant gâtée, elle décrit pourtant une enfance de solitude, loin de ses parents. À 60 ans, elle se confie dans un livre et au magazine Marie Claire, et prononce des mots rares sur sa mère, Marie Laforêt. Reste à comprendre comment elle a fini par se reconstruire.

Fille de Marie Laforêt, « enfant privilégiée » : le malentendu qui l’a suivie

Dans son livre Sur la plage, abandonnée, publié aux éditions Charleston, la cinéaste revient sur son parcours. Elle y parle de solitude, d’absence parentale et d’années de pensionnat. Elle est la fille de la comédienne et chanteuse Marie Laforêt, décédée en 2019 à 80 ans, et de l’homme d’affaires Judas Azuelos.

Pendant son enfance, la notoriété de sa mère lui colle à la peau. Les gens la voient comme une petite fille privilégiée. Selon l’entretien accordé à Marie Claire, elle entendait régulièrement : « Tu as de la chance d’avoir une mère comme ça ».

Impossible, dit-elle, de répondre la vérité. Elle aurait voulu dire qu’elle avait été placée en pension, que sa mère lui avait fait du mal, qu’elle la terrorisait. Ce décalage entre la vitrine et le vécu a pesé pendant des années.

Cette distance entre l’image publique et la réalité intime éclaire d’autres destins de stars. Les confidences d’autres figures du cinéma montrent à quel point la vie derrière la notoriété reste souvent invisible.

Mais Lisa Azuelos ne rejette pas tout en bloc. Et sa façon de séparer les rôles de sa mère est ce qui frappe le plus.

L’artiste, la femme, la mère : trois visages qu’elle refuse de confondre

La réalisatrice affirme avoir un respect profond pour le parcours de Marie Laforêt. Elle ne fait pas le procès de la carrière de sa mère. Elle distingue nettement la figure publique de la figure maternelle.

Ses mots sont précis : sa mère était « à la fois une artiste, une femme et une mère ». En tant qu’artiste et en tant que femme, elle éprouve respect et amour. Pour la mère, en revanche, elle dit ne pas avoir pu « fabriquer cet amour ».

Elle ajoute une phrase sans détour : « C’est d’abord à la mère d’aimer son enfant… » Ce n’est sans doute pas un hasard, souligne la source, si le thème des relations mères-filles et de la réparation revient au cœur de plusieurs de ses films. Elle y utilise même des chansons de sa mère.

Autre point : comme d’autres artistes marqués par un épisode intime, elle transforme sa blessure en matière de création.

Mais une formule, dans son entretien, résume mieux que toutes les autres la profondeur de ce manque. Elle concerne ses huit premières années.

« Orpheline de parents vivants » : la phrase qui a choqué son père

Dortoir vide de pensionnat avec petite valise d'enfant

Si la perte d’un enfant bouleverse les familles, Lisa Azuelos raconte une autre forme d’absence. Dans un précédent livre, elle avait écrit : « J’ai été orpheline de parents vivants ». Ses parents le lui ont reproché pendant des années, surtout son père, que la formule avait beaucoup choqué.

Elle maintient pourtant cette vérité : de 0 à 8 ans, elle est élevée sans parents. Elle est donc orpheline, tout en sachant que ses parents sont vivants. Ce détail rend la situation plus douloureuse, car l’absence est un choix et non une fatalité.

Placée en pensionnat, elle évoque la sévérité, voire la brutalité, de ces établissements à l’époque. Elle cite le scandale de Notre-Dame de Bétharram pour dire que beaucoup d’enfants de son époque ont été placés dans des lieux où, selon elle, « la torture sur enfants était commune ».

Puis vient la phrase qui donne son titre à ce récit : « Ce qui est terrible quand tu es enfant, c’est ce sentiment que tu n’appartiens à personne. Tu marches, personne n’est là pour regarder tes premiers pas ou applaudir ».

Ce sentiment d’effacement est le cœur de son témoignage. Reste à savoir comment on avance après cela.

Ce qu’elle a fait de cette enfance : racines recréées et pardon redéfini

C’est auprès de ses trois enfants, Carmen, Ilan et Thaïs, issus de son mariage avec Patrick Alessandrin, qu’elle dit s’être reconstruite. Elle parle d’un arbre : « J’ai créé et recréé les racines de mon arbre. » Avec eux, elle a pu « refaire des feuilles ».

Ses enfants lui ont donné ce qu’elle n’avait pas reçu. Elle en tire une conviction forte : « Le miracle d’avoir vécu une enfance un peu pourrie, c’est que je sais qu’on se remet de tout. »

Elle ajoute une phrase qui sonne comme un défi : elle n’a jamais eu peur d’être une mauvaise mère, puisqu’elle a eu une mauvaise mère. Elle se juge, dit-elle, « une super fille ».

Sa définition du pardon est tout aussi nette : « Pardonner, c’est redonner à l’autre sa part. Ça ne veut pas dire excuser. » Il s’agit de savoir que c’est l’autre qui a fait du mal, et que l’enfant, lui, n’y était pour rien.

Pas d’accusation en bloc, donc, ni de réconciliation de façade. Une position nuancée, qui explique pourquoi ce témoignage touche autant.

Pourquoi ce témoignage résonne bien au-delà de Marie Laforêt

Le livre de Lisa Azuelos arrive alors que la parole sur l’enfance abîmée se libère. Elle-même relie son vécu aux scandales de pensionnats, preuve qu’elle replace son histoire dans un débat plus large.

Son témoignage tranche aussi avec l’image de Marie Laforêt, figure populaire admirée. La question de l’héritage laissé par une star à ses enfants revient souvent, mais rarement avec cette franchise sur le lien affectif.

À noter : la cinéaste n’efface pas le respect qu’elle porte à l’artiste. Cette double lecture rend son propos difficile à balayer. Elle ne règle pas de comptes, elle explique.

Autre enseignement : le regard extérieur peut être trompeur. Les enfants de personnalités entendent souvent qu’ils ont de la chance. Les enfants de stars face aux préjugés en sont un autre exemple récent, même si les situations diffèrent.

Reste le livre lui-même, qui développe ces confidences bien au-delà de l’entretien. Pour qui veut comprendre ce que recouvre ce « Sur la plage, abandonnée », c’est la suite logique.

Une enfance sans témoin des premiers pas, et pourtant une adulte qui dit avoir tout reconstruit : voilà le paradoxe Azuelos. Et si les secrets de famille vous fascinent, ce que la France ignore encore de Jean-Luc Delarue vous réservera quelques surprises. Quant à ceux qui croient tout savoir des stars, l’aveu de Sophie Marceau sur un tournage pourrait les faire déchanter.

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