Battu par Lula il y a deux jours, Flavio Bolsonaro s’est volatilisé : il filerait vers l’Équateur, pas vers les États-Unis, en dépit de l’interdiction de sortie du territoire

Dimanche, Flávio Bolsonaro perd la présidentielle face à Lula. Mardi, ses passeports sont annulés. Mercredi, plus personne ne sait où il est.
Entre un départ vers les États-Unis évoqué par des médias, un démenti argentin puis une confirmation, la piste change d’heure en heure. Et le trajet qui se dessine pourrait bien surprendre.
48,2 % des voix et 24 heures pour rendre ses passeports : le compte à rebours de Flávio Bolsonaro
Tout commence dimanche, au second tour. Flávio Bolsonaro, 45 ans, sénateur et fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, est battu par le président sortant avec environ 48,2 % des suffrages. Il avait pourtant annoncé vouloir prendre la tête de l’opposition. Le scrutin avait fait de Lula le président qui rempile pour un quatrième mandat.
Lundi, la Cour suprême lui ordonne de remettre ses passeports sous 24 heures. Le sénateur assure alors qu’il n’a aucune intention de quitter le pays. Mardi, le délai expire sans que les documents soient remis.
La police fédérale annule alors ses passeports brésiliens, ordinaire et diplomatique. Il est par ailleurs visé par plusieurs enquêtes, notamment pour des soupçons de corruption et de blanchiment d’argent. Une autre vient de s’ouvrir sur un éventuel financement étranger de sa campagne. À ce stade, il s’agit de soupçons : aucune condamnation n’est évoquée.
Son directeur de campagne, Rogerio Marinho, dit ignorer où il se trouve. Il aurait reçu un seul message, annonçant que le sénateur reprendrait contact plus tard. Un tel silence a de quoi alimenter la controverse, jusque sur la scène internationale, où chaque détail d’un accueil diplomatique est scruté. Mais où est-il vraiment passé ?
Puerto Iguazú, 22h50, puis un avion privé : la piste qu’avancent les Argentins

Première version : selon CNN et le Washington Post, citant des sources anonymes, Flávio Bolsonaro serait arrivé aux États-Unis mardi. La Maison-Blanche n’a pas confirmé, mais le département d’État a annoncé que des visas seraient accordés au sénateur et à sa famille. Des rumeurs évoquaient aussi un avion privé préparé près de la frontière brésilienne.
Premier démenti, dans la foulée : les autorités argentines niaient toute entrée officielle du sénateur sur leur territoire. Puis le ton change. Mercredi, selon le média brésilien UOL, elles confirment son passage.
D’après ce récit, Flávio Bolsonaro et sa famille seraient entrés en Argentine mardi soir, à 22h50, par le poste-frontière de Puerto Iguazú. Quarante minutes plus tard, ils auraient embarqué à bord d’un avion privé de la compagnie Baires Fly. Une scène de film, avec un compte à rebours judiciaire en toile de fond, qui rappelle d’autres fuites à des milliers de kilomètres.
La destination déclarée de l’appareil : Guayaquil, en Équateur. Les autorités argentines indiquent ce matin que le sénateur est en vol vers ce pays. Reste une question : pourquoi l’Équateur, alors que Washington lui ouvre la porte ?
Passeport italien, visa américain, asile : ce que personne n’a encore confirmé
Le Brésil n’est pas le premier pays où une extradition devient un sujet de tension. Ici, rien n’indique pour l’instant qu’une procédure soit lancée. Les autorités brésiliennes cherchent d’abord à comprendre comment le sénateur a pu partir malgré l’interdiction judiciaire.
Un élément pourrait expliquer l’énigme : Flávio Bolsonaro possède la nationalité italienne depuis 2023. Un document italien aurait pu lui permettre de voyager malgré l’annulation de ses passeports brésiliens. Mais les conditions exactes de son départ restent inconnues.
Rien ne permet non plus de confirmer que l’Équateur soit sa destination finale. Une demande d’asile, notamment aux États-Unis, reste une question ouverte. Les versions s’opposent : la piste américaine, relayée par la presse américaine, et la piste équatorienne, avancée par Buenos Aires.
Lula, lui, a vivement dénoncé ce départ présumé, jugeant honteux qu’un responsable politique quitte ainsi son pays. Autre coût possible d’une telle affaire : la facture politique, comme celle de cette dépense qui avait fait scandale en France. Pour Flávio Bolsonaro, l’addition reste à écrire.
Un candidat battu, deux passeports annulés, un jet privé et deux versions contradictoires : l’affaire est loin d’être close. Tant que le sénateur n’a pas parlé, tout reste conditionnel.
Si les départs discrets vous fascinent, le regret que même l’Élysée n’a jamais effacé chez Line Renaud vous réserve une tout autre émotion. Et pour comprendre qui fuit quoi, le serpent le plus redouté qui cherche surtout à s’éclipser pourrait vous surprendre.