« Bardella président dès le premier tour ? Le seul mur que personne n’a jamais franchi »
À près d’un an du scrutin, un chiffre obsède les états-majors : 35 %. C’est, en moyenne, ce que pèse Jordan Bardella au premier tour de la présidentielle 2027 dans les dernières enquêtes. Un niveau qu’aucun candidat n’avait atteint à ce stade depuis Mitterrand, en 1988.
Forcément, la question fuse partout : et si le Rassemblement national raflait tout dès le premier tour ? La réponse est plus tranchée qu’il n’y paraît. Et elle ne va pas plaire à tout le monde.

35 % dans presque tous les sondages : un socle inédit depuis 1988
Les instituts convergent, et c’est ça le plus frappant. Sur le baromètre Ifop-Fiducial de fin mai, Bardella capte 34 à 35 % des intentions de vote au premier tour, quel que soit le scénario testé.
Même tableau chez Ipsos-BVA pour Le Parisien : entre 33,5 % et 36 % selon les huit configurations de candidatures. Et chez Odoxa, malgré un léger tassement, il reste largement en tête à 32 %, loin devant tous ses rivaux.
Sur trois mois, tous les baromètres dessinent la même fourchette : 34 à 38 %. Du jamais-vu pour un favori à un an de l’échéance, de l’aveu même des sondeurs. Le socle électoral du RN n’a jamais semblé aussi solide.
Et le plus troublant, c’est ce qui se passe juste derrière lui.
Le mur des 50 % : ce que personne n’a réussi en soixante ans
Voilà où le rêve d’une victoire éclair se heurte aux mathématiques. Pour être élu dès le premier tour, un candidat doit réunir la majorité absolue des suffrages exprimés. Autrement dit : 50 % plus une voix.
Or, depuis l’élection du président au suffrage universel direct en 1965, aucun candidat n’a jamais franchi ce seuil au premier tour. Pas un seul. Même le général de Gaulle, en 1965, avait dû se rendre au second tour.
Faites le calcul : entre 35 % et 50 %, il manque quinze points. Quinze points que Bardella devrait arracher à des électeurs qui, aujourd’hui, votent ailleurs. À l’échelle d’une présidentielle, c’est un gouffre.
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Pour référence, le meilleur résultat de l’histoire du parti reste les 33 % réunis par le RN et ses alliés au premier tour des législatives de 2024. Un record absolu… qui reste à des années-lumière de la barre fatidique.
Alors, scénario totalement impossible ? Pas si vite.

Le vrai danger n’est pas au premier tour… mais juste après
Si une victoire au premier tour relève quasiment de la science-fiction électorale, le second tour, lui, a radicalement changé de visage. Et c’est là que tout se joue.
Dans la dernière projection Odoxa, Bardella l’emporterait désormais 52 % contre 48 % face à Édouard Philippe. Un basculement spectaculaire : deux mois plus tôt, c’était l’ancien Premier ministre qui était donné gagnant, sur le score inverse. Le fameux « plafond de verre » du RN se fissure à vue d’œil.
Reste l’inconnue qui rend tout fragile : la gauche, éparpillée sous les 12 %, et un bloc central qui s’assèche. Plus le premier tour se fragmente, plus le RN engrange — sans avoir besoin de forcer.
Les sondeurs, eux, rappellent une vérité qui calme les ardeurs : à un an du scrutin, les intentions de vote ne se vérifient qu’une fois sur deux. La photographie est saisissante, mais ce n’est pas une prédiction.
Une victoire dès le premier tour ? Le mur des 50 % tient toujours. Mais à ce rythme, la vraie question n’est peut-être plus de savoir si le RN peut gagner en 2027 — plutôt qui osera encore se mettre en travers de sa route au second tour.