« On va pousser » : à Saint-Denis, 100 jours après son élection, Bally Bagayoko attendu au tournant
Il y a cent jours, Bally Bagayoko devenait maire de Saint-Denis sous les couleurs de LFI, après une campagne d’une violence rare. Depuis, les habitants observent, comparent, jugent. Entre kit de rentrée scolaire, espace jeunesse rouvert et réunions publiques mouvementées, on fait le point sur ce que les Dionysiens retiennent vraiment de ces trois premiers mois.

Un quartier sous tension entre deal et espoirs de changement
Dans le quartier Gabriel-Péri, le square qui fait face à l’espace jeunesse concentre à lui seul tous les enjeux du mandat. C’est ici qu’Aminata, trentenaire sans emploi, salue « des choses qui commencent à se réaliser », notamment l’octroi d’un kit de rentrée scolaire avec les fournitures de base. Une aide concrète, dans un contexte où le pouvoir d’achat des Français reste sous tension depuis des années.
Mais à quelques mètres, les policiers interviennent régulièrement autour de ce même square, réputé point de deal. Une autre habitante, qui préfère taire son nom, critique le « côté un peu cow-boy » des forces de l’ordre sous l’ancien maire Mathieu Hanotin, qui avait fait de la sécurité l’un de ses axes de campagne majeurs.
Elle salue en revanche la réouverture de l’espace jeunesse, avec un effet immédiat sur les nuisances du quartier. « Je me sens en sécurité quand c’est ouvert », résume-t-elle. Un ressenti loin d’être unanime : dans la cité Paul-Langevin, Marine, 39 ans, accessoiriste, n’a « pas constaté de gros changements », si ce n’est davantage de feux d’artifice et une police moins visible, ce qui ne la dérange pas particulièrement.
Vingt mesures pour convaincre, dont plusieurs pour les familles
Samedi, deux réunions publiques ont permis à l’édile de dérouler son bilan chiffré. Vingt mesures au total, allant du remboursement du forfait de transport pour les 4-11 ans à la suppression des pénalités cantine, en passant par un renforcement des effectifs de médiation dans les écoles.
Une carte ouvrant droit à des avantages pour les familles monoparentales est également en préparation. Des annonces qui rappellent, à l’échelle locale, les débats nationaux sur les aides familiales et leur évolution.
Soffian, 51 ans, père au foyer et électeur de gauche installé depuis neuf ans à Saint-Denis, a assisté mi-juin à l’une des réunions de quartier organisées par le nouveau maire. « C’est un peu précoce » pour juger de son action, estime-t-il, mais il reconnaît à l’élu une volonté d’« être le plus transparent possible » et une certaine « forme d’honnêteté ».
Il tempère toutefois immédiatement : « Il y a beaucoup d’attente et on va pousser » pour que les habitants soient associés aux décisions futures. Un message que Bally Bagayoko semble avoir entendu, lui qui a multiplié les rendez-vous de terrain depuis son élection, loin des jeux politiques nationaux qui occupent souvent l’actualité.

Entre règlement de comptes et cris d’alerte sur la gare
La mobilisation citoyenne a aussi pris un tour plus politique dans la salle des mariages de Saint-Denis, samedi. Dénonçant « l’état dans lequel l’ancienne majorité socialiste nous a laissé la ville », le maire a justifié le report du remboursement du forfait transport pour les adolescents par une « trajectoire budgétaire qui risque de se corser ».
Il a également pointé du doigt les carences de l’État, accusé de se défausser sur la commune sans lui octroyer de moyens supplémentaires. Un argument qui trouve un écho particulier alors que les restrictions budgétaires nationales se durcissent un peu partout en France.
Plusieurs habitants ont jugé le maire « à l’écoute », « sincère » et « plein de bonne volonté », même si « on sait que tout ne sera pas parfait », souligne Gilda Chastaing, 77 ans. Mais deux voix féminines ont bousculé cette bienveillance générale. « On aimerait le voir un peu moins à la télé et qu’il s’occupe un peu mieux de nous », a lâché l’une d’elles.
Une autre a pointé un retour des nuisances aux abords de la gare « dès le lendemain de l’élection ». « Moi, ça me fait peur. J’ai connu tellement de problèmes dans ce quartier. La gare était pacifiée et aujourd’hui tous les vendeurs à la sauvette sont là », a alerté cette résidente installée depuis 1993.
Après une heure et demie d’échanges, le maire a noté qu’aucune des vingt mesures présentées n’avait été critiquée, y voyant le signe d’une « adhésion parfaite ».
Cent jours, vingt mesures, une popularité intacte mais des attentes qui montent en flèche : le vrai test pour Bally Bagayoko commence maintenant. Reste à savoir si la gare, le square Gabriel-Péri et les familles dionysiennes retrouveront la sérénité promise, ou si les prochains mois viendront ternir cette lune de miel encore fragile.