« C’était sinistre, il n’y avait pas de fleurs » : comment une balade a offert un château à Pierre Richard, 92 ans
Ce dimanche 16 août, Pierre Richard souffle ses 92 bougies. Derrière la carrière du comédien le plus loufoque du cinéma français se cache une autre vie, presque secrète. Celle d’un propriétaire de château viticole dans l’Aude, depuis près de quarante ans. Et l’histoire de cette acquisition tient en une phrase : tout a commencé par une simple balade, sans la moindre intention d’acheter quoi que ce soit.

Une promenade qui change tout, presque par hasard
En 1986, le comédien n’a aucun projet viticole en tête. Il arrive à Gruissan, dans l’Aude, lors d’une promenade organisée avec son secrétaire au retour de Paris. Rien, à ce moment-là, ne laisse présager qu’il va s’attacher durablement à cet endroit.
Le domaine, à première vue, ne le séduit pas particulièrement. Il se souvenait auprès de La Dépêche en 2022 : « Quand je suis arrivé ici, c’était assez sinistre, il n’y avait pas de fleurs, rien. » Comme Claude Lelouch qui s’est réinventé à 88 ans à Trouville, Pierre Richard va pourtant transformer cette rencontre fortuite en tournant décisif.
Ce qui retient vraiment son attention, c’est l’environnement, et notamment l’étang qui borde la propriété. Un régisseur lui présente alors les lieux, leurs particularités, et surtout les vignes qui s’étendent tout autour. Cette visite plante une graine. Le comédien repart sans projet précis, mais l’idée, elle, ne le quitte plus. À l’image d’Édouard Balladur qui aura marqué son époque jusqu’à 97 ans, certaines rencontres tardives finissent par redéfinir toute une existence.
La décision qui transforme un acteur en vigneron
Quelques semaines plus tard, Pierre Richard revient sur place avec une question bien plus concrète : peut-il vraiment se lancer dans cette aventure ? Il ne veut pas avancer seul et cherche un spécialiste capable de l’accompagner dans ce virage professionnel inattendu.
Il raconte : « J’ai demandé qui était le meilleur œnologue de la région. On m’a envoyé vers M. Dubernet. » La question qu’il lui pose ensuite est décisive : « Si j’achète le domaine, vous me suivez ? » La réponse est positive, et l’affaire se conclut.
Comme Yannick Noah a dû revoir ses priorités après une hospitalisation en urgence, Pierre Richard découvre vite l’ampleur réelle du travail qui l’attend. Sur les 20 hectares de vignes du domaine, 12 doivent être intégralement replantés.
Lui qui imaginait produire ses premières bouteilles dès l’année suivante doit revoir ses ambitions. Il raconte avec amusement : « J’ai voulu le faire tout de suite pour avoir du vin dès l’année d’après. On m’a dit qu’il fallait au moins 3 ans, plutôt 4. » Une leçon d’humilité, comme celle que Carla Bruni a rendue à un homme qui a changé sa vie loin des projecteurs.

Le château Bel Évêque, quarante ans plus tard
Comme Sylvie Tellier a mis des années à digérer un événement marquant de sa vie, Pierre Richard a mis du temps à faire du Château Bel Évêque bien plus qu’un simple investissement. Au fil des ans, l’activité viticole prend une place centrale dans son quotidien.
Son domaine décroche plusieurs distinctions, une vraie satisfaction pour l’acteur. Mais il refuse de considérer ces médailles comme un acquis définitif. Il prévient : « Ce n’est pas parce qu’on a ces médailles cette année qu’on les aura l’année prochaine. »
Le comédien reste également attentif aux dérèglements climatiques, qui rendent le travail viticole de plus en plus incertain d’une année sur l’autre. On comprend qu’il ne s’agit pas d’un simple passe-temps de star, mais d’un engagement quotidien exigeant, presque comme les dossiers sensibles qu’a dû affronter Adriana Karembeu dans un tout autre registre.
Cette passion pour le vin constitue aussi un point commun avec Gérard Depardieu, autre grand amateur de la vigne et ami de longue date de Pierre Richard. Contrairement à une simple parenthèse, le Château Bel Évêque s’est durablement installé dans la vie du comédien, entre deux tournages et deux récoltes.
Pierre Richard n’était pas venu à Gruissan pour acheter des vignes. Une promenade, une rencontre, quelques conseils avisés : voilà tout ce qu’il aura fallu pour changer le cours d’une vie déjà bien remplie. À 92 ans, la preuve est là : les plus belles aventures sont souvent celles qu’on n’avait jamais planifiées.